De riches Français attaquent les banques suisses dont ils étaient clients

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(Crédits : reuters.com)
Certains clients français repentis, qui ont demandé la régularisation de leurs avoirs auprès du fisc, se retournent contre leurs banquiers: ils auraient dû leur conseiller de se régulariser dès 2009, dans des conditions plus favorables

Des clients français de banques suisses, défendus par un avocat parisien, ont décidé de se rebeller contre leurs banques, accusées de les avoir mal conseillés au moment de la régularisation fiscale de leurs comptes.

Une lettre datée du 24 décembre a été envoyée par leur avocat au Médiateur des banques suisses, une instance basée à Zurich, qui analyse les situations de conflits entre les banques et leurs clients, et qui propose des solutions.

Selon la procédure devant le Médiateur, appelé l'Ombudsman en Suisse, le client qui s'estime lésé par sa banque doit présenter son argumentation. Il doit également présenter la position de la banque qui doit lui répondre.

Dans le cas concret de ces clients français des banques suisses, il s'agit de personnes qui ont détenu pendant quelques fois des années, voire des générations, des comptes non déclarés en Suisse.

Le Médiateur analyse la situation au vu des documents présentés et propose une solution. Si la banque accepte, le dossier est réglé. Si elle refuse, le client peut aller en justice. Dans le cadre des programmes de régularisations qui ont été lancés en 2009 et 2013 en France, ces clients, indique leur avocat, "ont subi un important préjudice" et "leur régularisation va leur coûter aujourd'hui dix fois plus cher qu'autrefois". L'avocat réclame aujourd'hui à ces banques des dommages et intérêts pour ses clients lésés. Selon les milieux bancaires suisses, la première régularisation, celle de 2009, prévoyait des conditions beaucoup plus douces pour les fraudeurs fiscaux repentis.

Des conditions de régularisation plus draconiennes, en 2013

Ceux qui n'en ont pas profité, et qui ont décidé de se régulariser en 2013, sont soumis à des conditions plus draconiennes. Selon un banquier genevois, "certains clients ont perdu presque tous leurs avoirs", du fait du montant très élevé des pénalités.

Ce deuxième programme de régularisation, appelé "circulaire Cazeneuve", du nom de l'ancien ministre français du Budget, a permis au fisc français de récupérer 2 milliards d'euros d'impôts supplémentaires en 2014, payés par les milliers de Français qui avaient des comptes non déclarés à l'étranger, et qui se sont repentis. Le ministère français du Budget anticipe qu'en 2015, il y aura encore 2,25 milliards d'euros de rentrées fiscales supplémentaires, grâce à ce programme de régularisation.

Les banquiers suisses avaient-ils un mandat de conseil?

"La question est à présent de savoir si les banques suisses avaient un mandat de conseil fiscal auprès de leurs clients", a indiqué mardi à l'AFP un avocat genevois sous couvert d'anonymat.

Selon lui, les banques suisses "avaient un mandat de gestion des fonds, et non pas un mandat de conseil juridique ou fiscal". La position défendue par les banques, avant la levée progressive du secret bancaire, était de dire que c'était au client de régler sa situation fiscale, et qu'il ne s'agissait pas d'un problème relevant de la compétence de la banque.

"Le tort des clients français était de croire que leur banquier était aussi leur conseiller fiscal, les banques ont toujours agi dans leur intérêt propre qui était celui de conserver les fonds dont elles avaient la gestion", a encore indiqué l'avocat genevois.

Changement de stratégie de la part des banquiers suisses

Quand les banques suisses ont compris que le secret bancaire était condamné, elles ont changé de stratégie et agi en faveur de la régularisation, seul moyen selon elles de conserver les fonds, a-t-il ajouté en substance.

Les banques suisses ont donc demandé à tous leurs clients de se régulariser au plus vite, faute de quoi leurs comptes seraient fermés ou bloqués.

A partir de 2017-2018, la Suisse appliquera le système de l'échange automatique d'informations avec les fiscs étrangers, ce qui revient à la fin du secret bancaire.

En 2014, les banques suisses ont payé une lourde facture pour régler leurs errements du passé. Selon une étude du cabinet Boston Consulting, en 2014, les litiges ont coûté 58 milliards de francs suisses (48 milliards d'euros) aux banques helvètes.

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a écrit le 30/12/2014 à 19:26 :
La droite critique les arguments déresponsabilisants parfois invoqués en faveur des petits délinquants, mais voir de riches fraudeurs se retourner contre leurs banquiers suisses, qui ne leur auraient pas conseillé de respecter la loi (!), c'est étonnant, comique et finalement assez jouissif. J'attends impatiemment la suite du feuilleton.
a écrit le 30/12/2014 à 18:54 :
Ils poussent la malhonnête un peu loin. D'abord ce sont les "clients français" des banques suisses qui n'ont pas voulu déclaré leur agent pour "gagner" des impôts, de taxes etc. et le jour où ils se font rattraper c'est la faute des autres; des banquiers suisses. On veut gagner sur tout les tableaux, mais on ne veut pas assumer le risque. Des lâches.... honteux.
a écrit le 30/12/2014 à 16:08 :
Npus les pauvres ne connaissons pas notre chance : les banques suisses ne nous ont pas truandés ! En tout cas, nous sommes pleinement solidaires de l'infinie souffrance qui habite désormais les riches, victimes de la confiance qu'ils avaient envers leurs amis suisses.
Réponse de le 30/12/2014 à 16:48 :
je suis également de votre avis. Je suis consterné par l'ingratitude des banquiers suisses qui n'hésitent pas un seul instant à dénoncer ces pauvres petits écureuils français, coupables d'avoir placés leurs maigres noisettes dans des lieux qu'ils croyaient sûrs.
Réponse de le 30/12/2014 à 18:50 :
C'est symptomatique aux problèmes à la française. Au lieu de se remettre en question incessamment comme le font les autres, les français râlent et pleurent.
Imaginer la remise en question des banquiers suisses qui doivent complètement changer leur modèle d'affaire et cela en très peu de temps. Au lieu de râler et de pleurer, ils s'y plient et s'adaptent et dans quelques années, les banques suisses vont sortir plus fort de la crise actuelle.
Réponse de le 30/12/2014 à 20:28 :
Arrétons en affaire pas de pitié.
Si ils arrivent à récupérer des fonds aurpès de leur banque ils pourront payer plus d'impots en France.
Après comme l'affaire BNP l'a démontré, aucune banque n'est intaquable. La présentation biaisée des banques pour servir leurs intérêts va être mise à l'épreuve devant un tribunal. C'est aussi cela l'état de droit.
a écrit le 30/12/2014 à 13:59 :
Ils auraient donc fraudé le fisc "à l'insu de leur plein gré" ?
Réponse de le 31/12/2014 à 7:12 :
ahahah, j'aime.....
a écrit le 30/12/2014 à 12:49 :
Je porte plainte contre ses riches car de leurs mauvaise fois et cupidité je me retrouve à payer leurs impôts car ils utilisent mes infrastructures pour s'enrichir!
Réponse de le 30/12/2014 à 13:32 :
Bien dit. J'approuve.
Réponse de le 30/12/2014 à 16:06 :
ses riches ? ils appartiennent à qui ? et je ne parle pas de "leurs mauvaise fois", un beau condensé. Mais j'approuve le fait qu'ils doivent contribuer plus à l'éducation nationale, une récente étude a encore démontré que 30% des bac+5 ne savent plus écrire correctement. J'ai mal aux yeux. Et pourtant, je n'ai que 30 ans...
a écrit le 30/12/2014 à 12:45 :
Moi je vais porter plainte contre mon vendeur d'herbes, il ne m'avait pas prévenu que c'était interdit d'en fumer et en plus de ça c'était pas de la bonne!

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