La pression monte sur l'Espagne

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Le pays a placé pour quatre milliards d'euros de bons du Trésor à trois et à six mois ce matin, mais les deux adjudications ont été marquées par une demande moins forte de la part des investisseurs et une hausse des rendements. Plusieurs rendez-vous importants pour le pays sont attendus cette semaine.

Si les résultats de l'adjudication espagnole de ce matin n'ont rien de catastrophique, ils témoignent néanmoins de l'inquiétude des marchés face aux hésitations du pays à solliciter l'aide européenne. Alors qu'ils avaient fortement baissé après l'engagement de la Banque centrale européenne de faire "tout ce qui est nécessaire" pour protéger l'euro, les coûts de financement de l'Espagne repartent lentement mais sûrement à la hausse dans l'attente d'une demande d'aide officielle du pays. Et pour cause : seule une telle demande pourra déclencher le nouveau programme de rachats d'obligations souveraines de la BCE, que beaucoup voient comme l'outil qui permettra de définitivement endiguer la crise de la dette de la zone euro.

Des coûts d'emprunt en hausse

Le Trésor espagnol a réussi à placer pour quatre milliards d'euros de bons à trois et à six mois -il a donc atteint ses objectifs-,  mais les deux adjudications ont été marquées par une baisse de la demande et une hausse des rendements par rapport aux précédentes opérations d'échéance équivalente. Pour le "papier" à six mois, Madrid a émis 2,6 milliard d'euros, le ratio de couverture ressortant à 1,8 contre 2,2 lors d'une précédente adjudication et le rendement passant de 2,026% à 2,213% (+19 points de base). Le Trésor espagnol a également émis pour 1,4 milliard d'euros de bons à trois mois, avec un ratio de couverture de 3,3 contre 3,4 lors d'une précédente adjudication et un rendement de 1,203% contre 0,946% (+26 points de base).

Une semaine chargée

Le gouvernement espagnol présentera jeudi son budget 2013 et un nouveau plan de réformes, un ensemble perçu par les analystes comme l'avant-dernière étape avant de demander le sauvetage financier du pays. La dernière marche sera franchie vendredi avec la présentation de l'audit indépendant des banques, pour chiffrer l'aide que leur versera la zone euro, qui a promis jusqu'à 100 milliards d'euros. Madrid affirme que 60 milliards seront suffisants.

Une fois ce dossier bouclé, la quatrième économie de la zone euro aura toutes les données en main pour solliciter, comme le pressentent le marché et certains de ses partenaires, un sauvetage plus large auprès des fonds de secours européens, déclenchant ainsi l'action de la Banque centrale européenne (BCE).

Politique de rigueur

L'équipe gouvernante poursuit sa politique de rigueur, qui doit rapporter plus de 150 milliards entre 2012 (62 milliards), 2013 et 2014 (50 milliards). Au menu de 2013: l'effet de la hausse de la TVA et d'autres impôts, pour ramener 15 milliards, tandis que près de 7 milliards sont attendus des coupes dans les régions, qui gèrent les budgets de la santé et de l'éducation. Le reste des économies proviendra de la réduction des allocations chômage et d'aides sociales, ainsi que du gel des embauches dans la fonction publique.

Un gel des pensions de retraite?

Il faudra sans doute aller plus loin: "pour réussir à être crédible face aux marchés, ce qui est l'objectif ultime du gouvernement, il semble difficile de ne pas toucher aux pensions de retraite, qui représentent 25% de la dépense totale", estime Juan Ignacio Conde Ruiz, sous-directeur de la Fondation d'études d'économie appliquée (Fedea).

La promesse électorale de revaloriser les retraites selon l'inflation coûterait "3 à 3,5 milliards d'euros" selon M. Conde Ruiz, de quoi rendre impossible la réduction du déficit de 8,9 à 6,3% du PIB en 2012. "Il n'aura pas les moyens de le faire", estime Jesus Castillo, spécialiste de l'Europe du Sud chez Natixis, "donc il ne faudrait pas être surpris d'avoir un gel des pensions", voire une baisse pour ramener le déficit à 4,5% en 2013.

De nouvelles réformes pour stimuler l'activité des entreprises et les exportations

Jeudi sera aussi présenté un nouveau train de réformes, négocié avec Bruxelles, pour stimuler notamment l'activité des entreprises et les exportations. Selon l'annonce du budget et ce nouveau train de réforme constituerainet l'étape préalable à la demande de sauvetage. "L'idée est d'anticiper les conditions qu'aurait cette aide, donc de les introduire dès maintenant dans le budget", ce qui est "politiquement moins nocif", souligne Juan Ignacio Conde Ruiz.

"Le sauvetage doit être déjà négocié et le budget doit incorporer une partie de cette négociation", renchérit Javier Diaz-Gimenez, professeur à l'IESE Business School: "l'idée, en présentant le budget avant (la demande d'aide, ndlr) est de donner l'impression que les décisions ont déjà été prises" et que de nouvelles conditions ne sont donc pas nécessaires.

Moody's pourrait placer l'Espagne en catégorie spéculative

Si le pays ne convainc toujours pas, la sanction peut tomber très vite. Moody's, qui pourrait être la première agence de notation à placer l'Espagne en catégorie spéculative, a jusqu'à dimanche pour se décider.

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a écrit le 26/09/2012 à 6:48 :
La disparité des compétitivités à l'intérieur de l'Union Monétaire est surtout due à des facteurs naturels et immuables (taille du marché intérieur, position géographique, topographie, climat, ressources et richesse naturelles (matières premières), taille du pays, etc, etc.)
S'il est vrai que la France et l'Allemagne pourraient arriver à une compétitivité comparable il n'en est pas de même pour d'autres pays de la zone Euro.
Des pays aussi peu industrialisés que le Portugal, la Grèce et autres ont donc peu de chance d'arriver à la même compétitivité que l'Allemagne (à moins de devenir des paradis fiscaux).
Leur demander d'augmenter leur compétitivité par le dumping social et par le dumping des salaires et illusoire. Des pays comme la Chine, l'Inde et autres pays asiatiques ne peuvent être égalés en ce qui concerne le dumping social.
Seule solution, les accords doivent être modifiés de façon à permettre aux pays ainsi désavantagés de développer et de protéger leur économie contre des économies plus fortes afin d'arriver au sein de l'Union Monétaire à une plus grande convergence des économies.
Il est aussi important d'arriver à un partage horizontal du travail pour éviter l'exil de jeunes, souvent hautement qualifiés, pour cause de chômage dans les pays périphériques.
Il faut tenir compte de la réalité, l'Allemagne étant le pays économiquement le plus fort de la Zone Euro a pu profiter de l'endettement des autres pays pour développer son industrie aux dépens des autres économies de la Zone Euro.
L'exemple allemand restera espérons le une exception, il nous faut maintenant trouver un remède au mal et aux préjudices causés aux autres économies!
Réponse de le 26/09/2012 à 13:58 :
Depuis environs 18 ans l'Allemagne a un excédent de la balance commerciale de 16 Milliards PAR MOIS en moyenne. Excédent réalisé principalement en Zone Euro et grâce à l'endettement des pays importateurs de biens allemands (y compris l'armement pour la Grèce). Malheureusement les bénéfices ainsi réalisés par les grosses entreprises allemandes ont très souvent été réinvestis en dehors de la Zone Euro, avec pour conséquence le chômage des jeunes dans les pays déficitaires.

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