Numericable n'arrive pas à décoller

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Copyright Reuters (Crédits : Numericable)
Le câblo-opérateur ne rendait plus public ses résultats depuis deux ans. A l'occasion d'une émission obligataire, il a du les dévoiler dans un document que latribune.fr s'est procuré. Pas très encourageant...

Après avoir subi une véritable hémorragie de ses clients il y a quelques années, Numericable avait promis de publier ses résultats tous les six mois. Cette promesse a été tenue jusqu'à début 2010. Depuis, plus rien. Toutefois, à l'occasion d'une récente émission obligataire, le câblo-opérateur a détaillé ses chiffres dans un prospectus dont latribune.fr a obtenu une copie. Des chiffres stagnants ou en recul, ce qui explique sans doute le mutisme de la société depuis deux ans. Des chiffres d'autant plus décevants que pendant ce temps, les concurrents enregistraient une forte croissance.
Ainsi, ce document révèle que le chiffre d'affaires a reculé de 4,4% en 2009, puis de 1,1% en 2010. Une contre performance, car, pendant ce temps, le marché de l'Internet haut débit a par exemple affiché une croissance de 20% en 2009, puis de 14% en 2010, selon l'Arcep.
Explication avancée dans le prospectus : « Numericable est issu de du rachat en 2005 et 2006 de plusieurs câblo-opérateurs, qui proposaient essentiellement de la télévision et n'avaient pas commencé à commercialiser de l'accès Internet haut débit. Nous nous sommes donc ensuite concentrés sur l'intégration des offres commerciales et des fonctions de back office, ce qui a fait que Numericable a cru moins fortement que d'autres câblo-opérateurs européens». En outre, « le marché français du triple play s'est structuré depuis plusieurs années autour d'offres à 30 euros, ce qui a eu un impact négatif sur nos résultats, nos clients migrant de notre offre de télévision seule généralement vendue 40 euros par mois, vers des offres triple play à 30 euros ».

 

  2008 2009 2010 2011 (9 mois)
Chiffre d'affaires* 896 857 847 641
Marge opérationnelle** 20.5 22.8 21.2 27.2
Marge nette** -12.3 7.6 6.7 28.9

*en millions d'euros      **en % du chiffre d'affaires

Le chiffre d'affaires sauvé par la hausse des tarifs

Toutefois, la société a réussi à inverser légèrement la tendance : elle affiche un chiffre d'affaires en croissance de 1,1% sur les neuf premiers mois de 2011, et prévoit une « légère croissance » sur tout l'exercice 2011. Mais, là encore, le câblo-opérateur sous-performe par rapport à la concurrence : par exemple, le marché de l'accès Internet a cru de 5% sur les neuf premiers mois de 2011, selon l'Arcep.
Numericable explique ainsi cette inflexion : « en janvier 2011, les acteurs du marché ont profité d'une hausse de la TVA pour augmenter leurs prix. Nous avons augmenté de 29,9 à 37,9 euros par mois le prix de notre offre triple play de base, NCBox. Cette hausse des prix que nous avons pu mettre en place début 2011 a commencé à inverser la baisse du revenu moyen par abonné ». Une stratégie que compte réitérer le câblo-opérateur :il vient d'annoncer à ses clients que ses tarifs allaient augmenter de 2 euros le 1er avril.

Les chiffres sur les abonnés ne sont guère plus brillants. Ils montrent une évaporation des abonnés à la télévision seule (en analogique et en numérique), qui constitue l'activité historique du câblo-opérateur. Cette évaporation est à peine compensée par les recrutements de clients aux offres multiples (télévision, téléphone, Internet) et par les clients recrutés sous d'autres marques comme Auchan, Darty et Bouygues (« marque blanche »).
 

Le nombre d'abonnés (en milliers)
  Fin 2008 Fin 2009 Fin 2010 Fin septembre 2011
Abonnés dont... 3318 3400 3421 3396
...immeubles collectifs 1767 1813 1848 1841
...TV analogique 316 263 195 142
...multiple play 736 850 917 927
...TV numérique seule 412 356 313 278
...marque blanche 5 57 103 173

 

Le prospectus montre aussi que l'hémorragie de clients a diminué mais n'a pas été totalement jugulée. En 2008, le taux de désabonnement s'élevait à 30,3%, ce qui signifiait qu'en pratique, quasiment un tiers des clients avaient quitté Numericable cette année là. En septembre 2011, ce taux est tombé à 17,7% (en annualisé), un niveau que le câblo-opérateur espère maintenir. "Ce taux tombe même à 12% si l'on exclut les abonnés à la TV analogique et les déménagements vers des zones que nous ne couvrons pas", souligne la société. 

Un nombre de clients Internet apparemment en recul

Autre indication : à fin novembre 2011, le nombre d'abonnés au téléphone fixe s'élevait à 892.962, celui au téléphone mobile à 42.618, et celui à Internet à 950.672. Etrangement, pour ces trois indicateurs, aucune évolution au cours du temps n'est fournie dans l'épais document de près de 500 pages, contrairement à tous les autres paramètres. Explication probable : au moins un de ces indicateurs, le nombre d'abonnés Internet, est apparemment en recul. En effet,le dernier chiffre publié par la société en mars 2010 s'élevait à 1,12 million d'abonnés Internet. Là encore, Numericable a sous-performé par rapport à ses concurrents. En effet, selon l'Arcep, le nombre total d'accès Internet haut débit en France a cru de 12,6% entre mars 2010 et fin 2011.

Interrogé, Numericable a apporté une précision sur le taux de désabonnement. 

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NB : les chiffres des tableaux proviennent du prospectus. Les chiffres du prospectus portent uniquement sur Numericable France et n'incluent ni Completel ni le Benelux

Mise à jour le 12 avril: Numericable a publié ses résultats 2011: une marge brute d'exploitation (Ebitda) stable à 50,4%, sur un chiffre d'affaires en hausse de 2,1% (à 865 millions d'euros). A fin décembre, le nombre d'abonnés multiple play s'élève à 938.000, et ceux sous marque blanche à 206.000. La société nous a précisé que le nombre d'abonnés Internet publié en mars 2010 (1,12 million) comprenait environ 100.000 clients à l'offre TV seule, qui ne sont désormais plus comptabilisés dans les abonnés Internet ou multiple play. 

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Commentaires
a écrit le 15/03/2012 à 15:20 :
Faut-il y voir un article de démolition d'un concurrent ?
Xavier Niel n'est-il pas actionnaire du journal La Tribune / Le Monde ...
Un peu à la Ruppert Murdoch, n'userait-il pas de ces médias pour orienter l'avis des consommateurs
a écrit le 14/03/2012 à 20:51 :
Il suffit de comprendre comment les 4 grands patrons de l'air Altice ont profité de Civen sans avoir réalisé un projet industriel peu chère qui aurait permis rapidement le très haut débit sur l'ensemble des réseaux câblé.

a écrit le 14/03/2012 à 16:12 :
Numéricable n'innove pas, propose des offres chères et pas de valeur ajoutée ou d'avantages différentiateurs/compétitifs...

Tel quel, Numéricable va disparatitre... ou plutot va se faire racheter par l'un des 4 gros opérateurs ADSL (Orange, SFR, Free ou Bouygues Telecom) pour récupérer 2 actifs ultra-intéressants :
- Les accords en place avec les copropriétés
- les gaines dans les parties communes et privatives des appartements par lesquelles passent les cables de Numéricable

... Vous l'avez compris, l'avenir de Numéricable sera dans la fibre... mais sans Numéricable (incapable de supporter les investissements nécessaires et une dette trop importante).
Les pertes passées de Numéricable seraient une bonne chose pour les opérateurs ADSL, car ceux-ci sont tous largement bénéficiaires. Les pertes reportables de Numéricable viendraient donc réduire l'imposition de son acheteur (et donc une capacité à investir supplémentaire).
a écrit le 08/03/2012 à 3:19 :
Il semble que jusqu'à l'année dernière Numericable ai eu beaucoup de problèmes internes au niveau de l'organisation, de l'investissement et de la rationalisation et cela issu des fusions.
J'ai eu beaucoup de problèmes avec eux au début( et même leur site internet à cette époque sentait l'amateurisme, de même que leur personnel), mais il semble qu'ils ont réussi à s'en sortir, il faut dire aussi qu'ils remontent depuis les tarifs comme un propriétaire ferait à ses locataires( contrairement à d'autres qui auraient des tarifs fixes), ils ont donc maintenant de l'argent.
Il faut plutôt voir Numericable comme une sorte de Canalplus de l'Internet, un nombre d'abonnés qui ne peut pas s'envoler et en général limité aux grandes villes, leur concurrent principal semblant donc être Free qui vise plutôt le low cost, donc leur stratégie semble se baser surtout sur la qualité qu'ils essayent de remonter et stabiliser, il faut se rappeler que le cable était synonyme de qualité avant internet.
Si on comparait avec le secteur automobile, Free serait Renault(Free s'est lancé en développant ses produits en chine comme Apple) et Numericable Peugeot( je sous-entends qu'ils devraient se développer dans les villes étrangères à terme plutôt que se généraliser en France rurale).
a écrit le 07/03/2012 à 20:00 :
... quand on s'est foutu à ce point de ses clients du temps de sa splendeur (l'ex-Cybercable/Noos était de fait en situation de monopole sur la TV câblée) ... et qu'entre temps la donne marché (percée de l'ADSL, évolution vers le triple play à 30?, aujourd'hui vers le quadruple play) a changé à ce point ... alors forcément l'effort à faire pour revenir dans la course ou s'y maintenir, est quelque chose que le Numéricable d'aujourd'hui, pourtant fruit de la fusion de tous les cablos Français (!!), découvre à ses dépends (au passage Numéricâble a du aussi décrouvrir que si lui et Orange ont chacun été en monopole à un moment, la similitude s'arrête là ...) ... leurs abonnés doivent être soit des historiques chanceux (n'ayant connu aucun pb sérieux de disponibilité du service !), quasi-chrétiens (c-a-d ayant un sens aigu du pardon !) ou amnésiques ... et des nouveaux qui n'ont donc jamais connu les "délices" d'avoir été clients du temps de la splendeur de la boîte .... quand les clients de celle-ci, excédés, s'étaient constitués en association pour les traîner en justice (cf les procès de LUCCAS, Les Utilisateurs du CyberCâble ASsociés ...), conseillaient sur leur site aux prospects de ne pas y mettre les pieds et mettaient à disposition en 1ère page un modèle de lettre de résiliation ... bref, même si la situation de l'emploi est celle qu'elle est actuellement en France, la disparition de Numéricâble du paysage ne m'émouvrait pas outre mesure, bien au contraire .... une telle disparition servirait d'exemple et constituerait un bon cas d'école pour les étudiants en gestion : celui d'une boîte du secteur privé dont le point de départ de la descente aux enfers date de l'époque où elle considérait ses clients comme de simples usagers d'un service qui n'avait rien de public, forte de la situation de monopole dont elle jouissait ... aujourd'hui, c'est au tour des 3 opérateurs mobiles historiques de découvrir, à l'occasion du déboulé de Free (le romanichel à la caravane...) sur leur pelouse, qu'on ne se moque pas impunément de sa clientèle ...
Réponse de le 10/03/2012 à 16:11 :
«bref, même si la situation de l'emploi est celle qu'elle est actuellement en France, la disparition de Numéricâble du paysage ne m'émouvrait pas outre mesure, bien au contraire .... une telle disparition servirait d'exemple et constituerait un bon cas d'école pour les étudiants en gestion »
Bonjour, je travaille dans le câble depuis 10 ans, et je voulais juste dire que j'ai appris à être très humble dans ce métier. Ayant travaillé ailleurs avant dans le télécoms, j'ai constaté que les difficultés techniques, opérationnelles et institutionnelles de ce métier, dans le cadre Franco-Français, sont incomparables avec celles des autres métier «opérateurs télécoms».
Même si le message ci-dessus n'est pas très encourageant, je ne suis pas le seul à croire en ce métier et à son apport, présent ou futur, pour la société. Je ne suis pas le seul à m'efforcer un maximum, autant que je le puisse, pour que les clients soient les plus satisfaits possibles.
Le tunnel est long, mais l'issue est proche. Les difficultés endurées ont forgé les caractères, et je ne suis pas le seul à vouloir me battre pour transformer un réseau ( principalement hérité de France Télécom ) qui était en bien piètre état, et qui avait coûté une fortune, en un réseau moderne, ayant la capacité de rendre des services pour l'instant encore insoupçonnables. J'aimerais bien pouvoir convaincre l'auteur des phrases ci-dessus, mais je comprends ce qu'il a enduré, et il est libre d'avoir son opinion.
Réponse de le 08/04/2012 à 10:22 :
ce matin impossible d'ouvrir la page web qui me permet de savoir les chaines au quel j'ai droit ;problème d'erreur dans la page sus nommée..les discours sur la grandeur a venir c'est bien gentil mais la ...seul nos actes nous jugent.

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