Non, l'ancien patron de Corona n'a pas rendu riche tout son village

Antonino Fernandez Rodriguez aurait légué plus de 2 millions d'euros à chacun des habitants de son village natal, selon de nombreux médias qui ont relayé l'information, pourtant fausse.
Laszlo Perelstein
La vie d'Antonino Fernandez Rodriguez reste toutefois exemplaire et inspirante.
La vie d'Antonino Fernandez Rodriguez reste toutefois exemplaire et inspirante. (Crédits : REUTERS/Edgard Garrido/File Photo.)

C'était trop beau pour être vrai. Devenu milliardaire après avoir dirigé l'entreprise derrière la bière mexicaine la plus vendue au monde, Corona Extra, Antonino Fernandez Rodriguez, fils d'une famille pauvre espagnole, lègue à son décès quelque 198 millions d'euros aux 84 habitants de son village, Cerezales del Condado (nord-ouest), les rendant tous millionnaires. Reprise par plusieurs médias, dont le Daily Mail, The Independant (qui a depuis supprimé l'article, toujours accessible via le cache de Google) mais également Atlantico et le site de la chaîne d'informations en continu LCI, l'histoire réunissait tous les ingrédients du parfait conte de fées. Rien ne prouve pourtant qu'elle soit avérée, comme le souligne l'International Business Times dans une mise à jour de son article initial.

Interrogé par le journal, le conseil municipal de Vegas del Contado - la municipalité à laquelle est rattachée le village de Cerezales del Condado, située dans la province de León - a déclaré que les donations du milliardaire ont en effet bénéficié à la région, mais qu'il n'est aucunement vrai que des villageois sont devenus millionnaires.

"Ce n'est simplement pas vrai, malheureusement. Il semble que quelqu'un a mal compris l'information et l'histoire a grandi, grandi. C'est devenu incontrôlable", a déclaré au journal Local Spain Lucia Alejos, de la Fundación Cerezales Antonino y Cinia, un centre culturel fondé par Antonino Fernandez Rodriguez, dans des propos traduits par The Independant, qui a consacré un nouvel article au sujet, soulignant cette fois-ci le caractère erroné de l'information.

Une vie inspirante

La vie d'Antonino Fernandez Rodriguez reste toutefois exemplaire et source d'inspiration. À force de dur labeur, ce onzième enfant d'une fratrie de treize, né en Espagne de parents agriculteurs, immigre au Mexique après la guerre civile. Là-bas, il gravit les échelons dans le groupe de brasserie Grupo Modelo.

"Il venait d'une famille d'agriculteurs et était policier à León. Il s'est ensuite marié à Cinia [González Díez], une nièce de Pablo Diez, l'un des fondateur de Grupo Modelo, qui était également de León", a raconté Pilar Infiesta, éditeur au journal local Diario de Léon, à la BBC qui a consacré un portrait à l'homme dans lequel il n'est fait aucune mention d'importantes sommes laissées aux villageois de son lieu de naissance.

Bien qu'il ait dû abandonner l'école à 14 ans, Antonino Fernandez Rodriguez parvient à être nommé à la tête du groupe, exerce pendant 26 ans en tant que PDG de la société (de 1971 à 1997) et contribue au succès de la Corona Extra. Il reste jusqu'en 2005 président du conseil d'administration, puis est nommé président d'honneur du groupe. Après une vie bien remplie au cours de laquelle il a fait montre de philanthropie - il a été récompensé plusieurs fois en ce sens, notamment par le roi d'Espagne Juan Carlos -, il décède à 98 ans, le 31 août 2016. Sa vie loin de l'Espagne ne lui a jamais fait oublier ses racines et il a notamment fait construire dans son village en 2008 une fondation pour le transfert des connaissances et de l'éducation éthique. Décédé sans enfant, il a légué une part importante de sa fortune à ses neveux.

Laszlo Perelstein

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