Pourquoi, face à des risques majeurs, les marchés restent complaisants

Trump annonce des droits de douane sur tous les produits mexicains
JONATHAN ERNST

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JONATHAN ERNST
Les marchés financiers font preuve d'une trop grande complaisance face aux menaces d'ampleur qui planent sur eux et ne se limitent pas aux vives tensions entre les États-Unis et leurs principaux partenaires commerciaux, dit-on chez Allianz Global Investors.
"Nous ne sommes pas fondamentalement inquiets pour le marché du crédit mais la corrélation historique actions-crédit fait qu'il faut être prudent", ajoute-il.
Les tensions entre Washington et Pékin sur le commerce entraînent bien quelques poussées de volatilité mais d'autres risques, notamment la perspective du divorce entre la Grande-Bretagne et l'Union européenne, sont clairement sous-estimés, selon Franck Dixmier.
"Il n'y a rien de bon à attendre et il est totalement illusoire, du côté britannique, de penser qu'on peut renégocier un accord. L'accord est fait et les Européens ne bougeront plus d'une semelle."
Si les résultats des élections européennes sont favorables au marché, notamment parce que la percée des forces hostiles à la construction européenne a été contenue, des risques persistent cependant, du côté de la Grande-Bretagne mais aussi de l'Italie, ajoute l'expert d'Allianz GI.
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Franck Dixmier dit ne pas croire que le bras de fer entre le vice-président du Conseil Matteo Salvini (Ligue, extrême droite), sorti grand vainqueur du scrutin, et la Commission européenne puisse aboutir à des sanctions contre l'Italie pour déficit excessif.
Le problème de la dette italienne ne va pas s'en aller pour autant, avec des tensions à prévoir sur les écarts de rendement ("spreads"), ajoute-t-il.
L'affrontement commercial entre les États-Unis et la Chine est également appelé à durer, selon lui.
"La problématique commerciale va nous accompagner pendant des années. L'évolution de la rhétorique côté chinois ces dernières semaines ne laisse augurer rien de bon. Dans les médias chinois, on ne parle plus de tensions commerciales mais de guerre commerciale", dit-il.
Même si Donald Trump pourrait avoir intérêt à arracher une forme d'accord pour ne pas compromettre ses chances d'être réélu, l'affrontement ne se poursuivrait pas moins par la suite, fait valoir pour sa part Vincent Marioni, directeur des investissements crédit Europe pour Allianz GI.
Malgré tout cela, les marchés font preuve d'un étonnante sérénité, notamment du côté des actions, constate Franck Dixmier.
"Les marchés sont complaisants d'une manière générale vis-à vis des niveaux de risques, en raison d'une part du filet de sécurité des banques centrales, et de l'autre de l'effet Trump. Il va entrer en campagne incessamment et il a besoin d'un marché actions haussier et de résultats pour espérer être réélu", dit-il.
"Il y a donc ces deux facteurs qui sont à l'œuvre qui expliquent cette espèce de complaisance. Si les marchés de taux intègrent les risques au niveaux des taux cœurs, c'est-à-dire les Treasuries américains et le Bund allemand, les marchés actions par contre, sont extrêmement résilients, notamment aux États-Unis avec une volatilité implicite sur le S&P 500 qui reste en dessous de sa moyenne annuelle."
Le virage opéré par la Réserve fédérale américaine, qui a clairement laissé entendre en mars dernier que son cycle de resserrement monétaire était terminé, a une incidence plus nette sur le marché du crédit, où il favorise la recherche du rendement par un retour sur les actifs les plus risqués comme la dette d'entreprise classée en catégorie spéculative ("high yield"), explique pour sa part Vincent Marioni.
"Il y a un changement d'état d'esprit avec le changement de contexte au niveau des banques centrales puisque vous savez aujourd'hui que vous n'aurez pas forcément des niveaux plus attractifs à horizon 6-12 mois sauf s'il y avait récession, avec un risque sur la partie basse du crédit, ce qui n'est pas notre scénario.
"Les investisseurs sont aujourd'hui pris en tenaille entre ce besoin de rendement, que vous allez difficilement trouver ailleurs et que vous n'avez plus l'espoir de trouver dans 6-12 mois en raison de l'évolution des taux. En même temps, ils ne sont pas tous très à l'aise parce que l'économie ralentit, qu'il y a toujours cette crainte sous-jacente d'une entrée en récession et que les prix ont monté."