A Saint-Malo, une nouvelle gare maritime « post-carbone » doit voir le jour

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Le projet de l'AREP prévoit de valoriser l'existant dans une approche respectueuse de l'histoire de ce site proche des remparts de la vieille ville mais aussi de l'environnement.
Le projet de l'AREP prévoit de valoriser l'existant dans une approche respectueuse de l'histoire de ce site proche des remparts de la vieille ville mais aussi de l'environnement. (Crédits : Antoine Séguin)
L’agence d’architecte AREP a remporté la consultation pour la transformation de la gare maritime de Saint-Malo. Son projet verra le jour en 2025 et prévoit d’offrir un nouvel archétype de gare maritime respectueux d’un engagement environnemental et patrimonial. Cette réinvention s’inscrit dans le cadre d’une modernisation globale du terminal ferries du Naye, financée par la Région Bretagne.

Lancée par la SemBreizh, le bras armé de la Région Bretagne pour l'aménagement du territoire, la consultation pour la rénovation de la gare maritime de Saint-Malo, située sur le terminal ferries du Naye, a été remportée par le groupement porté par l'agence d'architecture pluridisciplinaire AREP, filiale de SNCF Gares et Connexions. Celui-ci comprend entre autres l'agence de Jean-François Madec, Madec Architectures, qui collabore à la co-conception du bâtiment et le paysagiste Lalu. D'un budget de 27,5 millions d'euros, cette transformation a été soumise à une concertation à l'automne 2020 et sa livraison est prévue pour 2025, selon un calendrier qui prévoit un démarrage des travaux en 2023. La shortlist des candidats comprenait trois agences. Sensible à la question de l'écologie, la collectivité bretonne a retenu la proposition de l'AREP à l'origine du remodelage de la gare TGV de Saint-Malo, sur la promesse de concevoir un « nouvel archétype de gare maritime et concrétiser un futur du voyage post-carbone ».

« Une gare maritime, c'est généralement un immense parking, avec parfois des heures d'attente dans son véhicule et des moteurs à mazout qui tournent au ralenti côté mer. Une gare maritime, c'est encore le lieu de la combustion, celui de l'accostage de toutes ces machines mues aux énergies fossiles. Face à l'urgence climatique, les gares maritimes doivent se réinventer » analyse Raphaël Ménard, président du directoire de l'AREP qui s'engage à réponse aux justes besoins des usagers, du site et de son environnement. « Notre projet s'articule autour de quatre principes de conception respectueux d'un engagement environnemental et patrimonial ».

Pierre, bois, espaces verts : une valorisation évolutive et à l'impact écologique limité

Le projet prévoit ainsi de valoriser l'existant dans une approche respectueuse de l'histoire de ce site proche des remparts de la vieille ville et évolutive. Dans un monde post-Covid-19 et post-Brexit, le bâtiment, mêlant pierre et bois plutôt qu'en béton, pourra ainsi être reconfiguré en fonction de l'évolution du trafic.

La réinvention imaginée par AREP envisage aussi de déminéraliser et favoriser la biodiversité en créant sur le terre-plein des surfaces engazonnées (perméables) supplémentaires (7% actuellement) et en jouant sur la colorimétrie du revêtement du sol pour limiter les effets d'îlots de chaleur. « On a pensé cette gare comme un ensemble architectural et paysager, avec le souci de limiter également l'impact écologique dans l'approvisionnement des matériaux utilisés (pierre, bois). Ils seront issus d'un périmètre local ne dépassant pas les 100 kilomètres alentours. Nous effectuons la cartographie des entreprises et des artisans locaux qui interviendront » poursuit Raphaël Ménard. Le principe du réemploi des matériaux existants sera aussi appliqué.

Projetée dans un avenir post-carbone, la future gare maritime est conçue pour favoriser la production d'énergies renouvelables. L'intégration de panneaux photovoltaïques en toiture alimentera en énergie la zone voyageurs, l'éclairage et les recharges de véhicules sur le terre-plein. A terme, le bâtiment pourrait devenir un hub énergétique sur lequel se branchent les bateaux à quai.

Terminal du Naye : 110 millions d'euros investis par la Région

Cette rénovation de la gare maritime du Naye fait partie d'un ensemble d'investissement plus vaste porté par la région Bretagne avec son concessionnaire Edéis sur le port de Saint-Malo. Outre l'installation au printemps d'un nouveau pont tournant (7,7 millions d'euros) et la modernisation du poste de commande de l'écluse du Naye (350.000 euros), le Conseil régional va investir jusqu'à 110 millions d'euros dans le terminal du Naye afin d'accroître son attractivité et celle du port. En 2020, le trafic passager du port (Britanny Ferries + Condor Ferries) a affiché une baisse de 85% en raison de la crise sanitaire. Le fret ferries et le trafic cargos ont reculé de 38%.

Au-delà de la gare maritime, vieillissante, de ses annexes et de son parking, des travaux auront aussi lieu sur les quais, pas adaptés à l'accueil de navires à grande vitesse, sur les équipements d'accueil des passagers et sur les infrastructures de l'avant-port. La Région accorde aussi une priorité à l'empreinte environnementale liée au transport, à l'interface ville-port et à l'élargissement du périmètre portuaire. « Cette opération permettra d'intégrer à partir du premier trimestre 2021, dans un îlot urbain concédé de 8.700 m2, des activités à vocation portuaire et de développer le pôle de réparation navale Jacques Cartier » précise le Conseil régional.

Illustration de la stratégie de l'AREP

Pour l'AREP, la future gare maritime de Saint-Malo illustre ce à quoi peut ressembler un projet post-carbone. Ce projet offre le premier exemple concret du tournant stratégique mis en œuvre depuis fin 2018 autour de la transition écologique et des mobilités.

Conceptrice du Cap Janet, la gare maritime du Grand port maritime de Marseille, cette agence de 1.000 collaborateurs en France et à l'international, travaille aussi à l'élaboration d'un scénario d'économie décarbonée en 2050 pour le Grand-Duché de Luxembourg. En janvier, elle a également remporté l'appel d'offres de la ville de Paris pour réinventer les rues aux abords des écoles.

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Commentaires
a écrit le 20/02/2021 à 10:53 :
Sans voiles point d'économie maritime vertueuse.

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