ENTRETIEN - Jacques Biot, qui siégeait au conseil d'administration de Huawei France depuis octobre 2019, vient d'en prendre la présidence. A cette occasion, il fait le point sur sa nouvelle mission, alors que le géant chinois des télécoms traverse une période difficile, marquée par des sanctions américaines et son exclusion de nombreux marchés de la 5G à travers le globe.Jacques Biot affiche un CV pour le moins divers. Lui-même en convient : pas simple, au premier abord, de trouver un fil rouge à la carrière de cet ingénieur de formation, qui a commencé dans les cabinets ministériels, avant de travailler dans le secteur pharmaceutique, de devenir entrepreneur dans le domaine de la santé, puis de prendre la présidence de l'Ecole Polytechnique (de 2013 à 2018). A l'automne dernier, il est arrivé au board de Huawei France. Et le voilà désormais, comme l'annonce le groupe ce mercredi, président du conseil d'administration. Jacques Biot l'assure : ses incursions dans le public et dans le privé sont liées par une même motivation. « C'est de faire en sorte que l'innovation thérapeutique, scientifique et technologique trouve sa valeur sociétale et sa valeur économique », affirme-t-il. Dans nos colonnes, il revient sur sa mission pour le compte du groupe de Shenzhen, qui traverse une période difficile marquée par des sanctions américaines et son exclusion de nombreux marchés de la 5G.
LA TRIBUNE - Vous allez prendre la présidence du conseil d'administration de Huawei France. Comment envisagez-vous cette nouvelle mission ?
JACQUES BIOT - Le rôle du conseil et de sa présidence est d'apporter des éclairages stratégiques au management qui gère les opérations au quotidien. Son objectif est de faire en sorte que l'entreprise réponde aux attentes de la société française. Le conseil comprend des représentants du groupe, mais aussi des administrateurs indépendants que sont Jean-Marie Le Guen et moi-même. Ma tâche sera de l'animer.
Pourquoi êtes-vous venu chez Huawei ?
J'ai trouvé chez Huawei le moyen de poursuivre concrètement ce que j'ai engagé à l'Ecole Polytechnique. A sa présidence, ma priorité était de transformer l'établissement en université internationale, de le sortir un peu du modèle d'école traditionnelle. Les élèves y arrivent parce que le classement des concours les a mis dans cette boite, comme d'autres vont à l'école Centrale ou à celle des Mines. Mais cela ne donne pas de sens à une vie... Pour ce faire, j'ai voulu ouvrir l'école et sensibiliser les étudiants aux grands défis auxquels, de manière générale, l'humanité est confrontée, et où nous avons besoin d'intelligence. J'en vois trois : les enjeux climatiques et d'énergie, l'évolution de la santé au regard des progrès technologiques, et la transformation de l'économie. Lors d'un voyage à Shenzhen, à la fin de mon mandat à Polytechnique, j'ai vu sur étagère, et notamment chez Huawei à travers leurs travaux sur la 5G et ses usages, des solutions à certains problèmes actuels où, en France, les recherches ne font que commencer... J'ai eu la confirmation que la Chine était très en avance d'un point de vue technologique. Plusieurs mois après mon retour, Huawei m'a demandé si je souhaitais rentrer au conseil d'administration. J'ai pris le temps d'observer l'équipe, de la comprendre. Le fonctionnement de l'entreprise et la solidarité des collaborateurs m'ont beaucoup plu. Le fait que l'entreprise appartienne à ses employés favorise cette manière de travailler.