RIFIFI DANS LES TÉLÉCOMS - ÉPISODE 1/3. Les télécoms sont devenus, encore plus en ces temps de pandémie, un actif stratégique majeur, d'où des relations parfois tumultueuses avec l'Etat. La Tribune vous raconte en trois épisodes - la 5G, les tentatives de consolidation, le rôle de l'opérateur historique Orange - comment Emmanuel Macron est intervenu à de nombreuses reprises auprès des quatre opérateurs privés français. Aujourd'hui, les craintes de l'Etat vis-à-vis de la place de Huawei dans les réseaux 5G ont donné lieu, en coulisse, à de vives passes d'armes entre les patrons des télécoms...Ce dimanche 24 mars 2019, des drapeaux chinois flottent sur Monaco. Xi Jinping, le président chinois est attendu au palais princier. C'est la première fois qu'un chef d'Etat chinois visite officiellement la Principauté. Le soir même, il a mis le cap sur Beaulieu-sur-Mer, près de Nice, pour dîner avec le couple Macron, avant d'entamer, le lendemain matin, une visite d'Etat dans l'Hexagone. Derrière les sourires officiels, l'escapade monégasque de Xi Jinping irrite l'Elysée. Au Château, la visite est perçue comme une manière pour la Chine de soutenir Huawei.
De fait, alors que de nombreux pays européens prennent des mesures pour écarter l'industriel chinois, Monaco, de son côté, lui déroule le tapis rouge. À l'origine, c'est le prince Albert lui-même qui a sollicité Huawei pour nouer un accord dans la 5G en Principauté. Celui-ci est signé le 7 septembre 2018, à Pékin, en présence du prince et de Ren Zhengfei, le chef de file et fondateur de Huawei, avec Monaco Telecom, détenu à 55% par Xavier Niel, via sa holding personnelle NJJ Capital. Trois semaines plus tard, l'opérateur dévoile son nouveau réseau 5G en grande pompe lors du Monaco Yacht Show. L'événement est une nouvelle fois fêté en présence d'Albert II. A l'époque, l'état-major de l'opérateur annonce que la Principauté sera totalement couverte en 5G en juillet 2019, une première en Europe. En deux ans, Monaco est donc devenue la vitrine de Huawei et de sa technologie sur le vieux continent. Ce n'est pas un hasard si le groupe chinois a décidé d'installer son centre de R&D en France à Sophia Antipolis, la « Silicon Valley » du Sud de la France près de Nice.
> ÉPISODE 2 À SUIVRE : Macron et les télécoms, des liaisons dangereuses
Monaco Telecom appartient donc à Xavier Niel, le fondateur de Free. Et selon nos informations, quelques jours avant la visite de Xi Jinping à Monaco, Emmanuel Macron a demandé lors d'un conseil de défense au ministre Bruno Le Maire de convoquer le grand patron des télécoms pour lui demander de se tenir à l'écart de la visite officielle chinoise. La perspective de voir Xi Jinping visiter Monaco Telecom et son réseau 5G Huawei, qui a un temps été envisagée en présence de Xavier Niel, insupportait l'Elysée. Au final, le patron de Free ne s'est pas déplacé sur le Rocher. Et aucune escapade chez Monaco Telecom ne figurait dans le programme officiel du président chinois. Signe du malaise : Xavier Niel n'était pas non plus présent au dîner d'Etat organisé le lundi 25 mars, en l'honneur de Xi Jinping, à l'Elysée. Quelques jours avant ladite convocation par Bruno Le Maire, Xavier Niel ne manquait pas d'exprimer son insatisfaction auprès de ses proches devant le « traitement » qu'il subissait du gouvernement.
Marc Endeweld et Pierre Manière