Air France-KLM : l'entrée des Chinois et des Américains dans le capital passe comme une lettre à la poste

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Une fois réalisée au cours de l'année prochaine, cette opération fera descendre la part de l'Etat français dans le capital du groupe à 14,2% contre 17,6% aujourd'hui.
Une fois réalisée au cours de l'année prochaine, cette opération fera descendre la part de l'Etat français dans le capital du groupe à 14,2% contre 17,6% aujourd'hui. (Crédits : Christian Hartmann)
Réunis en assemblée générale extraordinaire, les actionnaires du groupe ont voté à près de 95% en faveur de l'augmentation de capital réservée à Delta et à China Eastern.

Comme une lettre à la poste. Annoncée fin juillet, l'entrée de Delta et China Eastern dans le capital d'Air France-KLM a été votée sans encombre par les actionnaires du groupe français réunis ce lundi en assemblée générale extraordinaire. L'augmentation de capital réservée aux deux compagnies leur permettant de prendre 10% chacune d'Air France-KLM au prix de 10 euros l'action (soit 375 millions d'euros chacun) a été approuvée à hauteur de 95% des votants environ.

Désendettement

Une fois réalisée au cours de l'année prochaine, cette opération fera descendre la part de l'Etat français dans le capital du groupe à 14,2% contre 17,6% aujourd'hui. Cette injection de 751 millions d'euros de fonds propres permettra au groupe d'accélérer son désendettement.

Si l'argent des Américains et des Chinois avait été versé au premier semestre la dette ajustée du groupe (hors location d'avions) serait "enfin" passée sous le seuil des 3 milliards d'euros, a précisé Frédéric Gagey, le directeur financier du groupe.

Volet stratégique

Mais au-delà de cet aspect financier, cette somme va aussi permettre à Air France-KLM de prendre 31% de Virgin Atlantic pour 220 millions de livres (près de 240 millions d'euros au cours d'aujourd'hui), dont le capital est déjà détenu à hauteur de 49% par Delta. Et de sceller ainsi le volet stratégique de cette opération avec la fusion de deux coentreprises sur le marché transatlantique; celle réunissant aujourd'hui Delta, Air France-KLM et Alitalia entre l'Europe et l'Amérique du Nord (hors Royaume-Uni) et celle liant également Delta et Virgin entre le Royaume-Uni et les Etats-Unis.

"Grâce à ces nouveaux accords, Air France-KLM pourra devenir le pilier européen d'un ensemble inégalé de partenariats commerciaux et capitalistiques entre l'Europe, l'Amérique du Nord et la Chine", a déclaré le PDG du groupe Jean-Marc Janaillac.

Un ensemble dans lequel Delta fait figure de leader incontesté. En entrant dans le capital d'Air France-KLM, le groupe américain sera donc présent dans le capital de tous les acteurs de cette opération puisqu'il est déjà au capital de Virgin et China Eastern. Cette stratégie de "World Company", qu'illustre également ses prises de participations dans le capital d'Aeromexico ou dans celui de la compagnie brésilienne Gol, traduit l'excellente performance financière de Delta.

Fusion des coentreprises

Le regroupement de ces deux joint-ventures (JV) qui pèsera près de 20% des capacités entre l'Europe et l'Amérique du Nord, se fera sans Alitalia laquelle, si elle survit, se verra cantonnée à un rôle de partenaire de la JV centrale, un statut qui pourrait d'ailleurs être proposé à Aeromexico selon nos informations. Si cette opération sécurise une relation commerciale d'envergure, elle suscite aussi des interrogations sur son montant. "Virgin vaut-elle cette somme ?" s'interroge un bon connaisseur du secteur. "D'autant qu'une partie des synergies prévues se situe chez Delta, l'autre chez Virgin." Un schéma d'ailleurs poussé par Delta, qui s'agaçait de ne pouvoir contrôler Virgin du fait de l'interdiction réglementaire qui faite aux capitaux non-communautaires de contrôler une compagnie européenne.

A ce renforcement commercial à l'ouest s'ajoute une montée en puissance sur la Chine avec China Eastern, et notamment à Shanghai, base de la compagnie chinoise, et demain à Pékin où elle sera également présente. De 35 millions d'euros dans un premier temps, les synergies identifiées doivent grimper à 75 millions au cours des prochaines années, notamment quand China Eastern sera installée dans le nouvel aéroport de Pékin.

Débat sur l'augmentation de capital

Si le volet stratégique et commercial semble faire l'unanimité, l'ouverture du capital aux Américains et aux Chinois a suscité quelques critiques.

Certains y voient notamment le risque de perte d'indépendance d'Air France-KLM et le début de la vassalisation d'Air France-KLM à l'égard de Delta.

D'autres critiquent le prix négocié à 10 euros l'action, inférieur au cours actuel d'Air France-KLM.

"Ce prix correspond à une prime de 49% comparée à la moyenne des cours observée au cours des 12 mois précédent l'annonce ou a une prime de 12% par rapport à la moyenne des cours entre l'annonce des résultats 2016 d'Air France-KLM en février dernier et celle de l'annonce de l'entrée au capital le 27 juillet", a expliqué Frédéric Gagey.

Pour lui, la hausse du cours de l'action de 150% depuis le début de l'année reflète « l'incertitude » du marché mais aussi de Delta à de China Easten l'égard d'Air France-KLM.

"Ce prix de 10 euros traduit la volatilité des cours", a-t-il indiqué, en précisant que le cours d'Air France-KLM oscillait entre 5 et 7 euros quand les négociations ont débuté.

Tout en reconnaissant la pertinence stratégique de l'accord, le cabinet de conseil aux actionnaires Proxinvest a critiqué le prix de dix euros par action consenti à Delta et China Eastern, jugeant qu'un montant plus proche du prix du marché, autour de 12,5 euros, aurait été plus acceptable pour les actionnaires.

"Le partenariat pouvait être fait sans qu'il y ait une entrée au capital", a dit à Reuters Loïc Dessaint, directeur général de Proxinvest.

Ce dernier reproche surtout la dilution entraînée par les nouveaux entrants en raison des conditions qui leur ont été accordées, estimant qu'ils auraient dû obtenir environ un total 15% du capital plutôt que 20%. "Il y a un petit cadeau fait aux nouveaux entrants, mais ce n"est pas un cadeau mortel", a-t-il ajouté.

D'autres enfin, estiment qu'il était possible de lever les fonds nécessaires sur le marché.

Reste à savoir si l'appel au marché avec une augmentation de capital classique aurait donc permis à la direction de lever une somme supérieure.

"Probablement pas répond un analyste financier. Car en raison du bond de l'action du groupe depuis le début de l'année (+150%) et de la forte volatilité des titres dans le secteur du transport aérien, les investisseurs institutionnels n'auraient pas répondu, sauf à leur proposer une décote substantielle."

En effet, même si elle s'est améliorée, la situation d'Air France-KLM ne leur permet peut-être pas de leur garantir une plus-value, à court terme.

"Si la direction avait pu faire appel au marché, elle l'aurait fait. La solution choisie traduit l'absence de plan de restructuration d'Air France-KLM, et d'Air France en particulier", explique un très bon connaisseur du groupe.

Pour beaucoup, l'arrivée de Delta et de China Eastern dans le capital d'Air France-KLM et leur présence au conseil d'administration est une bonne chose car elle va mettre un peu de pression sur le groupe français. Certains imaginent déjà leur surprise quand ils vont constater les querelles entre Air France et KLM.

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Commentaires
a écrit le 06/09/2017 à 18:45 :
Tant que AF sera majoritaire, tout ira bien.Tout est une question de stratégie sur le moyen long terme mais AF ne doit pas se tromper ....L entreprise doit absolument se développer....
a écrit le 06/09/2017 à 10:29 :
merci pour cet article très intéressant
Si on voit bien le jeu des américains, il reste qu'on comprend mal pourquoi un tel cadeau a China sans contrepartie évidente..?
@onze : point de vue sans intérêt...
a écrit le 06/09/2017 à 4:41 :
C'en est fait d'air chance. RIP.
a écrit le 05/09/2017 à 9:17 :
ou comment les dirigeants de la France
organise l'evasion fiscale
a écrit le 04/09/2017 à 18:46 :
Par "désendettement", il faut comprendre "comblement de passif" car Air France, grâce à ses pilotes abonnés à la grève (de préférence quand ça fait mal) et aux refus systématiques, ont rendu l'entreprise non viable. Il ne lui reste donc plus qu'à se laisser engloutir progressivement par un groupe Sino-Américain. La prochaine augmentation de capital doit être déjà prévue par eux.
Le plus drôle, c'est que ce sont ces mêmes pilotes qui s'inquiètent du risque de perte de contrôle
Réponse de le 05/09/2017 à 5:49 :
Vous, on sent que vous connaissez formidablement bien le dossier !
Pathétique ...

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