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"Un cercle vertueux se met en place dans le capital-amorçage en France"

Photo de Sylvain Rolland

Sylvain Rolland

Publié le 15 novembre 2018 à 14:46 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:18

Véronique Jacq et J-P Anciaux

Véronique Jacq et J-P Anciaux

DR

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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À l'occasion des trois ans du Fonds Ambition Amorçage Angels (F3A) de Bpifrance, qui investit aux côtés des business angels dans les startups, La Tribune fait le point sur l'évolution du capital-amorçage en France avec Véronique Jacq, directrice du pôle Investissement numérique de Bpifrance et Jean-Patrice Anciaux, directeur d'investissement du fonds F3A.

LA TRIBUNE - Les business angels sont cruciaux pour permettre aux startups de se lancer avant de lever des fonds avec du capital-risque. Mais la France reste en retard par rapport à des pays comme le Royaume-Uni, les États-Unis ou Israël. Le Fonds Ambition Amorçage Angels (F3A), qui fête ses trois ans, a-t-il vocation à contribuer à combler ce "trou" ?

VÉRONIQUE JACQ - Le F3A s'inscrit dans une démarche systémique plus globale, portée par le Fonds national d'amorçage (FNA), lancé par Bpifrance en 2011 et doté de 600 millions d'euros. Depuis sa création, le FNA a investi de manière indirecte via 25 fonds d'amorçage privés, ce qui a contribué à fortement développer le capital amorçage en France puisque le nombre de deals et les montants levés par les business angels ont triplé depuis 2013.

Au moment de créer le F3A, en 2015, l'idée était non plus d'investir de manière indirecte mais de lancer notre premier véhicule d'investissement direct dans l'amorçage, en travaillant main dans la main avec les entrepreneurs et avec les business angels. Nous avons constaté que la population des business angels en France, pourtant essentielle pour le démarrage des startups, était insuffisamment développée, et surtout que ses capacités étaient très limitées.

Il manquait un véhicule qui permette aux business angels d'investir dans des projets vraiment risqués, ceux qui étaient alors refusés ou pas pris en compte par d'autres structures. On voulait aussi apporter notre pierre à l'édifice de la construction d'un marché plus mature pour le capital-amorçage en proposant de vraies prestations d'accompagnement des entrepreneurs, sur le long terme, tout en étant un partenaire privilégié pour les business angels dans leurs investissements.

Comment fonctionne le fonds ?

JEAN-PATRICE ANCIAUX - F3A est un fonds de co-investissement direct avec les business angels doté de 50 millions d'euros issus du Programme d'investissements d'avenir (PIA). Depuis sa création, nous avons investi 11 millions d'euros, avec 180 business angels, dans 23 startups qui évoluent dans des domaines associés à un grand risque, qu'il soit technologique comme l'intelligence artificielle, la Deep Tech ou le hardware, ou qu'il s'agisse d'un business model innovant.

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Nos tickets sont compris entre 400.000 euros et 1,5 million d'euros, et notre participation représente la moitié du montant total de la levée, l'autre moitié étant celle des business angels que nous accompagnons. Il nous arrive de faire des mises en relation entre des entrepreneurs et des business angels, pour ajouter au mix une compétence qu'il manque par exemple. Mais l'entrepreneur doit trouver de lui-même environ un tiers du montant qu'il souhaite lever avant qu'on prenne le dossier.

Vous avez mentionné une appétence pour les startups particulièrement risquées. Pourquoi ?

V.J. - L'action en direct vise aussi à financer des sociétés où les investisseurs traditionnels auraient des difficultés à investir. Les business angels sont souvent des entrepreneurs donc ils ont une appétence pour le risque. Mais ils pouvaient renoncer à un projet pour lequel ils avaient une bonne intuition car ils se retrouvaient très seuls pour le financer. De fait, certaines boîtes avec un retour sur investissement très tardif ou qui s'attaquaient à un vrai défi technologique ne trouvaient pas les moyens de développer leur ambition.

La présence de F3A et sa capacité à doubler le montant investi par les business angels rassure et les pousse à prendre des risques. Le moteur de propulsion pour les microsatellites d'Exotrail, la calculatrice scientifique de Numworks, la solution d'intelligence artificielle dans la santé Cardiologs... Ce sont aujourd'hui des succès, mais au moment d'investir en amorçage, ces startups étaient de vrais paris technologiques au retour sur investissement très incertain.

J.-P.A. - Cardiologs a été notre premier investissement, signé fin 2015, à un moment où les investissements dans l'IA se comptaient sur les doigts d'une main en France. À l'époque, l'agence du médicament américaine, la FDA, n'avait jamais encore autorisé la mise sur le marché d'un algorithme à base d'IA dans le domaine de la santé. Donc c'était un gros risque. Trois ans plus tard, Cardiologs fait partie des premières sociétés à avoir obtenu l'agrément de la FDA et elle fait aussi partie, avec Captain Contrat et Kactus, des trois startups soutenus par F3A qui ont réussi une Série A ensuite, avec des fonds d'investissements parmi les meilleurs de la place, comme Idenvest Partners, Isai ou Partech.

Pourquoi n'avoir investi que 11 millions d'euros sur les 50 millions qui vous ont été alloués ?

J.-P.A. - Nous avons réalisé cinq investissements en 2016, huit en 2017 et 12 en 2018, donc nous sommes montés en puissance chaque année. L'année 2018 correspond au rythme de croisière que l'on souhaite maintenir. Il faut savoir aussi que comme nous voulons accompagner dans la durée ces startups que l'on découvre très tôt, deux tiers des 50 millions d'euros sont dédiés au refinancement, afin que les sociétés soient dans la meilleure position possible avant de réaliser leur première levée institutionnelle avec des fonds d'investissement. Nous avons investi la moitié de l'argent dédié au primo-financement, soit 8 millions d'euros, et à peine 3 millions d'euros sur le refinancement.

V.J - Il reste donc encore plusieurs années de vie au fonds avant d'avoir épuisé ses ressources. Il est encore trop tôt pour savoir s'il va être renouvelé, mais nous pensons que le travail accompli a de la valeur donc nous espérons qu'il ait un petit frère à l'horizon 2020.

Comment percevez-vous l'évolution de la sociologie des business angels en France ?

V.J. - Les business angels avec lesquels nous travaillons sont des personnes très aguerries, des anciens dirigeants ou chefs d'entreprises de haut niveau qui ont réussi, qui souhaitent réinvestir leur argent, mais qui ne sont pas des professionnels de l'investissement. Ils ont donc besoin d'accompagnement.

Il y a aussi de plus en plus, et c'est une excellente nouvelle, des entrepreneurs du numérique des années 2000 et désormais des années 2010. Ce sont des business angels plus jeunes, ils ont déjà réalisé un exit avec leur startup et ils décident d'alimenter l'écosystème pour le faire grandir et faire profiter des entrepreneurs encore plus jeunes de leur expérience.

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La nouveauté, c'est qu'il commence à y avoir plusieurs générations de business angels en France. Cela veut dire que l'écosystème français devient de plus en plus mature, il rattrape dans ce sens les pays qui sont davantage de profondeur dans le capital-amorçage comme les États-Unis et le Royaume-Uni. Lorsque les premiers entrepreneurs à succès dans le numérique décident de donner un coup de main à leur tour, c'est le signe qu'un cercle vertueux se met en place.

Sylvain Rolland

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