OPINION. « Infections à Virus respiratoire syncytial du nourrisson : accélérer la prévention pour tous », par Hervé Haas, Antoine Flahault et un collectif de médecins
Dans cette tribune, plusieurs pédiatres, médecins et épidémiologistes reviennent sur la nécessité d'une prévention efficace pour la vaccination des nourrissons.
Chaque hiver, les infections à virus respiratoire syncytial (VRS) figurent parmi les épidémies respiratoires virales les plus fréquentes et les plus délétères, plus particulièrement pour les nourrissons et les personnes âgées. Elles mettent notre système de santé, notamment pédiatrique, sous tension avec des conséquences médicales, sociales et économiques encore largement sous-estimées.
Le VRS est responsable, chaque année, de plus de 40.000 hospitalisations de nourrissons de moins d’un an dont 10 % sont pris en charge par une unité de soins intensifs. Ses effets vont bien au-delà de l’épisode aigu avec des complications multiples à moyen et long terme : asthme, surinfections bactériennes sévères, otites et recours fréquent aux antibiotiques.
Ces événements infectieux et ces prescriptions répétés perturbent le système immunitaire et exposent les enfants à des traitements dont les effets indésirables — notamment sur le microbiote et le développement neurocognitif - constituent une dette de santé potentielle.
Pour les familles, la charge est lourde : arrêts de travail, stress, déplacements multiples, inquiétude face à la détresse respiratoire de leur nourrisson. Elle l’est aussi pour le système de soins : saturation des services de pédiatrie et d’urgences, reports de prise en charge d’autres patients, surchauffe de la médecine de ville. L’épidémie s’accompagne aussi d’une contamination intergénérationnelle qui expose les plus âgés à un risque infectieux accru, facteur de risque de décompensation cardiorespiratoire, d’hospitalisations, et aussi d’une perte importante d’autonomie.
Réduction drastique des hospitalisations
Depuis deux ans, une avancée majeure a permis de changer le paysage hivernal, grâce à deux stratégies de prévention : vaccination pendant la grossesse, anticorps monoclonaux administrés à la naissance ou en début de saison (immunisation directe).
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Dès la première année de déploiement, ces approches ont permis de réduire de façon drastique les hospitalisations liées au VRS et d’alléger la pression sur les équipes hospitalières. C’est une réussite incontestable, grâce à l’adhésion des parents.
La vaste étude comparative (42.000 nourrissons français), réalisée par la CNAM et l'ANSM et publiée en décembre 2025, dans une des meilleures revues scientifiques (JAMA), a confirmé l’utilité des deux stratégies dans les conditions de vie réelle, avec cependant une réduction significativement supérieure du risque d'admission en réanimation pédiatrique et du recours à l'assistance respiratoire avec l'immunisation directe du nourrisson en maternité, par rapport à la vaccination maternelle.
Ces résultats ont été confirmés par la publication très récente de l’étude espagnole (12.000 enfants), en Galice, dans le Lancet Infectious Disease, qui souligne l’intérêt majeur d’une immunisation directe infantile pour prévenir, de façon très significative, les hospitalisations et les consultations pour infections respiratoires, bronchiolites et asthme dans les 18 mois suivant l’injection, et soulager ainsi le système de santé. Ces nouvelles données doivent être intégrées aux politiques publiques pour offrir la meilleure protection possible à ces populations fragiles.
Une source d'inégalité sociale
Malheureusement, cette protection reste incomplète. Aujourd’hui, près d’un nourrisson sur deux né avant la période hivernale n’a pas encore bénéficié de cette approche préventive, alors qu’ils sont également à risque de bronchiolite. Les causes sont identifiées : information insuffisamment relayée auprès des familles, inégalités sociales et territoriales persistantes.
L’hétérogénéité des modalités d'accès est un autre facteur de complexité et de confusion pour les parents et les soignants : prise en charge intégrale et légitime de la vaccination maternelle, dans le cadre du forfait maternité, mais remboursement partiel (à 30 %) de l'immunisation directe du nourrisson – ce qui paraît incohérent alors que les données récentes confirment son impact majeur sur les formes sévères.
Un remboursement à 100 %, de toutes les options disponibles et pour tous les nourrissons éligibles au programme, nous semble aussi un signal indispensable pour favoriser une appropriation plus large par les acteurs de santé et pour réduire les inégalités d’accès.
Cette distorsion est une source d’inégalité sociale avec un reste à charge non négligeable pour les 5 à 10 % des familles françaises ne disposant pas d’une mutuelle complémentaire. Les populations les plus précaires, souvent les plus exposées aux formes graves, risquent ainsi d'être moins bien protégées. Par ailleurs, les taux d’immunisation des enfants âgés de plus de 3 mois restent toujours largement suboptimaux.
L'enjeu n'est plus de savoir si ces immunisations fonctionnent, mais comment les déployer au mieux et ne pas faire perdre des chances aux nourrissons qui pourraient en bénéficier. Il est temps d’accélérer et de changer d’échelle. Les infections à VRS du nourrisson doivent être reconnues comme une priorité de santé publique, non seulement, pour prévenir les formes aiguës et désengorger notre système de soins à des périodes où il est particulièrement en tension, mais surtout, pour préserver la santé à court terme et probablement à long terme des enfants, et éviter des coûts humains et économiques.
Cela suppose aussi d’affirmer le caractère innovant de ces stratégies de prévention. Pour cela, il nous semble essentiel que la Haute Autorité de Santé reconnaisse désormais, à la lumière des nouvelles preuves d'efficacité en vie réelle sur la prévention des soins critiques, l’importance du Service Médical Rendu (SMR) par ces innovations, afin d’ancrer le caractère essentiel de cette prévention.
Un remboursement à 100 %, de toutes les options disponibles et pour tous les nourrissons éligibles au programme, nous semble aussi un signal indispensable pour favoriser une appropriation plus large par les acteurs de santé et pour réduire les inégalités d’accès. Enfin, une communication officielle claire, reposant sur un calendrier simple et précis, est fondamentale, autant pour les parents que pour les professionnels.
Les conséquences des infections précoces à VRS ne sont plus une fatalité. Nous disposons désormais des moyens pour en limiter fortement l’impact. Ne pas les mobiliser pleinement serait un renoncement collectif. Protéger les nourrissons contre le VRS, c’est épargner des vies, protéger leur avenir, soutenir les familles, préserver les soignants et renforcer l’efficience et la soutenabilité de notre système de santé.
Dr Hervé Haas – pédiatre Infectiologue, CHU de Nice, président du GPIP (groupe de pathologie infectieuse pédiatrique) Pr Robert Cohen, coordonnateur InfoVac-France président d’honneur du GIP Pr Naim Ouldali, pédiatrie, CHU Robert Debré, Paris Pr Antoine Flahault, médecin épidémiologiste, Université Paris Cité et Hôpital Bichat Dr Olivier Rozaire, pharmacien, président URPS Pharmaciens Auvergne Rhône Alpes Dr Lise Thérin Banvillet, médecin Généraliste Dr François Sarkozy, pédiatre, Président de Tous pour la Santé). Les éventuels liens d’intérêt des auteurs sont consultables sur la base de données publiques Transparence-santé.