Berceau de la construction de navires transatlantiques, le port de Saint-Nazaire verra-t-il demain, des éoliennes flottantes, hautes comme des tours Eiffel, assemblées sur ses quais et remorquées au large pour aller chercher les vents propices à la production d'électricité nationale ? Pour l'instant, seule une vue d'artiste permet d'éveiller les consciences sur ce que pourrait être le port de Nantes-Saint-Nazaire, dans le monde d'après. Dans les services du Grand Port Maritime de Nantes-Saint-Nazaire (GPMNSN), en revanche, ce projet, baptisé Eole, pierre angulaire de la transition énergétique de l'établissement portuaire, est déjà une réalité. « On y travaille depuis un an et demi. Le programme est calé avec les industriels. Les études géotechniques et de faisabilité sont lancées. L'investissement est chiffré à hauteur de 130 millions d'euros auxquels s'ajouteront 80 à 90 millions d'euros pour les équipements de levage », détaille Julien Dujardin, directeur adjoint du GPMNSN. L'État, de son côté, vient d'annoncer qu'il contribuerait à ces études à hauteur de 1,2 million d'euros. La concertation publique est prévue pour la fin de l'année 2023. Car, des impacts, il y en aura. Pour le moins, visuels pour les Nazairiens. Pour le port, l'enjeu est considérable. « Il ne s'agit plus de transporter des turbines de 400 tonnes, mais de lever à 250 mètres des machines de 1.000, 1.200 ou 1.500 tonnes. Le système portuaire n'est pas fait pour cela. Là, on change carrément de dimension... », reconnaît Julien Dujardin. Cette démarche de décarbonation, si elle veut contribuer à l'avenir énergétique du pays, n'échappera pas au débat citoyen.
Ce changement d'échelle, c'est tout bonnement une remise à plat du modèle économique du quatrième port français. Pour conserver sa place, il doit se réinventer. Car, ce qui était sa force est devenue une fragilité clairement identifiée au regard des objectifs de la transition énergétique. Dépendant pour plus de 70% de ses trafics des énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon), le Grand Port Maritime de Nantes Saint-Nazaire qui, après des années de tergiversations, semble prêt à faire sa mue. Avec l'objectif de devenir, a minima l'Ecoport national du Grand Ouest. A l'aune d'un projet stratégique établi pour 2021-2026, le port se rêve en hub des énergies renouvelables. Avec dans ses bagages quelques atouts, et dans sa chaussure, quelques cailloux, comme un foncier, extrêmement limité. Implanté sur un espace de 2.722 hectares, le port de Nantes-Saint-Nazaire détient 1.177 hectares d'espaces naturels et 1.545 hectares d'espaces industrialo-portuaires aménagés ou autorisés à l'aménagement. Entre les sites de Cheviré (Nantes), et Montoir de Bretagne, en aval de la Loire, la réserve foncière représente à tout casser 150 à 200 hectares.