Réindustrialisation : dans le Grand Chalon, un financement de plus de 11 millions d'euros pour aider les PME à se digitaliser

BOURGOGNE-FRANCHE-COMTE. Pénurie de compétences en interne, manque de moyens financiers, résistance au changement... Les freins qui empêchent les PME et TPE françaises à passer le cap de la transformation numérique sont nombreux. Le projet de l’Usinerie à Chalon-sur-Saône est de devenir un pôle de ressources capable d'accompagner ces moyennes et très petites entreprises vers la transition digitale.

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(Crédits : Amandine IBLED)

La France dispose d'un riche tissu économique de 3,8 millions de TPE et PME. Mais l'Hexagone reste encore à la traîne en matière de compétences numériques, notamment dans ses entreprises, selon l'indice européen (DESI) de 2021. De fait, la transformation digitale ne se résume pas à un site Internet ou à une présence sur les réseaux sociaux. C'est le constat fait par le projet de l'Usinerie à Chalon-sur-Saône. L'initiative, financée à hauteur de 11,5 millions d'euros par des fonds publics, veut bâtir les conditions de l'industrie 4.0, en faisant cohabiter dans un même lieu, de la formation, de l'enseignement supérieur, de la recherche, et de l'innovation.

Une autre réalité persiste en France : elle est passée de 25% d'emplois dans l'industrie dans les années 80, à 13% en 2018, selon l'Insee. Selon Sébastien Martin, président de la communauté d'agglomération du Grand Chalon, qui pilote de projet de l'Usinerie, on a également laissé partir la matière grise vers les grandes capitales, que ce soit Paris ou Lyon, laissant aux petits territoires quelques "bribes" de formation.

Mais, le Grand Chalon n'est pas en reste. Le secteur industriel y représente presque un quart des emplois de cette communauté d'agglomération. Les compétences y étaient très dispersées avec une offre de formation incomplète. « L'idée est d'arriver à rassembler sur ce quartier toutes ces ressources pour la transition digitale », précise l'élu qui a reçu les aides de l'Etat pour le projet, à hauteur de 6,4 millions d'euros, de la région Bourgogne-Franche-Comté pour 3 millions d'euros, de l'Union européenne (1 million) au titre du Feder (le fonds européen de développement régional), de la direction régionale des affaires culturelles (Drac) et du Conseil départemental.

Concrètement, il s'agit de lever tous les freins en accompagnant les entreprises de tous types - TPE, PME et ETI - mais aussi les grands groupes ou les startups à concrétiser leur projet de transformation, via une offre de services : depuis l'étude de faisabilité, jusqu'à la réalisation ou la formation à de nouvelles compétences, en passant par l'aide au financement et la gestion des ressources humaines, soulignent les protagonistes du projet qui réunit l'Usinerie Partners - l'un des trois co-porteurs de l'Usinerie, elle-même créée sous le statut de société d'économie mixte, avec le Cnam Bourgogne-Franche-Comté et l'institut des Arts et Métiers de Chalon-sur-Saône.

« Le budget annuel de la structure a été fixé à 1,3 million d'euros par an mais pourra évoluer en fonction des demandes », confie Sylvie Trapon, vice-présidente de l'agglomération en charge du numérique.

Fournir la matière grise aux industriels

En plein débat sur la réindustrialisation au niveau national, Sébastien Martin en est convaincu, la relocalisation des usines dans les territoires ne suffit pas. « L'industrie de demain devra produire autrement et avec de nouveaux outils. Ces outils seront conçus par la matière grise. C'est ce que nous proposons en développant l'enseignement supérieur sur notre territoire », avance l'élu.

Dès la rentrée 2022, l'Usinerie hébergera un nouveau diplôme d'ingénieur en informatique, Big Data et Intelligence artificielle, de niveau bac+5 en complément des parcours déjà proposées par l'Institut Image, l'IUT de Chalon sur Saône, l'UIMM et le Cnam. Autant de futurs profils à recruter pour les entreprises locales. « Nous investissons dans les formations. Il faut que cet argent retombe sur le territoire, en incitant les étudiants à travailler ici », souligne Sébastien Martin.

Un programme sur-mesure co-construit avec les entreprises

De fait, par manque de temps ou de compétences en interne, les projets des TPE et PME ne se concrétisent pas, ont noté les porteurs du projet. « Le taux de transformation des entreprises qui s'engagent dans le process de digitalisation dépassent rarement les 20% », souligne Yannick Mahé, directeur de l'Usinerie. « Nous devons apporter les briques technologies nécessaires à la transition digitale du tissu productif de la Bourgogne-Franche-Comté », confie Sébastien Martin.

En amont, une vingtaine d'entreprises ont d'ailleurs co-construit cette offre, en fonction de leurs besoins actuels. Ainsi, les domaines d'expertise déjà représentés au sein du pôle sont notamment la réalité virtuelle et augmentée (VR / AR), l'intelligence artificielle, la robotique et cobotique, la cybersécurité, la fabrication additive ou encore le big data.

Dans ces domaines, pour les TPE françaises - dont seulement une sur trois aurait amorcé la première étape de la transformation digitale - la route peut être encore longue. 66% des TPE/PME ont un site Internet, servant cependant surtout de vitrine Web que de levier de croissance, et seulement 20 % ont leur propre site marchand de vente en ligne, selon le baromètre France Num, confié au centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie (CREDOC), en 2021.

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