La réindustrialisation de la fabrication de masques est amorcée en Bretagne

FACE A LA CRISE. Depuis avril, trois projets dédiés à la production de masques ont émergé en Bretagne : outre un projet industriel porté par le groupe Intermarché, un projet associatif et celui d'un milliardaire suisse, tous deux situés en Côtes-d'Armor, se concurrencent sur les ruines de l'usine de Plaintel.
200 millions, c'est le nombre prévu de masques produits par an début 2021 dans l'ex-usine de Chaffoteaux et Maury.
200 millions, c'est le nombre prévu de masques produits par an début 2021 dans l'ex-usine de Chaffoteaux et Maury. (Crédits : DR)

En pleine crise sanitaire du Covid-19, l'ancienne usine de masques de protection de Plaintel en Côtes-d'Armor, qui en 2018 produisait jusqu'à 20 millions d'unités par mois, est devenue le symbole local d'un désengagement de l'État et d'un gâchis industriel. Le souhait de voir une industrie stratégique se réimplanter en Bretagne s'exprime fortement depuis début avril. Plusieurs projets ont été annoncés, lesquels pourraient réserver encore des rebondissements.

Ancien directeur du site de Plaintel, fermé il y a un an et demi par le groupe américain Honeywell et qui a employé jusqu'à 300 personnes, Jean-Jacques Fuan s'est d'abord associé à des salariés de l'usine et des partenaires locaux pour faire émerger un nouveau projet costarmoricain. La région Bretagne et le département des Côtes-d'Armor se sont déclarés prêts à investir dans cette nouvelle usine de masques si l'État ou l'Union européenne s'engageaient à en assurer l'avenir et la production. Guy Hascoët, ancien secrétaire d'État à l'Économie solidaire du gouvernement Jospin, a pour mission de proposer une solution de redémarrage. Ce projet coopératif de taille modeste (20 millions de masques par an), qui associerait des citoyens volontaires à l'actionnariat via une société coopérative d'intérêt collectif (SCIC), pourrait atterrir à Guingamp, dans les ex-locaux d'Alcatel. Mais Jean-Jacques Fuan n'en est plus. Il s'est depuis associé avec le milliardaire suisse, dirigeant de m3 Groupe, Abdallah Chatila, qui a senti qu'il y avait une opportunité à utiliser les compétences de l'ancienne usine de Plaintel.

Investir la friche Genesis Baie d'Armor

Leur projet, d'envergure européenne et dévoilé le 11 mai, consiste à investir entre 15 et 20 millions d'euros dans l'ex-site emblématique de Chaffoteaux et Maury près de Saint-Brieuc afin de produire 200-250 millions de masques par an début 2021 et des équipements de protection sanitaire. Il table sur la création de 150 emplois et vient de passer une étape.

Le groupe immobilier Bleu Mercure a conclu le 12 juin une promesse de vente de 25000 m2 de surface bâtie sur la friche industrielle Genesis Baie d'Armor à Ploufragan. Deux lignes de production devraient être installées cet été, deux autres en septembre. L'affaire a pris une tournure politique puisque le député LR des Côtes-d'Armor, Marc Le Fur, et l'ex-député LREM, Joachim Son-Forget, ont servi d'intermédiaires. Le conseil régional n'a pas été contacté. Abdallah Chatila semble déterminé : « J'investis mon argent, donc je vais faire en sorte qu'il ne soit pas dilapidé », avait-il indiqué lors de sa visite en Côtes-d'Armor.

Porté par le groupe Intermarché sur son site de production Celluloses de Ploërmel, un troisième projet industriel offre une viabilité plus immédiate. La production démarrera en juillet 2020 avec 50 salariés. Acteur important de l'agroalimentaire, Intermarché a investi dans cinq lignes de production de masques FFP2 et chirurgicaux. Soutenue par une commande d'État, l'usine produira 135 millions de masques à l'année dont 74 millions en FFP2 et 61 millions en chirurgicaux.

En parallèle, plusieurs PME bretonnes ont aussi diversifié leur production. Le fournisseur d'outillage, matériel et équipements de protection pour le BTP et l'industrie, Théard, à Bourg-des-Comptes (Ille-et-Vilaine), a fabriqué 3000 masques FFP1-2-3 par jour durant la crise. Mi-mai, il a lancé une seconde ligne de production afin de doubler sa production.

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Commentaires 3
à écrit le 29/07/2020 à 10:11
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J'ai peine à peine à croire qu'en France, on puisse fabriquer rentabiliser la fabrication de masques, d'autant plus que la production de 200-250 millions de masque paraît faible. Cordialement

à écrit le 28/07/2020 à 20:25
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C'est qu'on ne les laisse pas tomber de nouveau comme des serpillères sales une fois la crise passée, au motif qu'on trouvera sans problème beaucoup moins cher en Chine. ou qu'on ne les laisse pas se faire racheter par des étrangers qui n'en ont r...

le 29/07/2020 à 9:57
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Ils vont se faire détruire d'avance. Ils vont arriver sur un marché bourré de stocks et de surcapacité. L'argent public va leur permettre d#exister un temps puis ils mourrons. Franchement il faudrait arréter de faire n'importe quoi. Si un tel porj...

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