La décision du Premier ministre de mettre « à l'arrêt » le troisième plan Ecophyto, annoncée le 1er février pour calmer les agriculteurs en colère, a été une douche froide pour les défenseurs de l'environnement. Mais son intention de « mettre en place un nouvel indicateur » les a autant, voire davantage, tétanisés. D'autant plus que quelques jours plus tard, dans La Tribune Dimanche, le ministre de la Transition écologique, tout en relativisant la suspension de la stratégie française visant à réduire de 50 % l'usage des pesticides d'ici à 2030, confirmait la volonté du gouvernement de revoir son outil de mesure historique.
Depuis son lancement en 2008, au lendemain du Grenelle de l'Environnement, le plan Ecophyto se fonde en effet, pour évaluer les progrès dans le recours en France aux produits phytosanitaires, sur le Nodu (Nombre de doses unités). Défini avec l'ensemble des parties prenantes, cet indicateur complexe revient à diviser la masse de substances phytopharmaceutiques vendues par une dose maximale homologuée par application et par substance.
Il mesure donc le « nombre moyen de traitements (annuels, ndlr) », explique sur son site le ministère de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire. Et il tient compte de l'efficacité de chaque substance, souvent liée à sa dangerosité, et des volumes qu'il en faut pour un même résultat, souligne Corentin Barbu, chercheur à l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae). Entre 2009 et 2018, il est passé de 82 à 120,3 millions, mais il est revenu à 85,7 millions en 2021. Le gouvernement voudrait le réduire à 50 millions en 2030.