Les bénéfices d'Air France-KLM s'envolent. Oui mais...

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(Crédits : reuters.com)
Dans le rouge en 2014 en raison de la grève des pilotes, le groupe a dégagé en 2015 un résultat d'exploitation de 816 millions d'euros en 2015, en raison notamment de la chute de la facture carburant.

Pour une fois depuis mai 2007, les dirigeants d'Air France-KLM devraient présenter des résultats annuels avec le sourire (en 2008 les résultats étaient positifs mais la panique se lisait sur les visages à l'heure où le prix du baril explosait). Pour une fois depuis bien longtemps, l'annonce des résultats entraîne une hausse de l'action (plus de 10% en début d'après-midi) dans la mesure où les bénéfices annoncés sont largement supérieurs aux attentes des analystes financiers qui tablaient sur un bénéfice d'exploitation de 661 millions d'euros pour l'année 2015. il s'est élevé à à 816 millions d'euros, en hausse de 698 millions par rapport à l'exercice précédent (hors effet de la grève des pilotes en septembre 2014) et de 945 millions en excluant l'impact de cette grève. Pour la première fois depuis 2008, le résultat net est lui positif, à 118 millions.

Air France sort enfin du rouge

L'Ebidta s'élève quant à lui à 2,447 milliards d'euros, en hausse de 858 millions et de 576 millions à données comparables. Le tout pour un chiffre d'affaires qui augmente de 4,6%, à 26,1 milliards d'euros mais qui, en fait recule de 3,2% à change constant du fait de la baisse des prix. Le groupe a réduit sa dette de 1,1 milliard d'euros durant l'exercice, à 4,3 milliards d'euros. Un niveau que la direction espérait, au moment du lancement du plan Transform en 2012, atteindre (ou presque) un an plus tôt, fin 2014.

Pour la première fois, les résultats en valeur absolue du groupe Air France (462 millions de bénéfices d'exploitation) dépassent ceux de KLM (384 millions). Et ce malgré l'impact des attentats à Paris qui ont coûté 120 millions d'euros de chiffre d'affaires. En termes de marge opérationnelle néanmoins, la compagnie néerlandaise reste devant.

Ces bons résultats "montrent que les efforts payent au moment où la conjoncture s'est un peu améliorée avec la baisse du prix du carburant", a déclaré ce matin sur Radio Classique Pierre-François Riolacci, le directeur financier d'Air France-KLM.

 Baisse de la facture du carburant

La performance a profité de la chute du prix du carburant, même si celle-ci fut compensée en partie par l'appréciation du dollar par rapport à l'euro et par la baisse de la recette unitaire (-3%)

"La baisse des coûts unitaires est plus rapide que celle de la recette unitaire", explique un expert. La facture carburant a en effet chuté de 6,7%, à 6,183 milliards d'euros.

"L'impact est significatif, reconnaît Pierre-François Riolacci. La facture carburant a baissé de 400 millions d'euros".

Cela va continuer en 2016. Sur la base des courbes à terme au 5 février (35 dollars le baril et parité de change de 1,10 dollar par euro), la facture carburant devrait baisser de près de 1,7 milliard d'euros (1,9 milliard de dollars), comme La Tribune l'annonçait récemment.

Les négociations vont enfin reprendre avec les pilotes

Ces résultats tranchent avec les pertes d'exploitation de l'an dernier (-129 millions d'euros). En revanche, ces bons chiffres ne cachent pas l'échec des objectifs de la direction sur le plan social à Air France. Alors que les deux compagnies du groupe avaient pour objectif de négocier des accords de productivité du personnel avec les syndicats pour réduire l'écart de compétitivité par rapport aux concurrents comme IAG ou Lufthansa, Air France, contrairement à KLM, a été incapable de réaliser l'objectif. Pis, les fortes tensions sociales observées en 2014 se sont envenimées en 2015, atteignant leur paroxysme le 5 octobre avec l'agression de dirigeants d'Air France par des salariés.

Aujourd'hui, à Air France, un accord a été signé sur la gestion des effectifs futurs avec les syndicats de personnels au sol qui permettra d'ajuster les effectifs sans recourir à des licenciements. L'essentiel des gains proviendra du nouveau plan de départs volontaires qui va être présenté la semaine prochaine aux représentants du personnel. Il portera sur 1400 personnes d'ici au début de l'année 2017 (et 200 pour les PNC)

La direction a garanti l'absence de départs contraints jusqu'en 2018. C'est plus compliqué avec les navigants. Jusqu'ici, Il y avait bien des discussions avec les pilotes, mais pas de négociations. Celles-ci pourraient reprendre dans les prochaines semaines selon le directeur financier d'Air France-KLM. Probablement début mars selon plusieurs sources. Quant aux PNC, l'accord sur leurs conditions de travail et de rémunération perdure jusqu'à fin octobre. Il y a encore du temps avant de commencer la négociation.  "Elle commencera en temps et en heure", a indiqué Pierre-François Riolacci.

Négociations chez KLM

En théorie, l'appel d'air apporté par la chute du prix du baril, qui sera encore plus important en 2016, doit permettre à Air France de négocier dans la sérénité afin de ne pas boire la tasse comme elle l'a fait en 2009, au prochain retournement de cycle. Elles seront suivies de près chez KLM qui doit renégocier ses accords dans les prochains mois pour les PNC et le personnel au sol.

Le groupe a déjà relâché les rênes. S'il maintient son objectif de 1,5% de baisse des coûts unitaires à terme, il ne table que sur une réduction de 1% en 2016. Pour autant, rien ne garantit un accord avec les pilotes. Ni même un accord au rabais qui ne règlerait rien à long terme. Un tel scenario serait préjudiciable à la compagnie en cas de retournement de l'environnement. Car les concurrents continuent de rechercher des gains de compétitivité. Et l'environnement concurrentiel ne fait que s'accentuer avec une situation de surcapacités qui va faire une nouvelle fois faire baisser les prix. Air France-KLM estime à 6% la surcapacité sur le moyen-courrier et de 7% sur le long-courrier au départ de l'Europe.

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a écrit le 19/02/2016 à 8:30 :
A quand, un aéroport international à La Réunion ! Beaucoup
passent par Maurice pour les destinations Asie, Inde,
etc...et le billet Maurice Réunion est le plus cher du Monde,
15 min de vol, 300 km ! La région entre dans le "chimblick"
en remboursant une partie du billet pour ceux dont le
quotient impôt est inférieur à une certaine somme et ce
remboursement n'est valable qu'une fois par an. Comment
faire simple, quand on peut faire plus compliqué ! Au passage
l'Etat ne fait que des aumônes tout en nous faisant croire
qu'il s'occupe de la "Continuité Territoriale". Toujours, les
mêmes qui bénéficient des cadeaux sur Air France : nos
chers élus. Air France pourtant s'est enrichi grâce à la
classe économique et après ils osent dire qu'ils font du
social. Mon oeil !
a écrit le 18/02/2016 à 13:07 :
Rien d'extraordinaire, pas de quoi se réjouir!
Il suffit d'aller voir les chiffres des concurrents pour comprendre.
Concurrents qui ont globalement et depuis plusieurs années de meilleurs résultats.
Combien de centaines de millions de bénéfices perdues dans les multiples grèves passées?
Avec des abus des privilégiés: les pilotes.
Combien couteront les prochaines grèves?
Est-ce que des salariés vont à nouveau agresser leurs dirigeants avec la bénédiction des syndicats, du PC et du Front de Gauche?
Et terme d'image, quel est le cout pour la société sur le long terme, des dizaines ou des centaines de millions?
Réponse de le 18/02/2016 à 16:31 :
Votre analyse est tellement pertinente qu on se demande pourquoi l action prend 12%
a écrit le 18/02/2016 à 12:07 :
Les plans d'Air France sont de réduire le nombre d'avions, le nombre de destinations, et surtout le personnel (au moins 8000 en plus d'ici 2022).
Bien évidemment le personnel ne peut être d'accord avec ces plans là.

On peut se demander si c'est la vocation des dirigeants d'Air France de faire du transport aérien et de développer ce qui fût une des plus belles compagnies au monde, où si ce sont des comptables qui font seulement ça parce qu'on leur a proposé, que c'est bien payé et qu'ils n'ont aucune créativité dans leur logiciel.
Réponse de le 18/02/2016 à 15:21 :
Pour développer une compagnie il faut gagner beaucoup d'argent (un avion coûte 100 millions d'euros) et faire de gros bénéfices. Ce qu'AF n'arrivait pas à faire, sauf cette année où elle a gagné 100 millions (ce qui est peu pour le secteur et pas suffisant pour investir).
Les patrons d'AF veulent juste que leur compagnie ait les même coûts de structures que la concurrence ce qui n'est pas le cas. Exemple: les pilots sont payés autant que ceux de British, mais volent 20% de temps en mois. Il coûtent donc 20 % plus chers....
a écrit le 18/02/2016 à 11:57 :
Bonne nouvelle pour la compagnie mais sachant que tout est devenu payant sur AF-KLM depuis peu, cela n'a rien d'étonnant.
En plus de vendre ses places en économie sur certaines destinations ( la majorité...) beaucoup plus cher, faire payer les sièges , faire payer en eco premium les plateaux repas différenciés labelisés Le Nôtre etc... des plateaux eco standard, de faire payer les bagages sur KLM sur les vols européens et j'en passe et des meilleurs, cela est logique, non? Mais bon, J'aimerais bien voyager sur AF mais les contraintes sont devenues telles que je préfère la concurrence. Sur l'Asie, Emirates, Qatar et ANA sont top et en plus la franchise bagage va de 30 kilos à 46 alors que AF propose du 23 kilos...Bonne journée.
a écrit le 18/02/2016 à 11:44 :
Air France fait des bénéfices bécause des facteurs exogènes ,heureusement il faut un peu de chance dans la vie. C'est normal que les concurrents fassent beaucoup plus de bénéfices. Ils les doivent en plus à leurs profondes restructurations face à la concurrence. C'est comme le contribuable, son pouvoir d'achat a cru uniquement à cause de la baisse du prix de l'énergie.
a écrit le 18/02/2016 à 11:19 :
1) Dans un but de non-simplification de l'orthographe, EBITDA se dit en français EBE (excédent brut d'exploitation) 2) Personne ne semble avoir remarqué que la surtaxe carburant, qui ne devrait plus avoir lieu d'être, est toujours appliqué. Je me demande donc quel est l'objectif de cet article ? de la pub pour Air France ?
a écrit le 18/02/2016 à 9:42 :
Les prix ne diminuent pas pour les usagers par contre le service se réduit comme peau de chagrin en classe économique avec air france...il faut vraiment être patriote pour continuer à voyager avec cette compagnie.
a écrit le 18/02/2016 à 9:27 :
Oui....sauf que Lufthansa et surtout British-Iberia dégagent chacun des bénéfices qui s'approchent du milliard d'euros. Ils ont donc largement de quoi investir dans des avions plus performants et modernes. AF a sorti la tête hors de l'eau, mais elle reste malgré tout en danger en cas de tempête.
a écrit le 18/02/2016 à 9:12 :
On revient toujours à la même question centrale que personne ne pose au PDG : Air France dans sa configuration capitalistique actuelle a t elle un avenir ? Réponse après 2017...
a écrit le 18/02/2016 à 8:40 :
L'aviation, ce secteur d'avenir... en 1955.
a écrit le 18/02/2016 à 8:10 :
sauf que air france a de jolies situations de rentes vers les Dom! Les prix pratiques pour aller dans les Dom sont un veritable scandal et la France devrait ouvrir ces destinations pour la concurrence!
Réponse de le 18/02/2016 à 8:59 :
@ Markus
Air Caraïbe et Air Austral ça vous dit quelquechose ?
Réponse de le 18/02/2016 à 8:59 :
Allez un peu dans les DOM TOM POM , c est deja le cas !
Réponse de le 18/02/2016 à 9:47 :
Justement, je crois que Bercy va enquêter contre AF, Air Austral et Corsair pour entente sur les prix sur la ligne Paris-La Réunion.... Un petit cartel se serait mis en place
Réponse de le 18/02/2016 à 12:01 :
concurrence franco-française...vous parlez de concurrence??? c'est comme leclerc contre Carrefour, etc......ce n'est pas de la concurrence. Ouvrez les lignes aux compagnies européennes et étrangères...voilà de la concurrence. Cela s'appelle une rente, idem sur l'Afrique d'ailleurs.....sauf quand il y a Emirates.

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