Rachat de Twitter : les tentatives d'Elon Musk pour faire baisser le prix pourraient se retourner contre lui

Des investisseurs du réseau social ont porté plainte contre Elon Musk, l'accusant d'avoir retardé le moment où il a révélé être monté au capital de Twitter. Elon Musk tente en effet de faire baisser la valeur en bourse de la plateforme afin de renforcer ses armes dans de potentielles futures renégociations du prix d'acquisition.

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Le 4 avril, Elon Musk est devenu le premier actionnaire de Twitter.
Le 4 avril, Elon Musk est devenu le premier actionnaire de Twitter. (Crédits : DADO RUVIC)

L'affaire du rachat de Twitter par Elon Musk pourrait prendre un nouveau tournant judiciaire. Le 4 avril, le patron de Tesla est devenu le premier actionnaire du réseau social. Moins de deux semaines plus tard, il a passé un accord avec le conseil d'administration de l'entreprise pour un rachat au prix de 54,20 dollars l'action, soit 44 milliards de dollars environ.

Mais depuis, les accusations fusent de toutes parts, tant de la part du milliardaire que de Twitter compromettant l'aboutissement de l'opération. Elle pourrait ainsi se solder soit par une renégociation si le réseau plie sous les demandes de son acheteur, soit par une capitulation de Musk qui cesserait ainsi son offensive, soit par une confrontation judiciaire entre les deux parties, longue et onéreuse.

Faire baisser le prix d'acquisition

C'est d'ailleurs sur le front judiciaire que semblait s'orienter l'affaire jeudi après que les actionnaires de Twitter ont porté plainte contre Elon Musk. D'après les documents remis à un tribunal californien mercredi, les plaignants lui reprochent d'avoir retardé le moment où il a révélé être monté au capital de Twitter, ce qui est pourtant une obligation légale au-delà de certains seuils. Ce retard a ainsi permis à l'homme d'affaires d'économiser quelque 156 millions de dollars, estiment-ils, car s'il avait informé le marché dans les temps impartis, il aurait payé plus cher une partie des actions. "En retardant la publication du montant de sa participation dans Twitter, Musk a manipulé le marché et acheté des parts à un prix artificiellement bas", assurent les avocats des investisseurs, emmenés par William Heresniak. Et pour cause, quand Musk a annoncé avoir atteint plus de 9% du capital de Twitter le 4 avril, l'action a décollé de 25%.

"Musk a fait des déclarations, envoyé des tweets et mené d'autres actions conçues pour semer le doute et faire baisser substantiellement l'action de Twitter pour se créer une marge de manœuvre qu'il espérait utiliser pour se retirer de la transaction ou renégocier le prix", affirme la plainte. Depuis le début, Elon Musk fait en effet fluctuer la valeur de la plateforme en Bourse avec ses tweets et déclarations. Pour exemple, le 14 mai, il a annoncé à la surprise générale que son accord à 44 milliards de dollars pour le rachat de Twitter était "suspendu". Dans la foulée, le cours de l'action a chuté de plus de 9%, bien que le milliardaire ait ajouté deux heures plus tard qu'il était toujours engagé dans le rachat, la "suspension" annoncée n'ayant, légalement, aucune valeur. Cette stratégie s'inscrit dans une volonté de renégociation du prix d'acquisition. Car, plus le cours de l'action baisse, plus le premium [la différence entre le cours de l'action et le prix de rachat, ndlr] offert par Musk aux actionnaires de Twitter dans son offre initiale, devient plus important. Or, "si le prix renégocié à la baisse offre toujours un premium intéressant, il sera accepté par les actionnaires. Avec la baisse de l'action, Elon Musk a une marge de manœuvre non négligeable", expliquait Pierre-Emmanuel Perais, avocat chez Linklaters à la Tribune.

Débat sur le nombre de faux comptes

Les accusations à répétition de Musk portent sur le nombre de faux comptes parmi les utilisateurs de Twitter que l'homme d'affaires estime sous-évalué. Selon Twitter, ce chiffre s'élève à seulement 5%. Elon Musk se base, lui, sur une méthode d'évaluation très contestable -une enquête sur un échantillon de 100 abonnés du compte @twitter, choisis au hasard-, et affirme que la plateforme compte plus de 20% de faux comptes. Dans un tweet publié ce 17 mai, il a surenchéri, affirmant que ce chiffre pourrait même être "bien supérieur" : "Mon offre était basée sur le fait que les déclarations de Twitter à la SEC [le gendarme des marchés américains, ndlr] étaient correctes. Hier, le directeur général de Twitter a publiquement refusé de montrer des preuves que le chiffre est inférieur à 5%. L'opération ne peut pas avancer tant qu'il ne le fait pas", a-t-il déclaré. Il a également confirmé qu'il envisageait une négociation à la baisse de l'opération de rachat.

D'autant qu'il profite du fait que Twitter est dans une relative position de faiblesse. En témoigne l'annonce récente du gel de ses recrutements et du licenciement de deux dirigeants nommés il y a à peine 6 mois. Le CEO Parag Agrawal a justifié ces mesures par l'échec de ses équipes à atteindre les objectifs intermédiaires de croissance qu'elles s'étaient fixées. Au-delà de Twitter, c'est tout le secteur américain de la tech qui traverse une période difficile. Toutes les valeurs technologiques s'effondrent, conséquence du durcissement à venir des taux dans un contexte géopolitique très tendu.

Négociations ou confrontation

En difficulté, le conseil d'administration de Twitter peut donc soit accepter de se rasseoir à la table des négociations pour revoir le prix à la baisse avant que Elon Musk ne sabote encore plus sa réputation. Mais il peut aussi décider d'aller à la confrontation : le milliardaire est lié par le contrat. Seule une fraude vérifiée de la part de Twitter lui permettrait d'en sortir. S'il ne parvient pas à la démontrer, il pourrait tout de même être contraint d'aller au bout de l'opération. Et dans ce cas, sa manœuvre de dépréciation de la valeur de l'entreprise pourrait se retourner contre lui. Les grandes entreprises américaines n'hésitent d'ailleurs pas à se lancer dans de grandes procédures judiciaires et à jouer la confrontation. La plainte des investisseurs déposée à son encontre semble en effet attester que le combat n'est pas gagné d'avance...d'un côté comme de l'autre.

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Commentaire 1
à écrit le 27/05/2022 à 17:13
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Le tueur qui a commis la fusillade au Texas aurait regarde trop souvent le film U$ : " Mr & Mrs $mith ( 2005 - American romantic action - >>> d ' apres wikipedia ... ) ? ! . ... La propagande qui tue les enfants . Attendons ...

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