Semaine de la mobilité (3/3) : les Etats-Unis font la course à l'autonomie !

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Le véhicule autonome, en incarnant ce nouvel espace transitoire libre de toute contrainte professionnelle ou personnelle, ce « third space » dont les usages sont à créer, représente donc très clairement un nouveau territoire de conquête pour les marques.
Le véhicule autonome, en incarnant ce nouvel espace transitoire libre de toute contrainte professionnelle ou personnelle, ce « third space » dont les usages sont à créer, représente donc très clairement un nouveau territoire de conquête pour les marques. (Crédits : Reuters)
Quel est l'avenir pour la mobilité urbaine dans le monde ? Ross Douglas, fondateur & CEO d'Autonomy, propose une série de réflexions en trois volets qui analysent les problématiques selon les continents : après l'Europe et la Chine, aujourd'hui les Etats-Unis.

Déjà bien amorcée, la course à la voiture autonome n'en finit plus de s'accélérer aux Etats-Unis, avec en tête de peloton Waymo, acteur majeur du secteur. La filiale de Google ne cache en effet pas ses intentions d'accélérer les tests de sa flotte de taxis autonomes pour un lancement commercial prévu d'ici la fin de l'année. Signe de ses ambitions, le partenariat dernièrement annoncé avec le britannique Jaguar-Land Rover, visant à produire 20.000 Jaguar I-Pace autonomes d'ici 2020, confirme l'avancée fulgurante du marché, malgré un contexte pour le moins tumultueux ces derniers mois. La question n'est désormais clairement plus de savoir « si » ces navettes autonomes vont être exploitées, ni même « quand », mais « qui » seront les gagnants de cette course vers un marché qui pourrait peser plus de 500 milliards d'euros d'ici 2035...

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Le véhicule autonome : nouvel or des GAFA ?

84 milliards d'heures. Voilà le temps passé par les Américains au volant en 2015, selon la division du département des Transports des Etats-Unis. Une heure par jour et par conducteur en moyenne, soit plus que n'importe quelle autre activité de loisir (en dehors de la TV). Un chiffre que les Google, Amazon, Facebook et autres géants du net n'en finissent pas de lorgner, eux qui n'ont pas manqué de voir l'opportunité business portée par ce temps, pour le moins précieux, si tant est qu'il soit libre ! Et pour cause, la voiture autonome sonne l'ouverture d'un marché considérable, en rendant de nouveau disponible ce temps de cerveau si nécessaire à l'absorption par le passager-consommateur d'une information ciblée... bref, d'une publicité.

Google, qui a beaucoup investi dans Waymo, n'entend, de fait, pas limiter ses revenus au seul prix des courses : Google Assistant, Chrome, Waze et YouTube bénéficieront en effet naturellement de l'attention de ce nouveau public. Une logique dès lors favorable, par effet d'entrainement, à Amazon, plus gros acheteur de publicités Google au monde avec un budget marketing de 2,7 milliards de dollars. Mais aussi à Facebook, sa filiale Instagram et ses plateformes de messageries qui captent aujourd'hui la majeure partie de notre temps passé devant un écran. Même Netflix y voit un remède à son business model basé sur l'abonnement, puisque la généralisation des véhicules autonomes, en augmentant le temps d'écran et en multipliant le nombre d'utilisateurs de Netflix durant les trajets, permettra aisément de justifier une augmentation de ses prix comme ce fut le cas en 2017...

Le véhicule autonome, en incarnant ce nouvel espace transitoire libre de toute contrainte professionnelle ou personnelle, ce « third space » dont les usages sont à créer, représente donc très clairement un nouveau territoire de conquête pour les marques désormais en mesure de venir s'insérer davantage encore dans le quotidien d'un usager (re)placé en situation de consommation...

Les villes, principal enjeu de la conquête de l'autonomie

Qui gagnera ? Qui ne gagnera pas ? Pour l'heure, impossible d'en juger tant les facteurs déterminants au succès se veulent aussi indissociables qu'impitoyables pour les acteurs lancés dans la course : si la maitrise d'une IA se veut une évidence, QUID du passage à une production massive une fois la technologie maitrisée ? Pis encore : les villes ! Au cœur des problématiques d'autonomie, car terrain même d'expression des nouvelles formes de mobilité, elles sont surtout l'étape la plus incontournable à toute commercialisation étendue.

Or, pour l'heure, les entreprises de vélos et e-scooters connaissent un succès considérable, la population s'étant pris au jeu de la mobilité active. Lime et Bird, spécialisés dans le e-scooter, n'en finissent ainsi plus de s'étendre sur le territoire américain, à coup d'importantes subventions des villes. En cause ? Principalement le sujet de l'obésité, véritable fléau outre-Atlantique, et actuellement responsable de plus de morts prématurées que les accidents de la route ! On comprend aisément l'arbitrage délicat des élus à accepter le déploiement d'une innovation qui, si elle se veut révolutionnaire pour les villes, incarne une mobilité passive synonyme d'une sédentarité déjà trop néfaste pour la santé publique. En parallèle, l'imprévisibilité des cyclistes, comme des utilisateurs d'autres dispositifs de mobilité, s'avère pour l'heure encore délicate à gérer pour un véhicule autonome. L'harmonisation de toutes les formes de mobilité aura donc encore besoin du temps nécessaire à l'acceptation du changement, comme au courage politique...

En définitive, seule une collaboration constante et étroite entre législateurs et innovateurs, et cela à mesure que la technologie se développe de sorte à pouvoir garantir une parfaite adhésion des pouvoirs locaux aux dispositifs de mobilité proposés, permettra de garantir un déploiement effectif et rentable du véhicule autonome. Pour sortir elles aussi gagnantes de cette révolution technologique, les villes doivent parvenir à élaborer une offre composée de différentes solutions de mobilité, garantissant ainsi un haut niveau de service à leurs citoyens, tout en les gardant actifs et multimodaux.

Ross Douglas, fondateur & CEO d'Autonomy.

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Commentaires
a écrit le 20/09/2018 à 10:00 :
"Les villes, principal enjeu de la conquête de l'autonomie"

Bizarre puisque l'intérêt premier des véhicules autonomes est de pouvoir faire de longues distances afin de pallier à la fatigue, si c'est pour que tout le monde dorme dans sa bagnole pendant des heures et des heures de bouchons c'est grotesque.

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