Près de 4 milliards de dollars en bitcoin volatilisés, la fraude Africrypt en passe de battre un record

Les fondateurs d'une plateforme de trading en cryptomonnaies, deux frères sud-africains de vingt ans, sont soupçonnés d'avoir prétexté un piratage informatique pour détourner les fonds placés par leurs clients. Les deux entrepreneurs ont démenti, selon la BBC. Avec le pic du bitcoin en avril dernier, la tentation de la fraude culmine.
Jeanne Dussueil

5 mn

L'un des deux frères informe par email les clients de cette plateforme créée en 2019 qu'elle a été victime d'un piratage. « Dans l'immédiat, l'étendue de l'attaque sur les données personnelles des clients n'est pas claire pour nous », écrivait-il.
L'un des deux frères informe par email les clients de cette plateforme créée en 2019 qu'elle a été victime d'un piratage. « Dans l'immédiat, l'étendue de l'attaque sur les données personnelles des clients n'est pas claire pour nous », écrivait-il. (Crédits : Dado Ruvic)

Après « la plus grosse saisie de cryptomonnaies au monde » cette semaine, « l'affaire Africrypt » pourrait être la plus grosse fraude au bitcoin de l'histoire de cet actif numérique, depuis sa création en 2009. Cette fois-ci, elle concerne deux frères sud-africains, les fondateurs d'une plateforme de trading en cryptomonnaies basée sur la côte Est du pays, à Durban et qui, du jour au lendemain, se sont volatilisés après la disparition de 3,6 milliards de dollars, ou 69.000 bitcoins (rapportés à son cours le plus haut en avril dernier à plus de 64.000 dollars), a rapporté Bloomberg. Les deux frères, par la voix de leur avocat, ont démenti toute implication dans ce « braquage », selon la BBC.

A titre de comparaison, en 2019, les fraudeurs sur ces monnaies numériques échangés via la technologie décentralisée de la blockchain, avaient réussi à capter 4,3 milliards de dollars sur l'ensemble de l'année, selon les données du cabinet de consultants Chainalysis. Dans un second rapport, des fraudes de "seulement" plusieurs dizaines de millions de dollars avaient été recensées par le cabinet CipherTrace en 2020. Aussi, outre les autres activités illégales (blanchiment, échanges sur le darknet), cette fraude d'Africrypt, si elle est confirmée par l'enquête, pourrait battre un record.

Tout commence au printemps 2021, tandis que le cours du bitcoin est en pleine forme, porté par ses figures de proue tel Elon Musk pour Tesla, mais aussi par des acteurs traditionnels (Goldman Sachs, BNY Mellon, Credit Suisse) qui lui reconnaissent un intérêt pour leurs clients investisseurs, l'un des deux frères, le chief operating officer, informe les clients de cette plateforme créée en 2019 qu'elle a été victime d'un piratage. « Dans l'immédiat, l'étendue de l'attaque sur les données personnelles des clients n'est pas claire pour nous », écrivait-il. Dans cet email que rapportent les médias locaux, il leur demande alors de ne pas reporter l'incident aux autorités légales, car ces derniers pourraient ralentir le processus de récupération des fonds volatilisés, raconte Bloomberg. En avril, la plateforme est fermée par ces frères âgés d'un vingtaine d'années.

Mais des investigations sont menées et certaines montrent que les fonds ont été transférés et mélangés à d'autres portefeuilles pour les rendre potentiellement plus difficilement retraçables. Selon la presse locale, les frères Ameer et Raees Cajee auraient même quitté l'Afrique du Sud.

Une année propice

Si ce dernier vol atteint un tel niveau, c'est aussi parce que le bitcoin, la star des cryptomonnaies pour laquelle 85% des crypto-boursicoteurs américains s'étaient laissés séduire en mars 2021, selon TradingPlatforms.com, a pris une valeur considérable, en plein pendant la crise du Covid-19 (+800% entre le début de l'année et avril 2021). De même, le développement de la « DeFI », pour decentralized finance (finance décentralisée), capable de réaliser des transactions accessibles à tous, synchronisées, transparentes, en alternative à la finance traditionnelle, et qui augmente mécaniquement le montant des crypto-placements. En 2020, les piratages sur ces échanges ont ainsi représenté 21% du total des vols en crypto en volume, selon CypherTrace.

Aussi, l'Afrique du Sud pourrait durcir sa régulation en matière de cryptomonnaies. Déjà en 2020, une fraude impliquait 23.000 bitcoins pour un total de 1,2 milliard de dollars, rapportait Chainalysis.

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La nature des fraudes évolue

En France, une autre affaire de fraude a éclaté cette semaine entre la société Binance, une plateforme chinoise d'investissement en cryptomonnaie et une association basée dans la banlieue de Dijon, en Bourgogne. Là-aussi, plusieurs milliers de membres de cette association ont été prévenus par un courriel du président-fondateur que les fonds confiés se sont volatilisés après que "le portefeuille de crypto-actifs" ouvert par l'association sur la plateforme spécialisée Binance été "réinitialisé".

La première affaire de fraude retentissante sur le bitcoin est d'ailleurs du fait d'un Français. En 2015, Mark Karpelès, fondateur de la plateforme Mt Gox est incarcéré par les autorités japonaises, soupçonné d'avoir fait disparaître 390 millions de dollars, selon les taux d'échanges à l'époque.

Montré du doigts par les autorités comme étant l'outil ou le véhicule financier des criminels, le bitcoin cède en effet à toute la panoplie des fraudes prééxistantes dans le monde monétaire classique.

Début mai, le réseau de hackes DarkSide a extorqué plus de quatre millions de dollars à l'opérateur américain d'oléoducs Colonial Pipeline, qui transporte près de la moitié des produits pétroliers américains depuis le Golfe du Mexique vers la côte est des Etats-Unis. Mais développé selon une règle du semi-anonymat, le bitcoin a permis aux autorités américaines de remettre la main sur plus de la moitié de la rançon, ont-elles indiqué, en suivant les traces laissés sur la blockchain publique.

Selon un rapport de Chainalysis de février, les transactions en cryptomonnaies à des fins illégales ont atteint 10 milliards de dollars en 2020, soit seulement 1% du total de l'activité des cryptomonnaies l'année dernière et moitié moins que l'année précédente.

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Jeanne Dussueil

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Commentaires 4
à écrit le 27/06/2021 à 10:21
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Le bitcoin devient vraiment une monnaie comme les autres donc.

à écrit le 26/06/2021 à 19:53
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J'ai des coquillages à vendre. Recherche gogos. Il ne doit certainement pas en manquer. Je sens la fortune proche.

à écrit le 26/06/2021 à 16:14
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Des petits joueurs les frères Cajee sud-africains de papier car le dijonnais Mark Karpelès a réussi à faire un tour de prestidigitation en faisant disparaître 850 000 bitcoins en 2014 soit 22,1 milliards USD au dernier cours Coinbase de 25 978,81 ...

à écrit le 26/06/2021 à 16:00
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mort de rire de voir tous ces gogos qui achetent des trucs qui ne valent rien sans se poser les bonnes questions! et c'est pas fini

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