Déploiement de la fibre : le spectre d'un manque de main-d'oeuvre

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Selon Etienne Dugas, à la fin 2017, la filière comptait 12.000 équivalents temps plein. Or, pour honorer nos engagements, nous devons monter à 28.000, a-t-il ajouté.
Selon Etienne Dugas, à la fin 2017, la filière comptait "12.000 équivalents temps plein". Or, "pour honorer nos engagements, nous devons monter à 28.000", a-t-il ajouté. (Crédits : DANIEL MUNOZ)
Selon Etienne Dugas, le président d'Infranum, un organisme qui regroupe des entreprises spécialisées dans l'Internet fixe à très haut débit, le manque de main-d'oeuvre pourrait entraver le déploiement de la fibre dans l'Hexagone. Pour permettre au secteur de se faire davantage connaître et de recruter plus efficacement, il milite pour la création d'un Comité stratégique de filière (CSF).

Un manque de main-d'oeuvre va-t-il plomber le déploiement de la fibre? C'est ce que redoutent de nombreux industriels engagés dans le développement de l'Internet fixe à très haut débit. Rassemblés à Laval ce jeudi, nombre de ces professionnels ont fait part, une nouvelle fois, de leur difficulté à recruter des troupes pour déployer la fibre dans les territoires. Si la situation en reste là, c'est tout le Plan France Très haut débit (PTHD), lequel vise à apporter une connexion ultra-rapide à tous les Français à l'horizon 2022, qui pourrait être menacé.

Président d'Infranum, qui rassemble des entreprises engagées dans le déploiement de la fibre - et en particulier dans les campagnes et les zones les moins peuplées -, Etienne Dugas a tiré la sonnette d'alarme. "On a un problème, a-t-il lancé. On a un mal de chien à trouver du monde pour venir travailler dans nos entreprises." Selon lui, à la fin 2017, la filière comptait "12.000 équivalents temps plein". Or, "pour honorer nos engagements, nous devons monter à 28.000", a-t-il ajouté. La tâche, il est vrai, n'a rien d'une promenade de santé. Etienne Dugas le rappelle: dans le cadre du PTHD, les industriels doivent "construire 20 millions de prises fibre en cinq ans, là où la filière n'en a produit que 10 millions ces dix dernières années".

"Un souci de communication"

Pour expliquer les difficultés à recruter, le président d'Infranum estime que la filière a "un souci de communication". "Il doit quand même y avoir moyen d'attirer des talents!", a-t-il tempêté. D'autant, juge-t-il, que le secteur ne manque pas d'atouts. "Nous travaillons sur un des plus grands chantiers de France", a-t-il rappelé. Avant de souligner que l'industrie du très haut débit dispose déjà de centres de formation opérationnels, et offre, dit-il, des perspectives professionnelles sur long terme.

Pour aider les entreprises à embaucher sans traîner la main d'oeuvre dont elles ont besoin, Etienne Dugas a appelé le gouvernement à créer un Comité stratégique de filière (CSF) dédié aux acteurs des infrastructures numériques. Cela permettrait au secteur, selon Etienne Dugas, de gagner en aura et en reconnaissance, à l'instar d'autres filières stratégiques "comme l'automobile, l'aéronautique ou l'agriculture".

"Un vrai enjeu de consolidation de la filière"

Présent à Laval, Julien Denormandie, le secrétaire d'État auprès du ministre de la Cohésion des territoires, s'est montré favorable à la création d'un CSF. "Effectivement, je pense qu'il y a un vrai enjeu de consolidation de la filière, a-t-il affirmé. Le faire dans le cadre d'un CSF, je trouve ça très bien." En parallèle de cette possibilité, il a plaidé pour la mise en place d'actions et de dispositifs plus ciblés, en lien avec la politique d'emploi que prépare le gouvernement. Son idée: créer ou renforcer les liens entre les industriels des télécoms qui veulent recruter, et certains territoires où le travail est une denrée rare. Pour illustrer ses propos, il a évoqué le dispositif des "emplois francs". Encore expérimental, ce programme a été lancé par le gouvernement au printemps dernier. Il vise à promouvoir l'embauche de demandeurs d'emploi qui résident dans des quartiers prioritaires, en offrant une aide financière à l'employeur.

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a écrit le 22/09/2018 à 11:04 :
Il n'y a jamais eu de manque de main d'oeuvre dans le numérique , seulement une inadéquation entre le volume et le prix proposé par rapport à l'expérience requise.... d'où l'utilité de ce genre d'articles et la venue de travailleurs étrangers pour faire pression sur les salaires ... Les SSII qui dominent le MEDEF depuis 20 ans se sont faits une spécialité de ressortir ce marronier... alors que les professions du numérique sont précaires et ont perdu du pouvoir d'achat en Euro constant (voir l'étude du cnisf qui place ce secteur pour les ingénieurs comme l'un des moins rémunérateurs en France juste devant le secteur agricole) ....
a écrit le 22/09/2018 à 5:22 :
Il y a à Blanquefort ou à La Souterraine par exemple des centaines de salariés qui perdent leurs jobs. Il suffit pour la filière de les former. Le personnel et les locaux sont disponibles.
Mais il est plus facile de demander des emplois aidés sous payé.
a écrit le 22/09/2018 à 4:12 :
Je suggere a ces chefs d'entreprises qui n'ont pas su anticiper cet aspect de logistique, d'aller faire "leur marche" en Coree du sud.
Les techniciens sont nombreux et bcp sans boulot.
Il y a de solides competences en ce domaine. Bien sur il faudra les payer correctement.
Réponse de le 23/09/2018 à 14:15 :
forcément, s'il faut les payer !
a écrit le 21/09/2018 à 23:15 :
Un article l'autre jour parlait de potentielle pénurie de fibres, tellement ça va vite. S'il n'y a pas le personnel dont il y aurait besoin, ça évitera de les mettre au chômage technique faute de matériels à connecter. ....
Une fois la France fibrée, les 28 000 personnes qualifiées feront quoi ?
a écrit le 21/09/2018 à 19:24 :
Entre « Vanitas » & « Vanus » ?
Sans faire de procès d'intention, je trouve que quelque part c'est représentatif et que cela nécessite de réfléchir aux divers aspects.
Certes, on comprend les hésitations, les moyens manquent et le secteur est tributaire des évolutions technologiques et budgétaires, mais combien y a t'il eu de plans "theoriques" d'orientation ou de réorientation, entre la fibre, le satellite, le wifi, le wimax, la 4 et 5 G... ?
Sur la méthode
Etant donné que c’est du déjà vu dans d’autres secteurs d’activités, on peut aussi s’interroger sur la méthode. A savoir si c’est la finalité ou si c’est le contexte technico-économique qui détermine le changement. A la fin on peut s’interroger sur l’efficacité de ces « plans ambitieux» parfois exclusifs, parfois inclusifs. Parfois trop, provoquant de la complexité multi…, dans ce cas les professionnels et les communautés publiques hésitent à investir et a s'investir. Comme solution on peut aussi trouver des synergies ou des complémentarités, ce peut être le cas dans le tirage de câbles étant donné que l’on peut probablement mixer les réseaux dans une même tranchée. Cela éviterait peut être de faire plusieurs saignées dans les voiries, travaux parfois espacés d’à peine quelques mois.
Sur le contexte
Puisque il me semble que la thématique a été abordée pour la fibre, vient aussi la question de la concurrence. Ou revient, puisque bien que le choix ait théoriquement été fait depuis longtemps, on s’acharne à le remettre fréquemment en question, ou à vouloir une concurrence unilatérale. La concurrence provoque t’elle une saine émulation et une baisse des prix (comme on l’a vu dans la téléphonie), ou est elle génératrice d’absurdités ? le problème n’est pas là, ils est dans des systèmes trop figés et on n’a pas trouvé mieux pour les rendre plus évolutifs et efficients. Ceci dit, rien n’empêche des opérateurs concurrents de coopérer pour réduire les coûts. Attention ! c’est pour réduire les coûts et non les maintenir artificiellement élevés. Sinon on vient cumuler les problèmes liés aux monopoles et oligopoles.
Sur l’utilité du « tous câblés » et de l’égalité des chances.
Dans les métropoles oui, vu la concentration de population et d’entreprises, de là à créer du lien numérique dans les campagnes… Les Etats et régions doivent éviter une trop grande disparité d’infrastructures et conserver l’égalité des chances, oui sur le principe, mais à quel prix, pour quelle valeur ajoutée et cela concerne t’il tous les secteurs ? Par défaut, le régalien oui, mais si les habitants veulent avoir une grande surface de 10000 m2 et une usine dans chaque village… Il faudrait que les projets soit portés ou matérialisés par des besoins concrets, du moins si l’on respecte les règles habituelles du bon sens. Pour rappel des quantités phénoménales de voies ferrées et de gares qui maillèrent autrefois le territoire et qui disparurent par manque d’utilité ou de rentabilité, évolution technologique oblige. Evolution qui dure depuis plus d’un siècle, si l’on prend comme repère la révolution industrielle.
Par contre, si l’on a perdu le sens commun et celui de la complémentarité, on aura beau construire toutes les infrastructures, cela n’y changera rien. Question de périmètres et de liens dont la granulométrie et le maillage sont toujours mouvants, donc d’actualité.La méthode consistant à se réunir et discuter parait être la bonne, Forums Smart City et autres (" https://www.oneheart.fr/articles/ils-se-reunissent-pour-construire-les-territoires-positifs-de-demain-19985). Du fait que le thème implique des constructeurs d’infrastructures, des architectes, sociologues, philosophes, psychologues, etc… il devrait en sortir quelque chose de positif. Probablement pas d’exhaustif, pas grave, la diversité et la multitude étant par nature positives.
a écrit le 21/09/2018 à 15:11 :
C'est le principe même de la société dans laquelle on vit : ça s'appelle la loi de l'offre et de la demande ! Si la filière ne trouve pas à embaucher c'est que son offre n'est pas rétribuée correctement par rapport à l'exigence de l'entrepreneur pour le poste. Si cela touche toute la filière c'est qu'il y a un problème de fond lié à l'offre car autrement il y aurait des disparités de région à région. Vu le nombre de chômeurs en France et si ces boulots sont tellement prometteurs, c'est qu'il y a un loup quelque part, et on ne peut pas accuser tout le temps les français de vouloir le salaire sans le travail............
a écrit le 21/09/2018 à 15:06 :
Soyez attractif au niveau du salaire, et vous trouverez des personnes motivée. Les richesses, faut savoir les redistribuer.
a écrit le 21/09/2018 à 14:53 :
Ils se plaignent du manque de main d’œuvre qualifiée dans le déploiement de la fibre mais quand elle sera totalement déployée, ces gens formés pour ça seront mis au rebut.
a écrit le 21/09/2018 à 11:48 :
Normal que les entreprises ne trouvent pas de techniciens spécialisés.
Quand ils contactent un technicien, c'est pour un salaire au SMIC ou proche, ce technicien doit avoir son diplôme, son habilitation électrique et même de l'expérience, doit aussi accepter de faire des heures supplémentaires pour la plupart du temps non payées...
J'ai donné en contrat aidé à 1100€ net, payé en plusieurs tranches.
Plus jamais !
Merci
a écrit le 21/09/2018 à 10:56 :
Cela prouve que la France n'a aucune vision à long terme. Les salariés n'ont donc aucune perspective et ne peuvent se spécialiser au risque de rester sur le bord de la route à un moment donné. C'est pour cela que les étudiants s'orientent vers des cursus généralistes au détriment de la technologie. Compte tenu du développement de la fibre, les formations auraient dû commencer il y a déjà 10 ans. De plus, nous ne voyons pas encore l'intérêt du très haut débit pour les particuliers, mis à part pour la TV que de moins en moins de personnes regardent.
a écrit le 21/09/2018 à 8:54 :
"Une bonne nouvelle maquillée en catastrophe: Chômage, le mythe des emplois vacants" https://www.monde-diplomatique.fr/2015/02/CLOUET/52623 (article gratuit)

Intro: "A écouter de nombreux discours sur les emplois vacants ou non pourvus, la France serait assise sur d’immenses gisements de travail salarié. De tels propos alimentent une proposition politique : renforcer le contrôle des chômeurs pour que l’aiguillon de la contrainte les tire de l’apathie. Pourtant, les chiffres mis en avant ne signifient pas ce que l’on cherche à leur faire dire, bien au contraire"

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