La corderie Meyer-Sansboeuf, un Alsacien dans la marine

SÉRIE D'ÉTÉ - ÉPISODE 4/5. Les métiers du luxe en Alsace. Malgré son implantation loin de la mer, la PME alsacienne a établi sa réputation dans les cordages de marine. Elle produit aussi des cordes techniques et de la ficelle alimentaire, et son dirigeant se diversifie dans les masques Covid.
Benoit Basier, président de la corderie Meyer-Sansboeuf à Guebwiller (Haut-Rhin)
Benoit Basier, président de la corderie Meyer-Sansboeuf à Guebwiller (Haut-Rhin) (Crédits : Olivier Mirguet)

Comment devient-on spécialiste des cordages de marine lorsqu'on est implanté à Guebwiller, au pied du Ballon d'Alsace, et que la Mer du Nord et la Méditerranée sont équidistantes à 600 kilomètres ? "Notre histoire commence en 1881", raconte Benoît Basier, président de la corderie Meyer-Sansboeuf. "Martin Meyer, ouvrier de maintenance dans les filatures à Guebwiller, fabrique avec sa compagne Louise Sansboeuf des ficelles pour les métiers à tisser. Après la première guerre mondiale, leur fils industrialise la production des cordages. En 1940, son successeur Paul se réfugie à Lyon, entre dans la résistance aux côtés de Jean Moulin et se trouve déporté à Dachau. En 1945, Paul Meyer est de retour à Guebwiller. Pour le récompenser des services rendus, le gouvernement français lui offre le marché de l'équipement de la marine nationale".

Pendant les trente glorieuses, Meyer-Sansboeuf développe des gammes de drisses, d'écoutes, d'amarres et de mouillages fabriqués à Guebwiller et s'établit durablement sur le marché de la navigation de plaisance. L'entreprise cible désormais le marché haut de gamme. "Dans la grande plaisance, un propriétaire de yacht peut dépenser jusqu'à 50 000 euros pour s'équiper en cordages. C'est une dépense à renouveler régulièrement. Nos clients veulent de belles amarres. Certains nous demandent des couleurs spéciales, en harmonie avec la coque de leur bateau. Nous sommes capables d'en proposer en rouge Ferrari ou en bleu profond", explique Benoît Basier.

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Le bateau a accéléré les évolutions de la corderie. Mais il ne génère que 15 % du chiffre d'affaires (4,5 millions d'euros) de Meyer-Sansboeuf. Les cordages techniques représentent le double, ouverts à une diversité de métiers. L'entreprise a mis au point des cordages isolants qui permettent de monter sur des lignes haute-tension sans couper le courant. D'autres types de cordes, destinées à l'industrie, permettent de tirer des masses importantes dans des fours. Les débardeurs, qui travaillent habituellement avec des câbles métalliques pour sortir les grumes de la forêt, se voient proposer des cordages techniques pour réaliser ces travaux qui s'opèrent souvent en conditions humides. "Nos années de savoir-faire dans le bateau ont été transmises dans les bois", résume Benoît Basier. Meyer-Sansboeuf produit aussi des ficelles destinées aux professionnels de l'alimentaire haut de gamme : boucherie, les salaisons de luxe. "Regardez de près la ficelle d'un bon saucisson", suggère Benoît Basier. "Elle ne doit pas contaminer la viande et elle offre un bel aspect".

Rachetée au tribunal

L'histoire a connu des soubresauts. Quand le marché de la marine nationale a été perdu, en 1989, Meyer-Sansboeuf s'est retrouvée en redressement judiciaire. Elle comptait 380 salariés, dix fois plus qu'aujourd'hui. Une tentative de reprise par des actionnaires suisses s'est soldée par un nouvel échec. Une partie des équipes est partie chez la concurrence, en France et en Allemagne, entraînant un second dépôt de bilan. Benoît Basier a repris l'affaire en 2007 à la barre du tribunal, en investissant plus d'un million d'euros. Le repositionnement haut de gamme a fini par payer. "Les clients de la grande plaisance exigent un temps de réponse ultra-court. Nous livrons en 48 heures. Il faut une gamme large et des stocks". Mais la rentabilité reste faible, à moins de 3 %.

Profitant de ses fonctions à la présidence du Pôle textile Alsace, avec 60 entreprises adhérentes, Benoît Basier a eu l'idée pendant la crise sanitaire du Covid de mobiliser ses réseaux pour créer une usine de masques grand public. Mais il n'a pas impliqué Meyer-Sansboeuf dans son projet, préférant créer une société ad hoc et ouvrir un nouvel atelier dans les locaux de l'équipementier automobile Mahle à Rouffach (15 kilomètres de Guebwiller). Profitant du prêt de main-d'oeuvre de Mahle, où un plan social était en cours, il a mobilisé des équipes mixtes d'ingénieurs auto et d'ingénieurs textiles pour tout mettre au point en moins de 30 jours. Le masque Barral, lavable, est présenté comme l'un des plus légers sur le marché (4 grammes). L'objectif est la pérennisation de cette activité, qui pourrait générer entre 10 millions et 20 millions d'euros de chiffre d'affaires. "La corderie, c'est un vieux métier où les progressions sont lentes. Barral, c'est une start-up", prévient Benoît Basier. Pas question de fusionner les deux entités.

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Commentaire 1
à écrit le 07/08/2020 à 9:58
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Il n'y a pas de cordes dans la Marine, ni sur les bateaux, mais des bouts, merci de corriger cette imprecision,

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