Textile vosgien : un réveil à confirmer

Mobilisation moribonde avec plus de 25.000 emplois perdus dans les Vosges en deux générations, la filière textile s'est remobilisée sous l'impulsion de la crise sanitaire.
(Crédits : DR)

Dans ce département rural et montagnard, des retraités, des couturiers et couturières amateurs se sont présentés spontanément dans les dernières usines en activité pour coudre des masques de protection. Un élan civique ? « Nous avons accueilli une vingtaine de volontaires », confirme Paul de Montclos, président de Garnier-Thiebaut, une entreprise de 220 salariés spécialisée dans le linge de maison, installée à Kichompré, près de Gérardmer.

Du côté patronal, c'était plutôt la panique. Des injonctions contradictoires sont parvenues des membres du gouvernement, qui ne recommandait le port du masque que pour les personnels soignants, avant de conseiller le masque en tissu « grand public » pour toute la population. Dès avril, il a fallu en produire. La préfecture des Vosges, en cellule de crise, a tenté de coordonner la demande et l'offre locale.

« On nous a demandé de partir à la guerre avec des soldats qui étaient morts à la bataille précédente », résume Paul de Montclos, amer.

Impactée par les effets des délocalisations, la filière vosgienne a perdu son savoir-faire dans des métiers essentiels : tisserands, piqueuses, couturières.

« Nous sommes tout de même partis à l'aventure », poursuit Paul de Montclos, qui préside aussi le Syndicat textile de l'Est.

« Mais personne ne savait quels types de masques produire. Nous n'avions pas d'informations sur les normes. »

Fallait-il en fabriquer en polycoton, en polyester, en mailles ?

Recruter d'urgence

Un autre obstacle a semblé encore plus incongru : après des décennies de licenciements, les entreprises ont dû recruter d'urgence. « Il n'y a plus d'organismes de formation dans les spécialités du textile », confirme Christine Goddyn, consultante en ressources humaines en mission pour le Syndicat textile de l'Est.

« On a récupéré des candidatures de personnes qui avaient eu ces compétences dans le passé, et réussi à embaucher 20 personnes », indique-t-elle.

Entre le début du confinement en mars et sa sortie progressive le 11 mai, la filière textile vosgienne (2.500 emplois) a produit 2,07 millions de masques, sans jamais bénéficier d'une vision globale de son marché. Tout s'est arrêté début juin, faute de débouchés.

« Au final, on est déçus. Les industriels ont envie de faire renaître la filière vosgienne, mais rien n'a changé », regrette Christine Goddyn.

Des industriels vosgiens accusent l'État d'avoir acheté des masques au Vietnam, distribués par La Poste. Plusieurs collectivités du Grand Est, dont Strasbourg, les ont acquis en Asie. Paul de Montclos estime le stock d'invendus à plus de 10% de la production vosgienne.

Pour certifier leurs modèles, les industriels ont fait appel à l'Institut français du textile et de l'habillement (IFTH) qui procède à des essais destructifs de lavage, de résistance et de filtration.

« Chaque essai nous a été facturé 1.100 euros. Il y a eu un goulot d'étranglement. Mi-juin, alors qu'il n'y avait plus de débouchés, des résultats ne nous avaient toujours pas été retournés », déplore Paul de Montclos.

Les industriels du textile vosgien sont devenus dépendants de leurs débouchés dans les industries touristiques : les entreprises fournissent aux hôtels et aux restaurants du linge de table et de la literie. Cette clientèle traditionnelle s'est mise en sommeil cette année, pénalisée par la crise. Chez Garnier-Thiebaut, le chiffre d'affaires (40 millions d'euros en 2019) pourrait chuter de 50% en 2020.

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