Pourquoi le choix de Tokyo désespère tant Airbus Helicopters

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Le ministère de la Défense japonais a sélectionné un appareil de plus de 50 ans d'âge
Le ministère de la Défense japonais a sélectionné un appareil de plus de 50 ans d'âge (Crédits : Bell Helicopters)
Alors que Airbus Helicopters proposait à Tokyo de codévelopper et de cofabriquer le programme X9, un hélicoptère de 4 à 5 tonnes, le ministère de la Défense japonais s'est tourné vers "une plate-forme existante et ancienne", le Bell 412. Cet appareil aura plus de 60 ans au moment de l'entrée en service du programme UH-X.

La déception d'Airbus Helicopters est immense après la sélection par le Japon du consortium formé par l'industriel japonais Fuji Heavy Industries et l'américain Bell... Elle se lit d'ailleurs entre les lignes du communiqué publié ce mardi. Associé à son partenaire japonais habituel Kawasaki Heavy Industries (KHI), maître d'oeuvre de ce programme, le constructeur de Marignane "confirme son extrême surprise à la suite de l'annonce faite par le ministère japonais de la Défense le 17 juillet", a-t-il expliqué dans une déclaration envoyée par email à La Tribune. C'est également le premier échec commercial d'Airbus Helicopters depuis le début de l'année.

Recours ou pas?

Une déception d'autant plus forte que la division hélicoptères d'Airbus a été très longtemps persuadée de remporter cet appel d'offre, baptisé UH-X qui vise à remplacer pendant 20 ans à partir de 2021 la flotte vieillissante de 150 hélicoptères de transport de troupes Huey (Bell), dont la conception date d'avant la guerre du Vietnam. Ce programme vise à bâtir une flotte d'hélicoptères de transport militaire destinée au marché intérieur et à l'exportation. Un contrat qui est estimé à 3 milliards de dollars (2,6 milliards d'euros).

Du coup, Airbus Helicopters a fait savoir qu'il demanderait des explications au ministère japonais de la Défense (MoD). Le constructeur étudie actuellement l'intérêt d'un recours à partir d'irrégularités qui pourraient être constatées dans le déroulement de l'appel d'offre mais son partenaire japonais Kawasaki, engagé dans d'autres compétitions pour le compte du MoD japonais (notamment des hélicoptères de type EH 101 avec AgustaWestland) pour la marine japonaise ne serait pas très chaud. En tout cas, le PDG d'Airbus Helicopters Guillaume Faury se rendra le 7 septembre à Tokyo pour essayer de comprendre le choix du MoD japonais, selon nos informations.

Washington a-t-il tordu le bras à Tokyo?

En interne, l'incompréhension est grande après le choix du MoD japonais. "Personne ne comprend le choix de Tokyo", explique-t-on à La Tribune. Et l'explication qui semble la plus plausible en interne est que les Etats-Unis ont forcé la main aux Japonais pour ne pas perdre ce contrat au moment où les tensions en mer de Chine sont extrêmes. Pékin revendique les îles Senkaku (ou en chinois Diaoyu) administrées par Tokyo, qui a besoin de la puissance américaine.

Mais ce manque de transparence dans le choix du ministère de la Défense japonais soulève une interrogation au moment où l'Union européenne va prochainement conclure d'ici à la fin de l'année en principe un ambitieux accord de libre-échange avec le Japon. Paris et Berlin ont tout intérêt à obtenir de très fortes assurances pour que les prochains appels d'offre se déroulent en toute équité au pays du soleil levant.

On  rappelle également que la charge de travail de Fuji Heavy Industries, qui fabrique sous licence les Apache arrive très prochainement à son terme. "Ils ont voulu sauver la peau de Fuji", souligne-t-on à la Tribune. Enfin, Bell a semble-t-il pratiqué un dumping, selon le "Financial Times".

Airbus Helicopters proposait le X9 à Tokyo

Cette incompréhension est nourrie par l'offre d'Airbus Helicopters qui était pour Tokyo extrêmement séduisante. L'offre de Kawasaki et Airbus était "basée sur le développement d'un nouvel hélicoptère de 4 à 5 tonnes", a précisé le constructeur de Marignane. Soit le fameux programme secret d'Airbus Helicopters, le X9, qui était ni plus ni moins proposé au MoD japonais, qui aurait pu être le client de lancement de ce programme.

Cet hélicoptère de nouvelle génération codéveloppé et cofabriqué par KHI et Airbus Helicopters, a un "potentiel de croissance pour le marché tant domestique (Japon, ndlr) que mondial", a rappelé Airbus Helicopters. Mais Tokyo a fait le choix d'une version modernisée du Bell 412 "une plate-forme existante et ancienne qui aura plus de 60 ans au moment de l'entrée en service du programme UH-X".

Le X9, un programme civil développé en Allemagne

L'ex-PDG d'Airbus Helicopters Lutz Bertling avait révélé en mars 2012 l'existence du projet X9, un programme civil dont le développement sera piloté à partir du site allemand de Donauwörth. En quoi consiste ce programme ? "Il est apparemment destiné à combler des trous dans la raquette de notre gamme", avait alors expliqué la CFE-CGC, qui s'appuyait sur les propos de Lutz Bertling. Ce dernier avait rappelé qu'il était "primordial pour Eurocopter que le savoir-faire en termes de R&D soit pérennisé des deux côtés du Rhin".

Ainsi, ce nouveau programme viendrait assurer le savoir-faire et la charge de Donauwörht, en complément de H135 et H145 ainsi que la fin des livraisons Tigre et NH90 prévues en 2020.

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a écrit le 29/08/2015 à 16:00 :
Pourquoi Airbus Helicopter râle-t-il après le Japon parce qu'ils ont choisi un modèle qui a 50 ans? Airbus Helicopter propose le Caracal à la Pologne. Le Caracal est une version réchauffée du Sud Aviation Puma qui a lui même 50 ans (vol du prototype en 1965).
Réponse de le 02/09/2015 à 2:11 :
Argument un peu simpliste ;-))
Le Puma était un appareil de la classe 7 tonnes, le Caracal est de la classe 11 tonnes. La plateforme n'est plus du tout la même.
C'est ce que recherchaient les polonais. D'autre part, la volonté politique de se démarquer des USA était évidente.
En ce qui concerne le Bell 412 des japonais, il s'agit d'une base de Bell 212 elle-même issue de l'Iroquois remotorisée et avec un rotor quadripale de la classe 5 tonnes alors que la base originale était de la classe 4T. Preuve s'il en est que l'évolution proposée sera effectivement la dernière sur ce type de plateforme.

Cela dit, les japonnais font ce qu'ils veulent même si les US ont évidemment pesé dans la balance.
a écrit le 27/08/2015 à 10:36 :
a vouloir imposer la mondialisation
et surtout reste sous la tutelle usa
les marches se dérobe les uns après les autres
ou au desiderata de mme merkel pour certain composants
a écrit le 27/08/2015 à 9:43 :
Ces américains deviennent la plaie du monde occidental à vouloir s'immiscer dans les affaires des autres pays.
Faut que l'Europe fasse bloc avec la Russie et l'Asie pour les mettre hors d'état de nuire.
Réponse de le 27/08/2015 à 11:25 :
Ils ne font que défendre leur intérêts. Vous pensez vraiment que les américains allaient accepter que l'on vienne marcher sur leur plat de bandes sans réagir ? Déjà que l'on a réussi à vendre par miracle des hélicoptères aux coréens, ils n'allaient pas nous permettre de récidiver 6 mois après dans leur chasse gardé japonaise. Faire de grands contrats d'armements envers le Japon et la Corée se fait uniquement selon le bon vouloir des américains car ils disposent d'une arme de négocation absloue que nous n'avons pas : Plus de 50 000 soldats américains sont stationnés en permanence en Corée et au Japon. Donc du coup, les européens ont beau faire la meilleure offre commerciale et technologique, ils seront gentilment éconduit. Ce n'est pas pour rien que Dassault n'a jamais participé à aucun appel d'offre au Japon.
a écrit le 27/08/2015 à 0:25 :
A chacun sa guerre commercial
a écrit le 26/08/2015 à 23:32 :
Les choses reviennent enfin à la normale.
a écrit le 26/08/2015 à 15:19 :
@phot 76 , c'est bien ce que je dit , l'embargo envers la Russie ...est imbécile et contre productif pour les intérêts la France..., par contre pour les USA c'est gagnant gagnant .....
Réponse de le 26/08/2015 à 16:49 :
@pipeau
Quel rapport avec la Russie?
C'est probablement un cout tordu de US qui ont perdu un max d'appel d'offre en 2015 face à Airbus.
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Inde:
>> Airbus Helicopters et Mahindra, coentreprise pour assembler des hélicoptères en Inde.
Programmes possibles:
- NMRH (Naval Multi Role Helicopter), qui prévoit l’acquisition de 123 hélicoptères de la classe des 9-12,5 t,
- NUH (Naval Utility Helicopter) qui porte sur l'acquisition de 56 hélicoptères destinés à remplacer des Chetak (Alouette III) et pour lequel Airbus Helicopters propose son Panther.
- RSH (Reconnaissance and Surveillance Helicopter), l’hélicoptèriste européen propose son Fennec pour ce programme de 200 machines.
>> HAL + Turbomeca, coopération sur deux programmes d’hélicoptères légers.
>> Turbomeca a signé un contrat pour la réparation et la maintenance de ses moteurs d’hélico indiens, militaires et civils. Flotte : ~ 1000 moteurs.
Pologne:
>> 50 à 70 hélicos Caracal 2,5 à 3,3 Md€ finalisation contrat prévue fin 2015
Koweït:
>> 24 hélicos Caracal 1 Md€, en négoc.
Corée du Sud:
(Pays bénéficiant d’une assistance massive des US.)
>> 214 hélicos militaires léger (5t) sur la base du Dauphin 1,5 Md$
>> 100 versions civiles 0,5 Md$
Contrat total estimé à 700 ex. pour la Corée + 300 à l’export. Soit 4 Md$ supplémentaires.
Arabie Saoudite:
>> 23 hélicos Airbus H145 500 M€
Mexique:
>> 50 Super Puma 2 Md€, en attente de jours meilleurs.
Ukraine, Ukroboronprom:
>> H125 (AS350 B3e) pas plus de détails......
Qatar, en attente:
>> 12 Hélicos NH90-TTH transport tactique 1 Md€
>> 10 Hélicos NH90-NFH transport naval 1 Md€
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Et pour le Japon, 2015:
>> 2 à 6 Falcon 2000-MSA, surveillance maritime, Dassault
>> Accord défense ouvrant la voie à des matériels communs.
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N'hésitez pas à corriger si vous notez des oublis, merci
Alors, vous le casez où votre "contre-productif", mis à part les échanges France-Russie?
Réponse de le 28/08/2015 à 11:56 :
on ne peut pas compter comme ca en potentiel ce qui compte c'est la valeur totale des contrats qd ils sont signes, avant ca n'existe pas !!!
a écrit le 26/08/2015 à 15:07 :
Quand on propose un virus Dauphin en Coree c'est judicieux quand les Americains font de meme au Japon il y a manipulation !!! Allons soyons bon joueur. Un appel d'offre n'est jamais gagné d'avance.
a écrit le 26/08/2015 à 14:49 :
Après les déboires d'Airbus avec l'A380 au japon, penser qu'ils allaient acheter des hélicoptères marqués Airbus... ??? Quand on achète un hélico on achète pas un bus !! Ensuite prendre pour partenaire un local japonais qui est aussi l'associé du concurrent : étrange !!
a écrit le 26/08/2015 à 14:10 :
"se déroulent en toute équité" rêveurs, les Européens. Innocents, benêts ?
a écrit le 26/08/2015 à 13:54 :
L'accélération du rythme de l'innovation, dans tous les domaines, semble avoir fait oublier à notre champion européen de l'aéronautique quelques principes assez simples :
On n'a pas besoin de développer un nouveau modèle à chaque vente.
Un client a besoin, avant tout, d'un produit fiable [donc sans aléa ni risque liés à un nouveau développement] qui répond à son besoin, de préférence au meilleur prix.

A moins que, ... la prise en compte des attentes du client n'ait pas été à la hauteur !

Il est rassurant de constater qu'il ne propose pas à ses prospects du transport aérien de leur développer des avions spécifiques, au-delà de la customisation minimale. Autrement, il n'en vendrait pas autant !
... Sauf -évidemment- dans les pays qui sont demandeurs de transfert de technologies et qui intègrent dans leurs appels d'offres des clauses de co-développement/co-construction/co-...
... Sauf -évidemment- lorsque des besoins nouveaux sont clairement exprimés que, à iso-besoin, des contraintes structurantes sont fortement modifiées.
a écrit le 26/08/2015 à 13:26 :
Comment peut-on être surpris d'une telle décision ? Le Japon n'a jamais été un ami de la France et se trouve à coup sûr un ennemi de l'Allemagne qui est son principal concurrent dans bien des domaines. Il est par contre "la captive" des USA qui lui ont demandé fait écrouler sa devise pour entamer une guerre monétaire contre la Chine. Bell qui est la marque de l'entreprise Textron s'inscrit au surplus dans un large mouvement de réorganisation du secteur qui fait évoluer Warren Buffett, U.T, GE, Boeing et bien d'autres. La société va donc moderniser sa gamme et ainsi se revaloriser en utilisant pour partie les ingénieurs japonais à bas coûts. Une manière de double soutien stratégique. L'entreprise sera probablement ensuite coupée en deux pour être vendue. La question à poser est donc de savoir si l'émotivité des vendeurs d'Airbus résulte d'une absence de maîtrise du groupe ou d'un jalon de comptage qui serait posé dans le jardin japonais. Si les japonais ne commandent plus nos produits, notre demande pour leurs produits va certainement diminuer.
Réponse de le 26/08/2015 à 17:36 :
@Corso
"Le Japon n'a jamais été un ami de la France et se trouve à coup sûr un ennemi de l'Allemagne qui est son principal concurrent dans bien des domaines."
Du grand n'importe quoi!
Allemagne, France et Japon sont bien concurrents dans beaucoup de domaines, mais échanges aussi énormément de biens.
Et les échanges entre le Japon et la zone euro sont très importants.
On supprime le Japon et on coule, et réciproque.
Et les coopérations européennes avec le Japon sont nombreuses.
En plus les balances commerciales FRA/JAP et ALL/JAP sont fortement en faveur de FRA et ALL.
http://ec.europa.eu/eurostat/documents/2995521/6851961/6-28052015-AP-FR.pdf/b862573c-78bb-4996-9915-07d07dd28a40
Faut revoir vos sources, svp, merci
a écrit le 26/08/2015 à 13:26 :
Comment peut-on être surpris d'une telle décision ? Le Japon n'a jamais été un ami de la France et se trouve à coup sûr un ennemi de l'Allemagne qui est son principal concurrent dans bien des domaines. Il est par contre "la captive" des USA qui lui ont demandé fait écrouler sa devise pour entamer une guerre monétaire contre la Chine. Bell qui est la marque de l'entreprise Textron s'inscrit au surplus dans un large mouvement de réorganisation du secteur qui fait évoluer Warren Buffett, U.T, GE, Boeing et bien d'autres. La société va donc moderniser sa gamme et ainsi se revaloriser en utilisant pour partie les ingénieurs japonais à bas coûts. Une manière de double soutien stratégique. L'entreprise sera probablement ensuite coupée en deux pour être vendue. La question à poser est donc de savoir si l'émotivité des vendeurs d'Airbus résulte d'une absence de maîtrise du groupe ou d'un jalon de comptage qui serait posé dans le jardin japonais. Si les japonais ne commandent plus nos produits, notre demande pour leurs produits va certainement diminuer.
a écrit le 26/08/2015 à 13:25 :
suite à l'embargo imbécile sur les bateaux russes ..peut être les pays se méfient de la France . comme l''Inde ..maintenant le Japon...
Réponse de le 26/08/2015 à 14:09 :
peut-être que les USA ont eu un effet "persuasif" (en leur tordant le bras). Ils sont pour la libre concurrence mondiale, sauf exceptions, si jamais ça ne les arrange pas....
Pourquoi veulent-ils écouter tout sur la planète ? Pour contrecarrer les offres commerciales des "rivaux"(ennemis) si besoin.
Réponse de le 26/08/2015 à 16:07 :
Donc on vend 2 navires à une nation qui annexe la Crimée, comme Hitler en son temps. Faut arreter de raisonner qu en terme d argent !!
Réponse de le 02/09/2015 à 2:21 :
Je ne suis pas certains que la vente des Mistral à la Russie aurait amusé bon nombre d'autres de nos clients, notamment en Europe de l'Est.

Restons sérieux, cette annulation n'aura scandalisé que la Russie (très moyennement d'ailleurs) et certaines âmes française promptes à dénigrer leur pays.
a écrit le 26/08/2015 à 12:18 :
Vous semblez magnifiquement informé sur les contrats d'AH, éclairez nous, je vous en prie....
a écrit le 26/08/2015 à 11:27 :
Et bien oui, pression diplomatique et financière, choix politique, les japonais ont choisi la solution de facilité. Qui les en blâmerait ? Quand AH vend des machines hors de prix dans son pré-carré, qui se plaint ?

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