À Hambach, les plus anciens se souviennent des débuts difficiles de la Smart. "Quand Mercedes et Smart sont arrivés en Moselle, il y avait du chômage, mais les gens d'ici ne voulaient pas y travailler. Ils n'aimaient pas la gueule de la voiture", se souvient Mario Mutzette, l'un des employés présents depuis 1997. "L'histoire avait mal commencé. Il y a eu des problèmes de tenue de route en phase d'essais. La voiture se renversait. Pendant six mois, on n'a rien fait. Tout le monde a pris peur", poursuit celui qui est devenu l'un des chefs de file des syndicalistes locaux, représentant de la CFE-CGC.
Trois ans plus tôt, en décembre 1994, l'annonce de l'implantation de la "Swatchmobile" dans l'Est mosellan était pourtant accueillie comme un bol d'air dans cette région touchée par la désindustrialisation, et où les mines de charbon avaient abandonné leur rôle de locomotive économique. La joint-venture MCC (Micro Compact Car) associant Mercedes et Swatch arrivait avec 983 postes à pourvoir, et autant chez les co-traitants ou "partenaires système" de l'époque : le canadien Magna (cellules de carrosserie, 215 emplois), le suédois Dynamit Nobel (matériaux plastiques, 285 emplois), le belge Ymos (portes, 80 emplois), les allemands Eisenmann (peinture, 217 emplois), VDO (tableaux de bord, 215 emplois) et Krupp Hoesch (groupes de propulsion, 83 emplois). La promesse a (presque) été tenue. En 2020, le site compte 1.600 salariés, tous employeurs confondus.
Pour Swatch, le groupe horloger à l'origine du concept, l'histoire a tourné court. Éconduit par Volkswagen, avec qui il avait pourtant conclu un partenariat financier à parts égales, l'entrepreneur suisse Nicolas Hayek a dû renoncer à contre-coeur à son projet de voiture à quatre moteurs électriques, un pour chaque roue: la Swatchmobile. La co-entreprise MCC avait été créée en 1994, avec une participation de Mercedes à 51%. "Personne ne savait que le pire était devant nous", raconte le patron horloger dans ses mémoires(*) parus en 2006: