Face aux Gafa, l'Inde veut reprendre le contrôle de ses données

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Le projet de loi propose notamment de rendre obligatoire, pour les sociétés étrangères, le stockage des données personnelles des utilisateurs indiens - issues des réseaux sociaux, des moteurs de recherche ou encore des plateformes de e-commerce - sur son sol.
Le projet de loi propose notamment de rendre obligatoire, pour les sociétés étrangères, le stockage des données personnelles des utilisateurs indiens - issues des réseaux sociaux, des moteurs de recherche ou encore des plateformes de e-commerce - sur son sol. (Crédits : Pixabay / CC)
À l'instar de la Chine, le gouvernement indien plancherait sur un projet de loi pour obliger les sociétés étrangères à stocker les données personnelles des utilisateurs sur son territoire. Le but : reprendre le contrôle des données de ses citoyens et favoriser l'écosystème local pour faire émerger ses propres mastodontes du numérique.

L'Inde sort ses griffes. Le gouvernement plancherait sur un projet de loi afin de compliquer l'expansion des géants américains de la tech sur son territoire. L'objectif : reprendre le contrôle des données de ses citoyens et favoriser l'écosystème local pour faire émerger ses propres mastodontes du numérique. Le projet de loi propose notamment de rendre obligatoire, pour les sociétés étrangères, le stockage des données personnelles des utilisateurs indiens - issues des réseaux sociaux, des moteurs de recherche ou encore des plateformes de e-commerce - sur son sol. Les données devront également être rendues accessibles aux autorités locales en cas d'enquête.

Ce projet "est sans précédent et doit être pris très au sérieux", a déclaré auprès du Wall Street Journal Vinay Kesari, avocat basé à Bangalore, et spécialisé dans les questions de réglementation, ayant travaillé avec des entreprises technologiques américaines. "Cela pourrait avoir d'énormes implications."

Un marché potentiel de 390 millions d'internautes

Dans le viseur de l'Inde : les géants américains qui opèrent sur son territoire, comme Google, Apple, Facebook ou encore Amazon. À défaut de pénétrer le marché chinois, où la plupart des acteurs étrangers sont censurés au nom de la politique de contrôle de l'Internet, connue sous le nom de "Great Firewall of China" (en français, Grande Muraille électronique de Chine), les entreprises américaines ont redoublé d'efforts ces dernières années pour séduire le marché indien. À commencer par Amazon.

Suite aux difficultés rencontrées par l'ogre du commerce en ligne pour s'imposer en Chine face au géant Alibaba, le Pdg et fondateur Jeff Bezos a revu sa stratégie d'implantation en Asie pour miser sur l'Inde. En juin 2016, en visite dans le pays, l'homme d'affaires avait annoncé un plan d'investissement de 3 milliards de dollars, qui venait s'ajouter à celui de 2 milliards déjà mis sur la table en 2014. Car le marché indien a de quoi faire saliver le leader mondial de l'e-commerce. D'après RedSeer Consulting, les ventes annuelles des sites d'e-commerce en Inde représenteront entre 80 et 100 milliards de dollars d'ici 2020, contre 13 milliards en 2016. Et ce n'est pas tout. L'Inde est désormais le deuxième marché mondial des smartphones et recense 390 millions d'internautes, se classant ainsi derrière la Chine mais devant les États-Unis. De quoi faire saliver les sociétés de la Silicon Valley...

L'Inde imite la Chine

L'Inde marche ainsi dans les pas de son voisin chinois, qui, en rendant son marché difficile d'accès, a favorisé l'émergence des géants Alibaba et Tencent. La deuxième économie mondiale a notamment adopté une législation similaire en novembre 2016, forçant les entreprises étrangères à stocker sur son territoire les données des internautes chinois. Ainsi, Apple a construit son premier data center en Chine, et a confié la gestion des données de ses utilisateurs à un partenaire local.

Ce projet de loi arrive au moment où le régulateur indien des télécoms menace d'interdire l'accès au réseau mobile national aux iPhone. Depuis deux ans, Apple refuse de rendre disponible au téléchargement une application anti-spam, développée sous l'égide du gouvernement indien. Cette application a officiellement été créée pour lutter contre le démarchage téléphonique abusif - très répandu dans le pays - en filtrant les messages et les appels indésirables. De son côté, le fabricant d'iPhone suspecte l'appli de siphonner massivement les données personnelles des utilisateurs... Apple dispose de six mois pour se conformer aux exigences du régulateur, avant de se voir couper l'accès au réseau, rendant ses téléphones inutilisables.

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a écrit le 16/08/2018 à 21:46 :
L'Europe est évidemment corrompue car le privilège de défiscalisation accordée par les technocrates à quelques états européens (Irlande , Luxembourg , Pays Bas a interdit à nos entreprises technologique de se développer .
Vous pouvez leur dire merci pour l'avenir qu'ils vous préparent .
a écrit le 16/08/2018 à 21:41 :
Tiens , c'est marrant , c'est ce que je dis depuis des années sur les forums de la tribune où je dénonce une Europe corrompue inféodée au lobbye US.
Je demande une enquête financière sur tous les comptes bancaires des députés européens pour tirer cela au clair et notamment le privilège incroyable de défiscalisation accordée à des états sans envergure comme le Luxembourg , l'Irlande et la Hollande , véritable parasite de l'union uropéenne ...
a écrit le 16/08/2018 à 16:34 :
Ce n'est pas l'UE qui aurait le courage d'une telle initiative. L'Inde a raison, ces sociétés
qui par ailleurs ne payent pas d'impôts sont devenues inquiétantes pour la vie privée.
En plus, internet signifie-t-il liberté d'expression? On peut en douter avec Google qui va accepter la censure chinoise pour faire du business avant tout.
a écrit le 16/08/2018 à 10:23 :
Excellent ! Un exemple à suivre, si l'Europe était plus soucieuse de son avenir, et n'était pas contrôlée par les lobbys et des technocrates sans envergure !
a écrit le 15/08/2018 à 22:44 :
« Reprend le contrôle des données de ces citoyens » Ah donc il faudrait être rassuré que les données soient aux mains de l’Etat ? On parle bien de la même entité qui détient tous les pouvoirs de police et de contrainte?
Réponse de le 16/08/2018 à 18:26 :
En Inde, le système d’identification biométrique Aadhaar connaît des ratés. Résultat : des millions de pauvres ne peuvent plus bénéficier des programmes sociaux depuis sa mise en place. L’Etat de Delhi a décidé de suspendre, mardi 20 février, ce mode d’authentification dans les 2 254 magasins qui distribuent des denrées alimentaires à prix subventionné. Selon le gouvernement local, près de 250 000 foyers étaient privés de l’aide alimentaire depuis l’adoption du programme Aadhaar.

Lancé en 2009, celui-ci a attribué depuis lors à chaque Indien un numéro d’identité unique à douze chiffres, associé à ses empreintes digitales, son iris et sa photo d’identité. La société française Morpho, devenue Idemia après sa fusion avec Oberthur Technologies en 2017 et LS1, une société qui fait partie du groupe Safran comme Morpho, a participé à l’organisation de la campagne de collecte des données et à la mise en place du système biométrique. Fin 2017, la quasi-totalité de la population était recensée, et l’Inde dispose désormais de la plus grande base de données biométriques au monde, avec 2,4 milliards de scans d’iris, 12 milliards d’empreintes digitales et 1,2 milliard de photos d’identité.Mi-février, le premier ministre indien, Narendra Modi, a annoncé que le programme Aadhaar avait permis à l’Etat d’économiser 7 milliards d’euros. Parfois au détriment des bénéficiaires.
Une étude menée par plusieurs économistes en 2017 dans le Jharkhand a montré que les habitants étaient cinq fois plus nombreux à ne pas avoir accès aux denrées alimentaires à prix subventionné dans les districts où l’identification biométrique est obligatoire....
a écrit le 15/08/2018 à 16:14 :
Sauf que les GAFA à leur grand désarrois, n'ont réglementairement pas accès au territoire chinois pour l'instant...c'est donc beaucoup plus facile à gérer pour l'Empire du Milieu !
a écrit le 15/08/2018 à 15:47 :
Je ne pense pas que Apple cédera car c'est une marque de luxe et son marché en Inde est négligeable.
Coridalement
a écrit le 15/08/2018 à 8:39 :
Quand l'Europe s’éveillera... haha quel humour.
Les commissaires n'en ont que faire et le parlement est la 5ème roue du carrosse, il n'a même pas le pouvoir de contraindre un commissaire. Déjà par ce montage dit "démocratique", les décisions sont verrouillées par le bon vouloir de quelques un. Prenons le cas de Monsento : c'est allemand (racheté par Bayer). C'est toxique mais comme l'Allemagne a un poids conséquent, rien à dire, circulez. Comme la France a besoin du soutien de l'Allemagne, bon allez, on te donne 3 ans mais il y aura des dérogations. Alors que fait l'EFSA ? ? oui madame Allemagne, oui monsieur France, pardon, tout va bien...
Réponse de le 16/08/2018 à 11:13 :
@PIC SOUS a écrit le 15/08/2018 à 8:39
Citation
"Les commissaires n'en ont que faire et le parlement est la 5ème roue du carrosse, il n'a même pas le pouvoir de contraindre un commissaire"

C'est nouveau: le Parlement n'a aucun pouvoir.... Toutefois, il en a pratiquement autant que le Conseil Européen. Pour votre info, la Commission Santer a démissionné en mars 1999 sous la pression du Parlement.
Cordialement
a écrit le 15/08/2018 à 8:02 :
avantage de l Inde et de la Chine.....1 seul pays et un seul gouvernement...
et personne n' a vraiment peur des americains la bas
nous on ouvre grand les portes....aux gafa...et maintenant aux Chinois via nos moyens de paiement....cherchez l erreur
a écrit le 14/08/2018 à 22:13 :
Ou, comment les pays émergents ressentent mieux les choses que les pays sous la tutelle d'une administration,comme l'UE de Bruxelles,qui décident des réformes a adopter pour mieux les uniformiser face aux multinationales!
a écrit le 14/08/2018 à 18:40 :
Excellent article. Quand l’Europe s’éveillera...
Réponse de le 17/08/2018 à 9:16 :
"Quand l’Europe s’éveillera... "

:D

Excellente, merci !

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