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OpinionsLe Blog sur le Marché de l'Art

Sans issue : enquête sur l'art palestinien

Photo de Art Media Agency

Art Media Agency

Publié le 28 juillet 2014 à 12:41 - Mis à jour le 30 juillet 2014 à 14:18

Le Quotidien Numérique

27 juin 2026

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[Art Media Agency] Le peuple palestinien tente depuis longtemps de faire entendre sa voix à travers l'art. Mais la censure et les brimades persistent pour les artistes...

Le conflit israélo-palestinien est un combat mêlant nationalisme et lutte pour la liberté. La violence incessante qui domine la région a conduit à des limitations extrêmes de liberté de mouvement pour les Palestiniens. Cette question politique  a récemment atteint le monde de l'art. Le dernier exemple en date est celui de l'artiste palestinien Khaled Jarrar qui s'est vu refuser le droit de quitter les territoires palestiniens alors qu'il essayait de se rendre au New Museum de New York pour l'ouverture de l'exposition « Here and Elsewhere ». Cet événement nous amène à nous pencher d'un peu plus près sur les artistes palestiniens, leurs inspirations, leurs soulèvements, leur visibilité et plus globalement sur l'importance que prend la scène artistique palestinienne.

Engagement local

Les racines de l'art palestinien se trouvent dans les traditions populaires, les cultures chrétiennes et musulmanes. Jusqu'en 1948, date charnière pour ce pays, la plupart des artistes étaient autodidactes et imitaient les styles européens. La Hagar Art Gallery, située à Jaffa, définit l'art palestinien actuel par trois éléments clés :

« Les artistes palestiniens résident dans quatre territoires géographiques distincts qui partagent une culture nationale en dépit des différences locales ; l'absence d'« institution palestinienne » dédiée à la formation et à la pratique artistique dans le monde, y compris sous l'autorité palestinienne et l'absence d'infrastructure telle qu'un musée historique ».

Les thèmes abordés par les artistes contemporains incluent la représentation figurative et fidèle de la patrie, la mémoire culturelle collective ou encore l'art comme symbole des mouvements de résistance politique.

En 2011, le New York Times a rapporté que les collectionneurs israéliens achetaient avec ferveur de l'art palestinien en raison des prix relativement bas comparés au reste du monde arabe. Du fait d'infrastructures trop limitées, les artistes sont maintenant obligés de regarder au-delà de leur engagement local pour obtenir une reconnaissance, qu'elle soit critique ou économique. C'est ce qu'explique l'artiste palestinien, Steve Sabella, dans sa thèse publiée en 2011 intitulée Reconsidering the Value of Palestinian Art & Its Journey into the Art Market soit « Reconsidérer la valeur de l'Art Palestinien & Son passage dans le marché de l'art ».

L'art devient une manière de faire entendre sa voix pour le peuple palestinien, qui tente de donner une autre dimension à la représentation médiatique grâce à des observations personnelles sur le conflit israélo-palestinien. De la même manière que les œuvres produites dans des régions politiquement réprimées, les artistes palestiniens sont souvent soumis à des confiscations de leurs œuvres d'art, à des refus d'octroi de licences, voire à l'incendie volontaire de leur exposition, ou encore à des surveillances et arrestations.

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Une lutte pour la visibilité

Pour visiter les États-Unis, l'artiste Khaled Jarrar a dû demander une autorisation pour entrer à Jérusalem sous contrôle israélien, afin de se rendre au consulat des États-Unis où il pouvait alors obtenir son visa pour aller à New York. Si tout était organisé pour son voyage, les autorités frontalières israéliennes ont repoussé l'artiste au pont Allenby (Jordanie), le forçant à revenir à Rammalah en Cisjordanie et lui faisant manquer le vernissage de son solo show au Whitebox Art Center. Jarrar travaille principalement avec la photographie, la vidéo et la performance, en se concentrant sur la réappropriation de son pays natal. Son œuvre la plus remarquable est sans doute Live and Work in Palestine (en cours depuis 2011), un projet dans lequel il invite des touristes auxquels il fournit un timbre de ce passeport qu'il a lui-même conçu  - comme une déclaration personnelle d'un État inexistant.

La philosophie sous-jacente à ce projet va au-delà de l'idéologie et des politiques et représente davantage un artiste qui délivre un message au monde, se réappropriant sa patrie et accueillant les étrangers. De la même manière, At the Checkpoint met l'accent sur l'expérience palestinienne du contrôle frontalier. La pièce a été exposée en 2007 au poste de contrôle de Qalandya (un des plus grands points de contrôle de Cisjordanie) - largement visible par les soldats israéliens. En dépit d'une restriction de circulation pour cet évènement, Jarrar a été exposé à l'international : Londres, Genève, Bruxelles, Paris, Tampa, Berlin, Jérusalem et Marseille.

Le long-métrage de 70 minutes réalisé par Jarrar et intitulé Infiltrators(2012) constitue une partie de l'exposition « Here and Elsewhere » réunissant des œuvres d'art arabe contemporain produites par 45 artistes originaires de quinze pays. L'exposition vise essentiellement à présenter une esthétique probablement inconnue dans la scène artistique new-yorkaise, sans labelliser le monde arabe comme une entité homogène mais plus particulièrement explorer le rôle de l'artiste comme un narrateur de l'histoire. Le commissaire d'exposition Massimiliano Gioni n'est pas le seul à offrir une plus grande visibilité à ce genre artistique.

La P21 Gallery de Londres, une organisation à but non lucratif qui promeut l'art contemporain du Moyen-Orient et l'art de la culture arabe - point d'honneur mis sur la Palestine - a pour objectif de « promouvoir le dialogue entre les artistes du monde arabe et la communauté artistique mondiale. » Cette organisation a récemment accueilli une exposition intitulée « GAZA » offrant une vision de la vie quotidienne dans la bande de Gaza, de six artistes internationaux. En laissant de côté la politique, l'exposition se concentre sur des événements festifs, la vie familiale, et la façon dont une communauté résiste aux effets de la guerre.

De la censure à la controverse

L'art palestinien provoque aussi la controverse au delà-même de sa production. Bien que l'art soit généralement considéré comme un point positif au milieu des souffrances locales, il peut aussi être utilisé comme arme politique. Ces dernières années, les thèmes nationalistes ont dominé l'art palestinien, à travers une réflexion sur les troubles incessants. L'œuvre The World is With Us: Global film and poster art from the Palestinian revolution, 1968-1980 est une récente série de projections de films et performances montrée dans des galeries londoniennes qui documente le travail de l'OLP (Organisation de libération palestinienne). Fondée dans les camps de réfugiés, l'OLP a construit des écoles, mené des programmes de recherche, financé des projets artistiques, ou encore formé des soldats.

Les images qui émanent de ce mouvement ont reçu un accueil controversé - certains le qualifiant de propagande honteuse et d'autres d'œuvres emblématiques d'une histoire qui ne doit pas être oubliée. Les affiches sont stylistiquement variées, certaines proposant des images choquantes et brutales qui renvoient à une manière plus subtile de faire la guerre, en dehors des conflits armés. Dans l'œuvre The World is With Us, figuraient des membres de l'OLP et des artistes palestiniens influents tels que Ismail Shammout (1930-2006), et Mustafa Al-Hallaj (1938-2002), qui ont remporté plusieurs prix et distinctions internationaux. Cette exposition récente n'est pas le seul événement à avoir amené l'art palestinien à être vivement critiqué.

En mai dernier, l'Hôtel de Ville d'Ottawa a présenté une exposition de l'artiste d'origine palestinienne Rehab Nazzal. Son travail, Invisible, est constitué de plusieurs photos prises entre 2006 et 2010 à Hébron en Cisjordanie dépeignant la vie de personnes vivant sous l'occupation. Suite à l'exposition, l'ambassadeur d'Israël au Canada a appelé au retrait de celle-ci, proclamant qu'elle « glorifiait la terreur » - une déclaration qui fut dénoncée dans un communiqué de presse rédigé par la délégation générale palestinienne et condamnant cette agression israélienne sur la liberté d'expression canadienne.

Khaled Jarrar et Rehab Nazzal ne sont pas les seuls artistes à devoir faire face à la censure sur la scène internationale. En 2011, l'artiste originaire de Bethléem, Larissa Sansour a été retirée de la liste du Prix Lacoste Elysée. L'artiste affirme que la maison de couture française a considéré son travail comme « trop pro-palestinien ». L'œuvre qui était selectionnée, Nation Estate, propose une représentation d'un État palestinien dans un seul appartement d'un immeuble gratte-ciel d'où les résidents recréent leurs villes perdues : soit Jérusalem au troisième étage, Ramallah au quatrième étage et Bethléem au cinquième étage. Ayant étudié l'art à Copenhague, Londres et New York, Sansour utilise différents médiums dont Internet pour diffuser son travail politiquement engagé au-delà des limites posées par les expositions internationales. Son œuvre, Nation Estate, est actuellement visible à la Wolverhampton Art Gallery et ce jusqu'au 26 juillet 2014.

Une plate-forme publique internationale

La situation en Palestine a inévitablement attiré l'attention internationale et le mur construit en Cisjordanie a été utilisé comme un support de protestation artistique, non seulement par des artistes palestiniens, mais aussi des artistes comme Banksy - bien connu pour son discours satirique sur la société contemporaine. Le travail de Banksy souligne le caractère répressif de l'existence du mur, comportant des images de fuites ou de paysages fictifs que de nombreux Palestiniens ne pourront sans doute jamais voir. Le mur mesure huit mètres de haut et s'étendra sur 700 km à son achèvement. Mis à part le projet de neuf œuvres de Banksy, il existe d'autres programmes artistiques qui visent à donner une voix au peuple palestinien, tels que le « Wall Museum » situé sur le côté nord de la tombe de Rachel. Il comprend 92 affiches relatant les histoires de femmes palestiniennes.

Le collectif Artists Without Walls (AWW) organise quant à lui des installations et des événements, en utilisant une forme de protestation artistique pacifique et de ce fait condamne l'existence du mur. L'AWW est un mouvement multiculturel qui vise à réunir les Palestiniens et les Israéliens, dans l'espoir de trouver des solutions autres que l'apartheid. À cette fin, le mur, comme une toile vierge, est devenu un terrain d'expression de l'identité palestinienne, ainsi qu'un moyen de diffuser une forme de solidarité et de soutien international.

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L'art Palestinien cherche à redéfinir une identité nationale en dehors du point de vue extérieure de la guerre qui est sans cesse relayée par les médias. Il est rare que la Palestine soit abordée par les journaux internationaux pour des événements autres que les affrontements, alors que culture artistique est florissante malgré le climat dévastateur qui l'entoure. En témoigne l'annonce récente de la présélection pour le premier long métrage d'un cinéaste palestinien lors de la Semaine de la Critique du 29e Festival international du film de Venise. Ce qui alimente le feu de la controverse autour du champ artistique palestinien est aussi la manière dont cette forme de création a été dénoncée, qui, dans la majorité des cas, était une protestation pacifique favorisant l'expression personnelle de la douleur ressentie dans le carcan de la répression.

Art Media Agency

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