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Présidentielle : reculer l'âge de départ à la retraite est-il la seule solution ?

Françoise Kleinbauer, Catherine Millet-Ursin et Anne Marion

Publié le 29 mars 2022 à 07:33 - Mis à jour le 29 mars 2022 à 07:50

compo

Françoise Kleinbauer, Catherine Millet-Ursin et Anne Marion (g à d).

DR

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OPINION. Nous le savons et en sommes fiers : nous vivons de plus en plus longtemps. Le nombre de personnes de plus de 60 ans augmente continument et durablement. Le décalage de l’âge de départ en retraite est donc à nouveau envisagé : « une simple paresse intellectuelle »* pour certains, l’occasion de militer pour la Retraite progressive pour nous. Par Françoise Kleinbauer, Président de France Retraite ; Catherine Millet-Ursin, Avocat Associé Fromont Briens et Anne Marion, dirigeante et fondatrice d’Actuarielles.

Le Conseil d'Orientation des Retraites, dans sa séance du 27 janvier dernier, a sollicité le regard croisé de nombreux experts pour revenir sur les « effets secondaires » de ce remède qui ne réjouit personne. Et si la Retraite progressive permettait d'éclairer la fin de carrière sous un autre jour ?

On parle de quoi pour qui ?

La Retraite progressive est un dispositif permettant deux ans avant l'âge légal de travailler à temps partiel et de percevoir une partie de ses pensions pour le temps ainsi libéré. En cas de report de l'âge légal, la limite de deux ans devra à notre sens être augmentée. Pendant toute la période, les cotisations continuent à être versées et des droits sont acquis.

Aujourd'hui pour en bénéficier, il suffit d'avoir 60 ans, 150 trimestres validés, et d'avoir un temps de travail compris entre 40% et 80%. Désormais ouverte à l'essentiel des salariés du privé (y compris les cadres au forfait jour auparavant exclus), aux TNS (hors professions libérales) et même aux mandataires assimilés salariés, elle prend progressivement l'habit d'un dispositif universel. Seuls oubliés : les cadres dirigeants, il n'est pas encore trop tard pour l'envisager.

Des vertus directement mesurables et quantifiables

Pour les caisses de retraite, conserver un salarié en qualité de cotisant est un enjeu vital. L'un des risques du décalage de l'âge de départ en retraite est le passage du salarié par un autre dispositif social avant qu'il prenne sa retraite (chômage, invalidité, etc.). Une fin de carrière en inactivité coûte cher non seulement à la collectivité, mais aussi aux caisses de retraite qui aujourd'hui encore accordent des droits gratuits aux séniors dans ces situations. Si le salarié reste en emploi grâce à la Retraite progressive, non seulement il ne coûte pas (droits gratuits), mais il rapporte des cotisations.

Pour l'employeur, souvent en recherche de solutions pour renouveler les compétences et accompagner la fin de carrière, la Retraite progressive est un dispositif financièrement idéal ! Il est intéressant de modéliser l'évolution des masses salariales sur 5 ans, avec et sans Retraite progressive, et de mesurer ainsi directement les capacités de l'entreprise à investir sur ses métiers en devenir. Selon la taille de l'entreprise et le nombre de personnes concernées, la mise en œuvre peut amener à réfléchir de nouveau à l'organisation du travail. En cohérence avec de nombreuses politiques RSE, la Retraite progressive illustre concrètement la politique de gestion prévisionnelle des emplois de l'entreprise en ce qu'elle permet tant l'adaptation que le maintien dans l'emploi.

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Les coûts prévoyance sont naturellement impactés à la baisse : la diminution effective des prestations en raison de l'activité à temps partiel, combinée à la diminution de la fréquence des arrêts de travail, permet d'améliorer significativement un compte prévoyance. Par exemple, pour une entreprise de 200 personnes de 42 ans de moyenne d'âge, le passage en Retraite progressive à 50% d'activité de 6 collaborateurs peut faire diminuer les prestations du régime de prévoyance de l'ordre de 5%.

Sur les frais de santé, l'effet est plus difficile à déterminer. Le temps retrouvé peut permettre d'effectuer des soins jusque-là délaissés (augmentation du recours à certaines prestations en dentaire ou en audiologie par exemple), mais peut également favoriser la prévention (activité sportive, dépistage précoce...).

Pour le salarié, pour qui l'âge du taux plein est encore éloigné - et qui risque de l'être d'autant plus si l'âge de départ est décalé -, la possibilité d'aménager sa fin de carrière sans dommage est essentielle. Il pourra continuer à acquérir des trimestres et des points, éventuellement même sans aucune perte de droit, s'il est décidé de maintenir les cotisations sur une base temps plein. Pendant toute sa période de Retraite progressive, il bénéficie d'un complément de revenus correspondant aux fractions de pension qu'il reçoit des caisses de retraite.

La Retraite progressive peut également lui permettre d'éviter le malus de 10 % sur la retraite complémentaire ARRCO-AGIRC instauré pour les assurés nés à partir de 1957 et liquidant leur retraite à taux plein. En travaillant une année supplémentaire (à temps partiel grâce à la Retraite progressive), sans perdre trop de revenus, il peut ainsi échapper au malus de 10%.

D'autres bénéfices qui se présument aisément

Trois facteurs, quoique subjectifs, influencent la santé :

  • Donner un sens à sa vie.
  • Ne pas être isolé.
  • Ne pas avoir de sentiment de culpabilité.

La Retraite progressive a indéniablement des impacts positifs sur les trois. En effet, le salarié n'a pas de culpabilité à prendre du recul dans son activité dès lors que l'entreprise légitime la Retraite progressive. Les impacts espérés ne seront cependant mesurables qu'a posteriori et mériteront un suivi spécifique.

Le salarié continue d'entretenir des liens avec ses collègues et avec l'entreprise, tout en ayant la possibilité de consacrer du temps à une activité sociale, culturelle ou sportive ainsi qu'à ses proches, comme les parents en fin de vie ou les petits-enfants. Ce temps libre est d'autant plus précieux qu'il est constaté que les activités de la retraite sont celles commencées avant ladite retraite. Ainsi, la Retraite progressive offre une transition douce et le risque d'isolement est réduit.

Le passage en Retraite progressive pourra être également une preuve de reconnaissance de la part de l'entreprise du travail accompli, le salarié trouvera alors encore plus de sens à son activité.

Ces effets, combinés à la baisse du temps de travail et à la hausse des temps de récupération, pourront contribuer à l'amélioration de l'état de santé, physique et mentale, du salarié et diminueront le risque d'arrêt de travail. Il est également légitime d'espérer une diminution des frais de santé ; en ce domaine, l'avenir et, surtout les statistiques, nous le dirons !

Pourquoi la Retraite progressive n'est-elle pas davantage plébiscitée ?

Une objection apportée pourrait être l'organisation du travail, qui se trouverait bousculée par ce temps partiel senior. Mais n'avons-nous pas réussi à lever les freins au télétravail lorsque nous y avons été contraints ? Et que dire des augures qui montaient au créneau contre le travail des femmes, objectant notamment que le temps partiel ne serait pas compatible avec un rôle de manager ?

Oui, la Retraite progressive demande d'anticiper l'organisation du travail et d'accompagner séniors, managers et RH pour profiter pleinement des vertus de ce dispositif de fin de carrière. Mais quel bonheur d'apporter des solutions plutôt que subir l'absentéisme et les départs à la retraite non anticipés !

Une autre explication au nombre limité de bénéficiaires de la Retraite progressive : le manque de pédagogie du législateur et/ou la crainte des futurs retraités de se projeter dans un mode de calcul perçu comme compliqué ? Certainement un peu des deux : « On a peur de ce qu'on ne comprend pas » disait Maupassant. Alors, la Retraite progressive, parlons-en !

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Profitons dès maintenant de ce dispositif vertueux et précurseur de la gestion des fins de carrière. Dans un environnement règlementaire et démographique qui conduit inéluctablement à un allongement de la durée de carrière, portons haut et fort la Retraite progressive ! C'est un outil innovant (révolutionnaire ?) qui non seulement favorisera le maintien dans l'emploi, mais permettra d'opérer en douceur la transition entre vie professionnelle et retraite... et pourrait rendre plus léger un décalage de l'âge d'ouverture des droits à la retraite...

___

(*) « Repousser l'âge de départ à la retraite : une simple paresse intellectuelle » par Romain Marié, Dr. Soc. 2021.949.

Françoise Kleinbauer, Catherine Millet-Ursin et Anne Marion

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