L'entreprise française Lacroix entend bien contribuer à la relocalisation et à la réindustrialisation de la chaîne de valeur de l'électronique en France afin de limiter les risques de ruptures d'approvisionnement pour de prestigieux clients. Face à la mainmise de la Chine sur ces éléments, sa nouvelle usine ultra-moderne devrait lui permettre de répondre à la hausse de la demande des industriels tricolores.Quelque 500.000 cartes électroniques produites en quelques mois dans son usine de Saint-Pierre-Montlimart (49). C'est la performance de l'ETI Lacroix, qui a livré ces volumes en un temps record à l'un des leaders mondiaux de la sécurisation des actifs numériques Ledger (1), une des licornes françaises. Fort de cette performance et de ces décennies d'expérience, Lacroix entend bien peser dans les enjeux de compétitivité, de relocalisation et de réindustrialisation de la chaîne de valeur de l'électronique en France et en Europe. Elle compte notamment sur sa future usine 4.0 pour accélérer les cadences.
La crise du Covid-19 a en effet mis en lumière la dépendance des entreprises françaises et européennes envers les fournisseurs asiatiques, qui concentrent une large majorité de la production. L'épisode sanitaire - qui a entraîné un arrêt brutal de l'économie mondialisée - révèle également les rapports de force entre les blocs, notamment entre la Chine, les États-Unis et l'Union européenne. Ces considérations géopolitiques, au gré des tensions potentielles, peuvent entraver le commerce international, via la livraison de matériel ou la hausse de droits de douane.
Selon une étude de PWC publiée à l'été 2020, l'électronique était l'un des segments industriels français les plus critiques. La balance commerciale tricolore sur ce poste était déficitaire en 2018 de 4 milliards d'euros, pour 18,5 milliards d'importations. 67% des importations sont extra-européennes, avec la Chine comme premier fournisseur (7.2 milliards d'euros). Plus précisément, la France importe pour 4,6 milliards d'euros de composants. Et pour les seules importations de cartes électroniques assemblées, ce que fabrique notamment Lacroix, elles s'élevaient à 600 millions d'euros.
Le positionnement de Lacroix éclaire ainsi les vulnérabilités de l'industrie française tout en étant une partie de la solution. Ce sous-traitant opère sur un segment intermédiaire de la chaîne de valeur : elle produit des cartes électroniques, prisées par de nombreux industriels (automobile, aérien, etc.) pour équiper leurs biens finaux. En étant capable de produire ces cartes électroniques, Lacroix sécurise les approvisionnements de ses clients. Mais l'entreprise est elle-même dépendante des flux internationaux car elle a besoin de composants pour construire ses cartes électroniques. « Nous avons dû subir des reports de commandes et négocier avec nos clients des surcoûts pour l'approvisionnement de composants, qui vont nous coûter plusieurs millions d'euros », constate le patron de Lacroix.