Semaine de la mobilité (2/3) : la Chine sera électrique  !

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Grâce à l'application de son téléphone, une femme peut régler la location et l'utilisation immédiate d'une voiture électrique de la marque Gofun dans un parc proposant un service de voitures partagées de la ville de Yangzhou.
Grâce à l'application de son téléphone, une femme peut régler la location et l'utilisation immédiate d'une voiture électrique de la marque Gofun dans un parc proposant un service de voitures partagées de la ville de Yangzhou. (Crédits : Reuters)
Quel est l'avenir pour la mobilité urbaine dans le monde ? Ross Douglas, fondateur & CEO d'Autonomy, propose une série de réflexions en trois volets qui analysent les problématiques selon les continents: Après l'Europe, hier et les Etats-Unis demain, aujourd'hui, la Chine.

Avant même d'aborder le sujet de la mobilité urbaine en Chine, il me paraît essentiel de rappeler ici quelques éléments de contexte. La Chine est le pays le plus peuplé du monde, comptant plus de 1,414 milliard d'habitants. En parallèle, le Bureau National des Statistiques du pays affirmait déjà en 2012 que la population urbaine avait dépassé la population rurale pour la première fois son histoire. Selon la Banque Mondiale, d'ici 2030, jusqu'à 70% de la population chinoise vivra en ville. Cet exode conduit naturellement à une surcharge des réseaux de transports, ainsi qu'à des embouteillages monstrueux, contribuant à faire atteindre à la Chine un autre (triste) record : celui du pays le plus pollueur du monde. Les réactions des industriels et dirigeants chinois se devaient donc d'être à la hauteur... et elles l'ont été !

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D'une Autorité excessivement progressiste...

Face à cette situation des plus alarmantes, le gouvernement chinois a fait le pari... de l'électrique ! Preuve de son engagement, ce dernier a même inscrit la « e-mobilité » dans le plan « Made in China 2025 », qui a pour objectif d'améliorer l'industrie chinoise, en réduisant sa dépendance aux technologies étrangères. Plusieurs leviers d'incitation sont ainsi actuellement mis en place.

D'une part, les subventions, méthode très répandue au pays du levant, qui compte parmi les plus généreux du monde. Aujourd'hui, un acheteur peut en effet recevoir jusqu'à 15.000 dollars, en fonction de la performance du véhicule qu'il souhaite acquérir ! Les autorités locales bénéficient aussi de ces politiques incitatives, en témoigne la métropole de Shenzhen qui, en l'espace de 8 ans, a électrifié l'intégralité de sa flotte de 16.359 bus avec des subventions pouvant aller jusqu'à 150.000 dollars par véhicule.

D'autre part, un système préférentiel d'immatriculation a également été instauré pour les véhicules à énergies nouvelles, dont font bien évidemment partie les véhicules électriques. Ces plaques « vertes » ont l'avantage d'être beaucoup plus simples à obtenir que les plaques traditionnelles, qui sont, elles, remises par vente aux enchères ou loteries, à des coûts bien plus élevés... Enfin, le gouvernement investit actuellement massivement dans le déploiement de bornes de charge électriques. La preuve en chiffres : ce dernier prévoit de passer de 190.000 bornes (fin 2017) à 4,8 millions de bornes (2020), le tout pour la coquette somme de 19 milliards de dollars.

... à une industrie traditionnellement volontariste

La politique du gouvernement chinois, quoique puissante, n'est pas la seule à contribuer au développement de la mobilité électrique dans le pays. Par essence en effet, la Chine dispose aujourd'hui de tous les éléments pour devenir un bassin d'innovations autour des technologies électriques : le plus gros marché mondial de consommateurs de véhicules électriques, l'intégralité de la chaîne logistique à domicile, la disponibilité de financements à grande échelle, une mentalité d'essai et erreur doublée d'un très fort désir de réussir à être toujours précurseur sur les marchés... Si nous ajoutons à cela la bonne santé économique du pays, nous pouvons parier que leur technologie de véhicules électriques est bel et bien sur le point de dominer les marchés mondiaux !

Aussi, si l'on se fie aux seules ventes (580.000 véhicules électriques vendus en Chine en 2017, soit plus de la moitié des ventes mondiales, et + 72% vs 2016*), le déploiement de la mobilité électrique en Chine s'apparente à un large succès. Par ailleurs, un autre indicateur aujourd'hui est la naissance d'une multitude de marques et d'acteurs du secteur, qui se développent de manière retentissante jusque dans nos marchés européens, dont la politique va également dans le sens d'une mobilité plus propre et tout aussi efficace ! La Chine de demain sera électrique... ou ne sera pas.

* « Global EV Outlook » de l'Agence Internationale de l'Energie

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Commentaires
a écrit le 22/09/2018 à 7:35 :
Et l'électricité, elle vient d'où? Si elle vient d'une usine thermique, elle pollue d'avantage, mais la pollution est ailleurs.
a écrit le 19/09/2018 à 13:11 :
Dérèglement climatique oblige, tout le monde a intérêt à voir se développer les VE en Chine, nous y compris. Chacun voit le niveau de CO2 et autres polluants à sa porte.
On pourrait se dire que leur modèle politique imposé leur permet de forcer le destin, il n’empêche que la pollution a un coût exorbitant et que c'est aussi une question de bon sens. Accessoirement, cela fait aussi certainement partie d'une stratégie de conquête des marchés mondiaux. Mais à ce sujet aussi on n'a pas de raison de se plaindre, on a passé trop de temps à éviter de faire évoluer nos propres technologies et nos technologies propres.
a écrit le 19/09/2018 à 9:35 :
C'est l'avantage d'être une dictature, le citoyen de toute façon n'a aucun choix, il sera électrique ou emprisonné !

Non mais !

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