De gauche à droite: Alain Weill (PDG d'Altice France/SFR), Xavier Niel (propriétaire d'Iliad/Free), Stéphane Richard (PDG d'Orange) et Olivier Roussat (DG délégué de Bouygues et président du conseil d'administration de Bouygues Telecom).
Dans la roue de SFR, qui a pris ses dispositions pour mettre la moitié de ses troupes au chômage partiel, Bouygues Telecom compte faire de même vis-à-vis d'au moins 900 collaborateurs. Orange réfléchit à des mesures similaires.
En pleine crise du coronavirus, les grands opérateurs télécoms n'hésitent pas à pousser le levier du chômage partiel. Cela concerne environ la moitié des troupes de SFR. A La Tribune, les syndicats avancent le chiffre de 6.000 collaborateurs, quand l'opérateur, lui, en évoque 5.000.
Pour Xavier Courtillat, délégué syndical CFDT d'Altice France, cette mesure n'est pas justifiée. « Nous dénonçons vigoureusement le comportement actuel de la direction de notre entreprise, et plus particulièrement l'opportunisme et le cynisme à l'œuvre dans la demande de recours auprès de l'administration d'une mesure de chômage partiel massive », fustige-t-il par mail. D'après lui, « l'intégralité des salariés pourrait tout à fait être au travail (à distance), sans que nos dirigeants cherchent à faire payer une grosse partie de la masse salariale par la collectivité nationale, en cette période où la solidarité devrait être à l'oeuvre de manière exemplaire ».
« Les clients ne résilient pas leurs abonnements »
A côté de SFR, Bouygues Telecom souhaite aussi recourir au chômage partiel. A La Tribune, la CFDT précise que près de 900 postes sont déjà concernés. Il y en a d'abord 822 à la direction de la relation client. Il s'agit essentiellement de téléconseillers. La direction de la vente à distance est également concernée, à hauteur de 75 postes. Aux yeux d'Azzam Ahdab, délégué central CFDT de Bouygues Telecom, cette décision apparaît incompréhensible. « Cela va amputer les salaires des gens », déplore-t-il. Sachant que les collaborateurs concernés par le chômage partiel ne toucheront que 84% de leur salaire. « Cela va aussi avoir des conséquences, plus tard, sur leurs points de retraite, sur l'acquisition de jours de RTT, sur le calcul de leurs primes... », égrène-t-il.
La mesure est d'autant plus déplorable que, selon le syndicaliste, la crise du coronavirus n'aura pas d'impact sur le chiffre d'affaires lié aux clients particuliers. « Les clients ne résilient pas soudainement leurs abonnements, affirme-t-il. Au contraire, la période montre que les connexions explosent, et les forfaits avec. » Ainsi, pour d'Azzam Ahdab et la CFDT, la situation économique de Bouygues Telecom ne justifie pas que le groupe bénéficie de la solidarité nationale.
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Une réunion prévue vendredi chez Orange
D'après lui, Bouygues Telecom devrait privilégier une autre voie : « la direction devrait faire confiance aux salariés de la relation client et leur donner la possibilité de télétravailler, dit-il. Cela permettrait d'éviter de les exposer au coronavirus, tout en maintenant l'activité professionnelle. » Un souhait qui, jusqu'à présent, est resté lettre morte. Dans ce contexte, à la CFDT, la lettre de soutien et de félicitations envoyée mardi par le gouvernement au secteur des télécoms a suscité un profond agacement. Interrogé par La Tribune, Bouygues Telecom se refuse à tout commentaire.
Chez Orange, le numéro un français des télécoms, des mesures de chômage partiel sont aussi à l'étude. D'après nos informations, le sujet sera discuté vendredi lors d'une réunion entre la direction et les syndicats. Chez Iliad, la maison-mère de Free, il ne serait guère surprenant que l'état-major songe aussi au chômage partiel. Sollicité par La Tribune, le groupe de Xavier Niel se refuse à tout commentaire.