Comment marche France Num, le portail pour numériser un million de TPE/PME en trois ans ?

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"Même un petit commerce ne peut plus passer à côté du numérique." Cédric Arsac, le patron de la Boulangerie Lorette, dans le XIIIe arrondissement de Paris, ne regrette pas sa conversion au marketing en ligne et aux réseaux sociaux. En quelques clics et pour "quelques centaines d'euros", le boulanger a créé un site Internet, s'est assuré une page sur Facebook et une présence sur Pages Jaunes et Google My Business. De quoi "créer une communauté" autour de son commerce de proximité, recruter de nouveaux clients et fidéliser les habitués, ce qui lui a permis de gonfler son chiffre d'affaires et même de "faire le buzz" lorsque des photos de son nouveau flan crémeux ont fait le tour d'Instagram. Moins affûtée sur le marketing de ses créations, la Pâtisserie Sautreuil, dans l'Orne, revendique aussi un chiffre d'affaires largement meilleur depuis que son patron, Daniel Sautreuil, a déployé un logiciel de gestion interne et la numérisation de ses recettes, ce qui lui permet de "gagner en souplesse et en confort de travail".
Ces deux exemples de numérisation réussie font partie des success stories mises en avant sur www.francenum.gouv.fr, le nouveau portail lancé par l'État ce lundi 15 octobre. Entièrement dédiée à la numérisation des 3,8 millions de TPE et de PME françaises qui emploient 6 millions de personnes, cette plateforme propose un guide sur-mesure pour aider les entreprises à effectuer leurs premiers pas numériques. On y trouve des vidéos pour comprendre les bénéfices du numérique (utiliser les données, développer sa clientèle en ligne, vendre sur Internet, améliorer les processus internes...), des outils d'auto-diagnostic et de mise en relation avec des spécialistes près de chez soi, et des simulations de financement pour son projet numérique, avec une liste exhaustive des aides à disposition dans sa région, comme le Chèque Transformation Numérique disponible en Nouvelle-Aquitaine.
Effectivement, de nombreux rapports pointent l'urgence de se saisir des outils numériques pour les PME et surtout les TPE françaises, très en retard. Ainsi, un tiers seulement des TPE auraient un site Internet d'après l'Insee, et la France ne figure qu'en 16e position sur 28 au niveau de l'utilisation du numérique, d'après l'indicateur DESI de la Commission européenne.
"En général, adopter le numérique permet de gagner entre 20% et 40% de chiffre d'affaires, observe Michel Huard, le coprésident des Régions de France, partenaire de l'initiative. "Les entreprises ont une carte à jouer car le numérique est source de nouveaux débouchés, d'amélioration de la productivité via l'adoption d'outils comme la vente en ligne, la robotisation ou les logiciels internes", ajoute-t-il.
Face à l'enjeu, France Num mise sur son approche collaborative et son esprit French Tech pour réussir. Son origine vient d'une consultation d'un an lancée par Mounir Mahjoubi lorsqu'il présidait le Conseil National du numérique (CNNum). En mars 2017 -soit deux mois avant l'élection présidentielle, trop tard pour agir-, le CNNum avait publié un rapport réalisé en concertation avec l'ensemble des interlocuteurs locaux des entreprises, dont la philosophie se retrouve dans France Num.
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La plateforme se conçoit en effet comme le portail de référence qui fédère tous les acteurs du territoire au service de l'entreprise dans sa transformation numérique. Ainsi, France Num lance un réseau "d'activateurs", qu'il est toujours possible de rejoindre. 900 accompagnants individuels (issus de 150 CCI, des Régions de France, du Conseil supérieur de l'ordre des experts-comptables, des chambres des métiers...), se déploient déjà sur tout le territoire pour aider les entreprises. L'objectif premier est de pousser 1 million de TPE-PME supplémentaires à effectuer leur "premier pas numérique", soit la moitié des entreprises non-numérisées en France.
"Une initiative qui viendrait uniquement de l'État serait vaine car le soutien aux TPE/PME se joue surtout dans les territoires", a expliqué Delphine Gény-Stéphann, secrétaire d'État auprès du ministre de l'Économie, également présente lors du lancement. "Il fallait donner davantage de visibilité aux initiatives existantes pour faciliter les démarches des entrepreneurs", ajoute Sandrine Wehrli, la directrice générale déléguée de CCI France. Pour Alain Assouline, le président de la fédération professionnelle des TPE PME du numérique Cinov-IT, cet "esprit French Tech" est indispensable :
Si effectuer la transformation numérique d'une entreprise n'est pas forcément très coûteux quand elle se limite à du marketing sur les réseaux sociaux, la facture peut vite grimper quand il s'agit d'adapter ses outils de production ou de repenser son système informatique. "Plusieurs études soulignent les difficultés de financement des entreprises de France pour conduire leur transformation numérique, notamment pour des montants cibles de 10.000 à 60.000 euros", indique France Num.
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Pour rattraper le retard français, la Banque européenne d'investissement, l'État et Bpifrance vont lancer une "garantie de place" pour les banques partenaires qui financeront des projets de transformation numérique, notamment des prêts de moins de 25.000 euros. "Puisqu'il est difficile de convaincre les banques avec ce genre de projets, nous offrirons à celles-ci des garanties pour financer plus facilement ce risque élevé", indique Guillaume Mortelier, directeur exécutif chez Bpifrance. Les discussions sont actuellement "en cours" avec des partenaires bancaires, a précisé Mounir Mahjoubi. Au total, cette garantie de place devrait permettre d'octroyer "environ 1 milliard d'euros" aux entreprises pour leur numérisation.
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