"Plus tôt RBS sera privatisée, mieux ce sera"

Stephen Hester, directeur général de Royal Bank of Scotland, banque détenue à 84% par l'Etat britannique, revient sur les raisons de la nationalisation pendant la crise et expose sa stratégie de redressement. Concernant les banques irlandaises, il se déclare favorable à un partage des pertes par les détenteurs d'obligations, dont RBS fait partie, à condition de l'étaler dans le temps et de l'organiser.

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LA TRIBUNE : vos pertes se sont fortement réduites, mais RBS était encore dans le rouge en 2010 (perte nette de 1,3 milliard d'euros). L'année prochaine sera-t-elle celle du retour au profit ?
Stephen Hester : nos plans sont que 2011 sera une amélioration par rapport à 2010. En 2010, nous étions déjà profitables, selon certaines mesures. En 2011, notre objectif est d'être profitable.

La restructuration a beaucoup avancé en 2010, et la "mauvaise banque", que vous voulez fermer ou vendre, est passée de 258 milliards de livres d'actifs au début de la crise à 138 milliards actuellement. L'an dernier, vous avez notamment vendu 320 agences au Royaume-Uni, votre agence de courtage en matières premières, Sempra Commodities, ou encore Global Merchant Services, une société qui fournit des services de paiement par carte bancaire. Néanmoins, il reste beaucoup de travail, et en particulier votre branche d'assurance, qui a encore perdu beaucoup d'argent.
Notre branche d'assurance doit être vendue d'ici la fin de 2013. C'est la limite imposée par l'Union européenne. Nous n'avons pas à le faire plus tôt. L'an dernier, l'assurance a perdu de l'argent. Je crois qu'elle en gagnera l'année prochaine et nous continuons à la redresser. C'est pour cela que notre plan est de ne pas la mettre en vente avant la deuxième moitié de 2012.

D'autres dangers pèsent sur votre banque. En particulier, vous êtes très exposés en Irlande. Quelles sont vos inquiétudes concernant ce pays ?
Le consensus est que l'Irlande sortira de la récession cette année et entamera sa reprise. Notre prévision de base est que les banques qui opèrent en Irlande devraient commencer à s'améliorer.

L'Irlande est en très mauvaise situation à cause de ses banques. En particulier, le gouvernement a garanti les détenteurs des obligations "seniors" des banques au moment de la crise, ce qui lie entièrement le déficit de l'Etat aux pertes des banques. RBS possède 104 millions de livres sterling (122 millions d'euros) d'obligations dans les banques irlandaises. Acceptez-vous le principe d'une perte sur les obligations ?
Il est très important que l'industrie financière soit comme les autres industries : quand l'argent des actionnaires est épuisé, ce sont ensuite les créditeurs qui font face aux pertes. C'est normal. Je soutiens le concept d'un partage des pertes.

Mais c'est quelque chose qui doit être fait sur plusieurs années en accord avec tout le monde, de façon prévisible. Le marché peut s'adapter. Ce qui est plus compliqué est quand il y a des changements soudains et inattendus. La crise irlandaise actuelle en novembre était d'ailleurs un changement de prévisions, après un débat lancé par l'Allemagne (Angela Merkel avait évoqué le partage des pertes avec les détenteurs des obligations, provoquant la panique des marchés, Ndlr).

Il est important d'être raisonnable avec les marchés des capitaux et leur donner le temps de s'ajuster. Mais la direction est claire : l'objectif est que le soutien de l'Etat ne soit pas nécessaire pour les banques et les créditeurs doivent en accepter les conséquences. D'ailleurs, la plupart des banques (qui possèdent les obligations des banques irlandaises) ne valorisent pas ces produits à 100 cents par dollar. La question est de gérer cette stratégie de long terme tout en ayant une bonne tactique de court terme.

Contrairement à la plupart des banques, vous vous êtes largement retiré des pays émergents lors de la crise. Vous n'aviez peut-être pas le choix, puisque vous deviez vendre des actifs pour renflouer le reste. Mais n'est-ce pas un problème...
Il faut prendre le monde tel qu'il est, pas tel qu'on le voudrait. Notre boulot est de faire le mieux avec ce qu'on a. Mais il est vrai que RBS, même stabilisée, sera une entreprise à la croissance modérée ou moyenne, pas à forte croissance. Notre ambition n'est pas de conquérir le monde, mais de réussir ce que nous faisons. Hors Royaume-Uni, les deux principales zones d'opération pour nous sont la zone-euro et les Etats-Unis.

Revenons à la restructuration. Quand vous avez pris la tête de RBS, vous avez dû lancer la plus grande restructuration bancaire jamais réalisée. Quelle était votre réaction à l'époque ?
C'est vrai que c'est probablement la plus grande restructuration bancaire jamais réalisée, peut-être à égalité avec Citigroup. Mais aucune des choses individuelles que nous sommes en train de faire n'avait jamais été faite auparavant.

Un principe essentiel est qu'il faut une fondation très solide. Sinon, vous restructurez jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien. La vraie question à RBS il y a deux ans était : quels doit être le c?ur de l'entreprise, et peut-il être fort ? Mon jugement à l'époque était qu'il y avait une bonne banque cachée en dessous. Nous voyons aujourd'hui que c'était vrai. Notre "bonne" banque a fait 7,5 milliards de livres de bénéfices l'an dernier. Malheureusement, cela sert à payer une partie de la facture du passé. Mais si nous n'avions pas cela, nous aurions encore plus de pertes.

Néanmoins, quand vous êtes arrivé en octobre 2008, vous devez avoir pensé que Fred Goodwin, votre prédécesseur, était fou ?
C'est vrai que beaucoup de banques ont fait des erreurs, et RBS a fait parmi les plus grandes erreurs de toutes. Mais les erreurs n'étaient pas secrètes et étaient visibles. Après deux mois à la tête de l'entreprise, je n'ai plus eu de mauvaise surprise : je n'ai pas passé mon temps à découvrir des problèmes cachés sous le tapis. Les erreurs étaient très grosses et les plus importantes étaient connues du monde extérieur. D'ailleurs, les actionnaires avaient voté en leur faveur (référence à l'acquisition d'ABN Amro en octobre 2007, Ndlr). Ce n'est pas une excuse, mais des erreurs larges et claires peuvent être corrigées.

Les plus importantes erreurs était notamment la taille (excessive, Ndlr) du bilan, son financement, la quantité (insuffisante, Ndlr) de fonds propres, le déséquilibre entre prêts et dépôts, la dépendance aux marchés de financement à court terme... Tout cela a été réglé, et nous sommes à peu près au niveau où nous devons être là-dessus. Il nous reste encore à améliorer le c?ur de la banque.

Quand espérez-vous que le gouvernement commence à vendre sa participation dans RBS ?
Nous voudrions que le gouvernement soit en position de commencer à vendre sa participation le plus tôt possible. Cela ne pourra pas se faire en un seul morceau, parce que c'est trop gros, mais ça serait bon pour le gouvernement, pour RBS, et pour les actionnaires de RBS. Cependant, je ne crois pas que cela sera dans les prochains mois, parce que la commission bancaire doit d'abord terminer son travail. Nous devons ensuite voir si cela a un impact sur le prix de l'action, ou quelles en sont les conséquences.

Cela peut vouloir dire un début de privatisation fin 2011, début 2012 ?
Je ne peux pas contrôler cela. Je voudrais que cela soit aussi rapide que possible, suivant le rythme de la commission bancaire (qui doit remettre son rapport à l'automne, Ndlr). Je ne sais pas encore exactement quand est-ce qu'elle va publier son rapport, quel temps prendra le gouvernement pour y réagir, dans quel état sera la bourse à ce moment là... Donc, je ne peux pas être précis. Mais sur le principe : le plus tôt sera le mieux.

Craignez-vous que la commission bancaire ne recommande une séparation complète des banques d'investissement et de détail ?
C'est une vraie incertitude, qui devrait être clarifiée cette année. La commission s'intéresse à des questions très larges : la séparation des banques, mais aussi la concurrence du marché bancaire. Nous n'avons aucune idée de ce qu'elle va dire. Autour de Pâques, lors de la remise de leur rapport d'étape, nous aurons les premières informations.

En avez-vous peur ?
Il paraît probable qu'ils ne prendront pas une position extrême, parce qu'il n'y a pas de bonne justification pour les points de vue extrêmes dans ce dossier. En revanche, il est entièrement possible qu'ils prennent des décisions qui coûtent cher (aux banques).

Le fonds souverain du Qatar s'est publiquement dit intéressé par acheter une participation dans les banques britanniques nationalisées. Avez-vous eu des discussions avec eux, ou avec d'autres investisseurs ?
Non. Bien sûr, après chaque résultat, nous allons voir les investisseurs. Mais nous n'avons pas de discussions spécifiques concernant la privatisation. Ce que nous faisons est que nous présentons la banque aux investisseurs, pour qu'ils soient au courant de notre situation.

Les régulateurs, particulièrement en Europe, multiplient les nouvelles régulations. Cela devient-il difficile pour une banque basée ici de faire concurrence au niveau international ?
Il serait prématuré de conclure cela. Mais il est vrai qu'il y a des risques que les banques basées là où le régulateur est le plus dur peuvent être désavantagées.

Est-ce le cas au Royaume-Uni ?
Le régulateur britannique, la FSA, est parmi les régulateurs les plus durs au monde. Ils vont plus loin que d'autres dans de nombreux sujets. De plus, il y a une taxe internationale imposée ici. Cependant, j'ai toujours dit qu'une des leçons importantes de la crise était qu'il fallait une régulation dure. Simplement, je suis en faveur d'augmenter les standards pour tout le monde, de façon internationale.

De même, je suis en faveur de la taxe britannique sur le bilan des banques. Pendant la crise, il y a eu une subvention implicite des banques par l'Etat. Mettre en place une taxe pour retrouver une partie de cela ne me paraît pas déraisonnable. Mais quand la réforme des banques sera finie et que les banques seront plus sûres, il faudra penser à retirer cette taxe.

On sent une frustration chez vous de voir RBS être une cible de l'opinion publique.
Ce serait plus agréable si nous avions un travail plus facile. Les gens doivent comprendre qu'il n'est pas gratuit de taper sur RBS. Il y a des conséquences, sur la façon dont RBS sert ses clients, sur la possibilité de rendre l'argent à ses actionnaires... Il y a des choix à faire.

 

(interview accordée à quatre journaux européens)

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Commentaire 1
à écrit le 29/10/2011 à 10:05
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je veux savoir si mr rowland scott figure parmi l'effectif de la royal bank of scotland

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