Disney change de "Bob" : un nouveau cap à l'ère du streaming

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Clap de fin pour Bob Iger, qui laisse la place de Pdg de Disney à Bob Chapek, également un vétéran de l'entreprise.
Clap de fin pour Bob Iger, qui laisse la place de Pdg de Disney à Bob Chapek, également un vétéran de l'entreprise. (Crédits : SHANNON STAPLETON)
Après quinze ans de bons et loyaux services, le patron emblématique de Disney, Bob Iger, passe la main à un autre vétéran du groupe, Bob Chapek. A coups d'acquisitions stratégiques (Marvel, Pixar, 21th Century Fox), Iger a transformé Disney en un véritable empire du divertissement et l'a préparé au grand "pivot" de l'industrie : le streaming. Son successeur devra transformer l'essai.

C'est la fin d'une époque pour Disney. Le patron emblématique du groupe, Bob Iger, 69 ans, a annoncé mardi 25 février son départ à la tête du groupe de divertissement le plus puissant au monde, après quinze années de bons et loyaux services. La transition se fera dans la douceur : un autre Bob, Bob Chapek, lui aussi un vétéran du groupe en charge des parcs d'attraction et des produits dérivés, le remplace en tant que Pdg. De son côté, Iger devient "président exécutif" jusqu'à fin 2021, avec la mission de "diriger les initiatives artistiques de la société, présider le conseil d'administration et utiliser toute son expérience pour assurer une transition fluide et réussie".

Cette annonce intervient à un moment crucial dans l'histoire de Disney, quelques mois après le lancement réussi de Disney+, qui marque un véritable pivot stratégique avec la percée du groupe dans le paysage hyper concurrentiel du streaming vidéo, qui chamboule l'industrie du divertissement. Une mission d'envergure pour Bob Chapek, qui va devoir convaincre les investisseurs de sa capacité à imposer Disney comme une nouvelle force face à Netflix et consorts.

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Bob Iger, un bâtisseur à coups d'acquisitions stratégiques

Chance pour Chapek : Bob Iger lui laisse un groupe en pleine forme. Valorisé 231 milliards de dollars, Disney tutoie actuellement son plus haut historique à Wall Street. L'action vaut près de 130 dollars, soit plus de 100 dollars de plus que lors de la prise de fonction de Bob Iger, en mars 2005, soit une valorisation quasiment quintuplée en quinze ans.

Considéré comme l'un des meilleurs patrons d'Hollywood, Bob Iger a transformé Disney en un véritable empire du divertissement. Sa méthode : consolider les actifs historiques du groupe créé en 1923 (les longs métrage d'animation, les films et séries et les parcs d'attractions) et étendre ses activités grâce à des acquisitions stratégiques. Dès sa prise de fonction en 2005, Bob Iger planche sur le rachat du concurrent Pixar (Toy Story, Le monde de Nemo...), finalisé en 2006, pour 7,4 milliards de dollars. Il poursuit avec Marvel en 2009 (X-Men, Spider-Man et toute la série des Avengers, entre autres) pour 4 milliards de dollars, Lucasfilm (Star Wars, Indiana Jones) en 2012 pour également 4 milliards de dollars, et enfin le studio 21th Century Fox en 2019, pour le montant record de 71 milliards de dollars, ce qui lui donne l'accès à un immense catalogue de films et de séries.

Aujourd'hui, l'emprise de Disney sur l'industrie du divertissement est sans égal : le groupe détient deux des cinq grandes chaînes nationales (les "networks" ABC et Fox), de nombreuses filiales sur le câble dont la chaîne sportive ESPN, les deux tiers de service de replay et de streaming Hulu, et dispose d'un catalogue massif de dizaines de milliers de films et de séries, dont certains des plus grands succès du cinéma et de la télévision (Les Simpson, Lost, Desperate housewives...).

Cette richesse de catalogue est la raison pour laquelle Disney a réussi le lancement de son service de streaming Disney+, qui a séduit depuis novembre dernier 28,3 millions d'abonnés avec une offre à 6,99 dollars par mois et un positionnement très familial et policé, tandis que les œuvres plus matures et originales sont réservées à Hulu.

"Disney+ a été un succès incroyable et immédiat. C'est peut-être l'un des pivots stratégiques les plus importants de l'histoire des entreprises. Cette réussite signifie que l'équipe d'Iger est complètement prête à faire prospérer cette division après son départ. C'est la marque d'un PDG hors pair", a réagi l'investisseur Matthew Ball, ancien directeur de la stratégie mondiale d'Amazon Studios.

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Bob Chapek, des parcs Disney à la tête du groupe

Le nouveau Bob, Bob Chapek, ne part donc pas d'une feuille blanche. D'autant plus qu'il connaît lui aussi le groupe comme sa poche. Après un passage dans le marketing chez Heinz puis dans la publicité chez Walter Thompson, Bob Chapek a été engagé par le géant du divertissement en 1993. Il a gravi les échelons en passant par les studios, les produits dérivés et les parcs d'attraction. Avant sa nomination, il dirigeait l'activité "Parcs, expériences et produits", qui regroupe 170.000 employés dans le monde.

Elu à l'unanimité du conseil d'administration et "préparé" par Iger depuis quelques mois, Bob Chapek a en revanche peu d'expérience dans la gestion du centre névralgique du groupe : les studios. La difficile intégration de 21th Century Fox, racheté l'an dernier à prix d'or, fait partie des premiers challenges qu'il va devoir affronter, avec le défi de la distribution en direct que représente Disney+.

Le nouveau patron se sait attendu au tournant, comme il l'a exprimé devant les analystes lors de sa nomination :

"J'ai acquis une vision très large de comment l'entreprise fonctionne quel que soit le secteur. C'est vrai que je n'ai pas passé autant de temps du côté des médias et de la distribution en direct, mais nous avons des réunions toutes les semaines avec les différents directeurs pour discuter des affaires des autres divisions donc j'ai déjà une certaine maîtrise du sujet", a-t-il indiqué.

D'autant plus que la guerre du streaming n'est en qu'à ses débuts. Disney combat dans une arène féroce entre le pionnier Netflix, les concurrents Amazon Prime Video et Apple TV+, et l'arrivée au printemps 2020 de Peacock (NBCUniversal) et de HBO Max (Time Warner), qui vont intensifier la concurrence d'un cran en proposant eux aussi un catalogue massif rempli de films et de séries cultes.

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