L'avenir des fintech (4/4) : quel pays représente le meilleur berceau pour ces jeunes pousses ?

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Une récente étude du cabinet d'audit EY a érigé Londres en capitale mondiale de la fintech, avec 6,6 milliards de livres (7,9 milliards d'euros) de chiffre d'affaires réalisé dans ce secteur en 2015.
Une récente étude du cabinet d'audit EY a érigé Londres en capitale mondiale de la fintech, avec 6,6 milliards de livres (7,9 milliards d'euros) de chiffre d'affaires réalisé dans ce secteur en 2015. (Crédits : Reuters)
Le Brexit pourrait fragiliser la prédominance de Londres, capitale mondiale des fintech. Paris, Berlin, Luxembourg ou encore Dublin se mettent en ordre de bataille pour lui succéder.

Un créateur de fintech, c'est un peu comme un futur papa (ou maman). La prochaine arrivée de sa progéniture soulève nombre de questions chez un jeune parent, en particulier celle de la localisation de la crèche, puis, très vite, de l'école maternelle. De la même façon, l'entrepreneur qui monte sa startup spécialisée dans les technologies financières va réfléchir au pays, à la ville, qui constituera le meilleur berceau pour sa société.

Il n'y a pas si longtemps encore, Londres avait de fortes chances d'être son premier choix. De fait, une récente étude du cabinet d'audit EY a érigé Londres en capitale mondiale de la fintech, avec 6,6 milliards de livres (7,9 milliards d'euros) de chiffre d'affaires réalisé dans ce secteur en 2015, contre 5,6 milliards à New York et 4,7 milliards en Californie.

Il faut dire que, non contente d'être de longue date l'une des principales places financières du monde, et la première d'Europe, Londres est devenue, ces dernières années, la capitale digitale de l'Europe, avec plusieurs milliers de startups, dont une quinzaine de « licornes », ces jeunes pousses valorisées plus d'un milliard de dollars. Et ce, en bonne partie grâce à un régulateur compréhensif et proactif à l'égard de ces nouveaux entrants dans l'industrie financière.

La possible perte du passeport européen

Mais le Brexit pourrait bien changer cette donne. En effet, la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne (UE) risque de faire perdre leur passeport européen aux sociétés de services financiers en général, et aux fintech en particulier. Ce précieux sésame permet à nombre d'entre elles, notamment aux jeunes pousses spécialisées dans les paiements et les transferts d'argent, d'exercer leur activité dans l'ensemble de l'UE, dès lors qu'elles sont agréées par le régulateur de l'un des 28 pays membres. Et, partant, de bénéficier d'un accès simplifié aux quelque 500 millions de consommateurs de l'UE.

« A l'heure actuelle, nous sommes agréés par la FCA (Financial Conduct Authority, le gendarme financier britannique) et nous portons cette licence dans d'autres pays européens. Mais, demain (en raison du Brexit), nous devrons peut-être obtenir aussi une licence dans un pays restant dans l'UE, comme la France ou l'Allemagne. Cela n'apporterait aucune valeur ajoutée pour nos clients, car nous dépenserions beaucoup de temps et d'énergie à refaire ce qui est déjà en place »,

expliquait récemment à La Tribune Octave Auger, directeur Europe au sein de la fintech londonienne GoCardless, spécialisée dans les prélèvements Sepa. Même son de cloche chez Azimo, une fintech britannique spécialisée dans le transfert d'argent, dont les cofondateurs - Michael Kent et Marta Krupinska - qualifient le Brexit de « coup dur porté au secteur des services financiers de Londres » et « prévoient le déménagement de nombreux acteurs vers des cieux européens plus favorables, comme Paris, Francfort, Amsterdam ou Dublin. »

Le problème de la libre circulation des personnes

Au risque de la perte du passeport européen s'ajoute, pour les fintech londoniennes, celui que la capitale britannique devienne moins attrayante pour les talents étrangers, compte tenu des conséquences possibles du Brexit sur la libre-circulation des personnes. Or près d'un quart des fintech membres de l'association professionnelle britannique Innovate Finance sont dirigées par des patrons d'Europe continentale. Et ces derniers emploient nombre de développeurs et autres salariés venus des quatre coins de l'Europe, les embauches de citoyens britanniques ne suffisant pas à combler les besoins de main d'œuvre d'un secteur qui crée des emplois à un rythme très rapide.

Face à toutes ces éventualités créées par le Brexit, une dizaine de fintech londoniennes employant chacune entre 10 et 18 personnes ont déjà pris langue avec Berlin Partner, a indiqué le 18 juillet cet organisme chargé de promouvoir les investissements dans la ville allemande. Cette dernière met notamment en avant son dynamisme en matière de création de fintech, un coût de la vie qui n'a rien de prohibitif, ainsi que l'usage très répandu de la langue anglaise.

Un atout que Berlin partage avec Dublin et Luxembourg. A cet égard, Paris semble moins évidente, mais la capitale française s'est, elle aussi, placée en mode séduction à l'égard des fintech londoniennes, vantant sa main-d'œuvre qualifiée en finance et en « data sciences », ainsi qu'une réglementation désormais plus souple et accueillante. La bataille pour devenir « la » capitale européenne de la fintech est lancée.

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Commentaires
a écrit le 05/09/2016 à 22:08 :
On a aussi à faire à une population vieillissante, pas en raison de l'age, mais de l’état d'esprit. Il suffit de voir la montée des conservatismes et autres nationalismes.

Les politiques, ou l'absence de politique, y sont pour beaucoup. Il est plus facile d'agiter les peurs et le tout sécuritaire, que d'aller convaincre des entrepreneurs et des investisseurs. On construit depuis des années un camp retranché, au lieu de bâtir une société d'avenir.
a écrit le 01/09/2016 à 8:45 :
Citoyen blase.
L'Asie est pleine de ressources pour celui qui est entreprenant. Une societe est operationelle en quelques heures apres de demarches ultra simples.'L'Europe est une vieille idee avec une gerontocratie aux manettes, a eviter.
a écrit le 29/08/2016 à 11:03 :
Personnellement je préfèrerais m'installer dans un pays qui n'est pas sous la tutelle incompétente de l'oligarchie européenne et de ses décisions économiques stupides et grégaires, le brexit c'est dans 5 ans qu'il faudra en reparler, à savoir quand le "made in england" sera particulièrement à la mode tandis que tous les autres pays européens seront enlisés dans le marasme économique généralisé d'une institution incapable de se soucier du bien de ses peuples car les ayant totalement dénigré.

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