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"Ralentissement du commerce post-Brexit" : attention aux conclusions trop hâtives !

Vincent Vicard et Pierre Cotterlaz (*)

Publié le 01 avril 2021 à 07:19

brexit

Photo d'illustration

DR

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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OPINION. Le commerce entre le Royaume-Uni et l’Union européenne s’est contracté de manière spectaculaire en janvier 2021. Cette baisse ne peut cependant pas être attribuée au seul Brexit. Par Vincent Vicard, CEPII et Pierre Cotterlaz, CEPII (*)

Les statistiques du commerce britannique publiées le 12 mars par l'Office for National Statistics (ONS) révèlent une forte baisse des échanges en janvier 2021 : les exportations ont chuté de 19 % par rapport à décembre, tandis que les importations se contractaient de 22 %. La baisse est particulièrement marquée pour les échanges avec l'Union européenne (UE), avec un recul de 41 % des exportations britanniques, les plaçant plus bas que le niveau atteint pendant le confinement d'avril 2020, et de 29 % des importations (graphique 1).

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Photo d'illustration (Crédits : DR)

Graphique 1 : exportations et importations du Royaume-Uni avec l'Union européenne entre janvier 2020 et janvier 2021 (source : ONS, données ajustées des variations saisonnières). Auteur (D.R) -

Le commerce avec le reste du monde se porte relativement mieux : modeste augmentation des exportations (1,7 %), et baisse de 13 % des importations. Dans quelle mesure ces évolutions traduisent-elles les effets attendus du Brexit sur le commerce britannique ?

L'obstacle des barrières non tarifaires

Depuis le 1er janvier, les relations commerciales entre le Royaume-Uni et l'UE sont régies par le Trade and Cooperation Agreement (Accord de commerce et de coopération). Bien que cet accord prévoie l'absence de droits de douane et de quotas, il ne garantit pas la liberté de mouvement des biens qu'assurait l'appartenance au marché unique. Les exportateurs et les importateurs doivent dorénavant remplir un certain nombre de formalités douanières ou prouver la conformité de leurs produits aux normes du pays de destination, renchérissant d'autant les coûts du commerce entre le Royaume-Uni et l'UE.

À titre d'illustration, un exportateur britannique doit aujourd'hui s'enregistrer pour obtenir un numéro d'enregistrement et d'identification des opérateurs économiques (EORI), s'informer sur les éventuelles restrictions aux importations de certains biens par l'UE, établir l'origine des biens - seuls les produits justifiant d'un contenu local suffisant bénéficient de l'exemption de droits de douane -, déclarer ses exportations aux douanes, produire les licences et certificats montrant que le produit satisfait aux règles en vigueur dans l'UE, etc.

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Ces barrières non tarifaires représentent bien les principaux obstacles aux échanges dans le commerce international moderne, au-delà de droits de douane aujourd'hui relativement faibles pour la plupart des produits dans les pays riches. Ces coûts varient grandement selon les secteurs (ils sont particulièrement notables dans les secteurs agricole et agroalimentaire) et touchent particulièrement les petites entreprises.

Pour faciliter la transition, le gouvernement britannique a d'ailleurs choisi de ne pas imposer certaines formalités douanières à la frontière aux importations en provenance de l'UE jusqu'en juillet (et envisage de prolonger cette période), contrairement aux pays de l'UE. Ce traitement plus favorable dans un sens que dans l'autre est cohérent avec la moindre baisse des importations britanniques en provenance du continent (-29 %), par rapport aux exportations (-41 %).

On ne saurait cependant attribuer au seul Brexit la totalité de la baisse du commerce avec l'UE observée en janvier 2021. L'incertitude sur l'issue des négociations et l'anticipation de conditions d'échanges plus défavorables en 2021 ont poussé de nombreux acteurs à avancer fin 2020 des échanges initialement prévus début 2021, gonflant ainsi les échanges en novembre et décembre (cf. graphique 1).

Des conditions moins favorables

D'autre part, la situation sanitaire s'est aggravée en janvier dans de nombreux pays européens. Cela a entraîné l'adoption de nouvelles mesures restrictives qui ont réduit la consommation de biens finaux, et par ricochet la demande adressée au Royaume-Uni. Cette chute de la demande européenne a pu contribuer à la contraction plus marquée des exportations vers l'UE que vers le reste du monde. Vouloir évaluer les effets du Brexit à l'aune des données de janvier 2021 conduirait donc certainement à une surestimation de ses effets de court terme.

Cela conduirait également à ignorer une large partie des effets attendus de la sortie du marché unique sur le commerce, qui ne se feront sentir qu'à plus long terme. C'est le cas des décisions de relocalisation qui pourraient intervenir dans les mois et les années à venir : les économies britannique et européenne étaient particulièrement intégrées, de nombreuses chaînes de valeur traversant la Manche, par exemple dans l'automobile ou l'aéronautique.

La perspective de conditions moins favorables pour échanger des produits intermédiaires ou pour servir le marché européen à partir d'usines britanniques pourrait amener certaines entreprises à transférer leurs opérations du Royaume-Uni vers l'UE. Mais l'importance des coûts fixes rend les implantations assez peu sensibles à la conjoncture à court terme.

C'est souvent à l'occasion du lancement de nouveaux projets, et donc à un horizon temporel long, que les entreprises revoient l'organisation de leurs chaînes de valeur ; dans l'industrie automobile par exemple, les choix de localisation de chaînes d'assemblage interviennent principalement lorsqu'un nouveau modèle de voiture est lancé.

Dans la même veine, un coût encore relativement peu visible du Brexit est la divergence réglementaire qui pourrait en résulter, et qui obligerait les entreprises à adapter leurs lignes de production à plusieurs standards ou normes différents selon les marchés. D'autres barrières non tarifaires pourraient être évoquées et il serait illusoire de vouloir toutes les recenser.

Face à l'ensemble de ces nouvelles barrières, les entreprises vont progressivement réorienter leurs échanges vers de nouveaux marchés en explorant de nouveaux débouchés pour s'adapter à la nouvelle réalité issue du Brexit.

Des effets massifs à long terme

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Photo d'illustration (Crédits : DR)

Tableau 1 : Royaume-Uni - Population, produit intérieur brut (PIB) et commerce de biens et services. CEPII

De manière générale, les études montrent que la facilitation des échanges permise par l'appartenance au marché unique est sans commune mesure avec celle associée à une zone de libre-échange comme celle conclue entre le Royaume-Uni et l'UE. Ces résultats impliquent qu'à long terme, le Brexit devrait avoir des effets massifs sur les échanges de biens du Royaume-Uni, et dans une moindre mesure sur les échanges de services qui représentent près de 40 % du commerce britannique (et pour lesquels les données mensuelles de janvier ne sont pas détaillées par pays partenaires).

À titre d'illustration, un de nos récents articles situe la baisse à un horizon long des importations de biens britanniques en provenance de l'UE dans une fourchette d'un tiers à la moitié, selon les hypothèses retenues, dans un scénario où le marché unique pré-Brexit est remplacé par une zone de libre-échange classique entre les États membres.

Cette baisse serait en partie compensée par une hausse du commerce avec le reste du monde. De telles estimations, obtenues sur la base d'une évaluation ex-post des effets de l'intégration européenne, doivent bien sûr être interprétées avec précaution ; elles visent cependant à incorporer l'ensemble des mécanismes qui affecteront le commerce dans les mois et les années à venir.

Bien qu'il soit tentant de mesurer les effets du Brexit à partir des premiers chiffres du commerce dont nous disposons, il convient de rester prudent dans cet exercice : on risque à la fois de surestimer les effets de court terme du Brexit, en omettant le rôle de l'anticipation des agents et des facteurs conjoncturels, et de sous-estimer ses effets de long terme, puisque ceux-ci ne se sont par définition pas encore manifestés.

The Conversation _____

À lire également

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  • Brexit: chute record du commerce entre l'UE et le Royaume-Uni en janvier
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(*) Par Vincent Vicard, Economiste, CEPII et Pierre Cotterlaz, Économiste, CEPII

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Vincent Vicard et Pierre Cotterlaz (*)

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