Prêt garanti par l'Etat : Conforama très inquiet du silence des banques

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(Crédits : Reuters)
Le numéro trois français de l'ameublement a effectué une demande de Prêt garanti par l'Etat pour surmonter les difficultés économiques provoquées par le crise sanitaire. Celui-ci n'a pas été refusé mais les discussions avec les différentes banques partenaires (HSBC, Crédit du Nord, LCL et BNP Paribas) sont au point mort. Les syndicats dénoncent, en particulier, le désengagement de BNP Paribas dans ce dossier.

Les petites entreprises ne sont pas les seules à rencontrer des difficultés pour obtenir un Prêt garanti par l'Etat (PGE), dispositif commercialisé par les banques commerciales depuis le 25 mars dernier pour aider les sociétés à faire face à leurs problèmes de trésorerie provoqués par la crise du coronavirus. Les syndicats Force Ouvrière, CGT et CFE-CGC de Conforama ont alerté dans des communiqués distincts samedi 16 mai sur les difficultés d'accès de l'enseigne à un prêt garanti par l'État, une des quatre banques, BNP Paribas se faisant "tirer l'oreille".

Lire aussi : Le prêt garanti par l'Etat, comment ça marche ?

"Qui veut détruire Conforama et 30.000 emplois?" lance FO, qui note que "Conforama commençait à aller mieux après une restructuration lourde" lorsque le confinement "a mis à bas tous les efforts des salariés déjà traumatisés par un PSE pour 1.900 d'entre eux".

L'enseigne, qui compte 9.000 salariés en France (dont dépendent environ 20.000 emplois chez ses fournisseurs et fabricants) a fait appel à l'État à travers le Comité Interministériel de Restructuration Industrielle (CIRI) pour obtenir un prêt garanti par l'Etat, dispositif mis en place pour les entreprises ayant souffert de la crise sanitaire. Le montant de ce prêt (pouvant représenter trois mois de chiffre d'affaires) n'a pas été révélé, mais selon l'activité de Conforama avant le confinement, celui-ci pourrait tout à fait s'élever à plusieurs centaines de millions d'euros.

Exigence de "garanties incroyables"

"BNP Paribas s'est distinguée le 15 mai en ne participant pas, sans aucune explication, à une réunion organisée par le CIRI, preuve évidente d'un désengagement qui ne veut pas dire son nom", indique FO.

Pour sa part, la CFE-CGC souligne que "depuis le début des négociations cette banque fait défaut et exige des garanties incroyables et l'État fait le maximum", passant sa garantie de 80% à 90%. "Cette banque semble avoir oublié qu'elle a bénéficié de l'argent de l'État pour un sauvetage à plus de 5 milliards en 2008 !", proteste le syndicat des cadres.

Selon lui, "dans quelques jours et sans réponse favorable, la société Conforama devra passer par la cessation de paiement d'après ses dirigeants". "A quoi joue la BNP Paribas?", interroge la CGT. Le syndicat demande au gouvernement "d'agir afin de ramener BNP Paribas à la raison".

BNP Paribas rejette les accusations

Pour sa part, la banque a rejeté les accusations dans une déclaration envoyée à l'AFP. "Bien que BNP Paribas ne soit pas la banque de Conforama France, nous avions néanmoins récemment accepté de participer aux échanges à la demande du CIRI en support de ce dossier en restructuration depuis plusieurs années", rappelle-t-elle. "Si un nouveau projet industriel et commercial, de long terme et mobilisant les actionnaires actuels ou de nouveaux actionnaires, devait se dessiner, BNP Paribas l'examinerait", a-t-elle souligné.

La banque a assuré que ses équipes sont "mobilisées depuis les premiers jours de la crise afin de trouver des solutions pour ses clients" et qu'elle a traité à ce jour plus de 51.000 demandes de prêts garantis par l'Etat (PGE) pour plus de 12,4 milliards d'euros.

Des discussions au point mort avec les autres banques

Dans Les Echos, Marc Ténart, le directeur général du groupe, dénonce quant à lui, le mutisme des quatre grandes banques partenaires : HSBC, Crédit du Nord, LCL et BNP Paribas. "Marc Ténart s'alarme de la suspension des discussions. Tant du côté des quatre banques partenaires, HSBC, Crédit du Nord, LCL et BNP Paribas, que du Ciri c'est silence radio", écrit le quotidien économique.

La fédération CGT du commerce et des services rappelle que Conforma, "affaibli depuis 2017 à cause des difficultés financières de sa maison mère, le Sud-Africain Steinhoff" a mis en oeuvre un plan de sauvegarde de l'emploi homologué le 27 février dernier, qui "ne pourra être financé si le prêt n'est pas accordé".

"Sans ce prêt garanti, Conforama risque d'être livré à un repreneur rapace qui s'empressera de découper en tranches notre entreprise (...) la fin d'une entreprise plus que cinquantenaire plébiscitée par les Français", s'indigne FO. Interrogé, le ministère de l'Economie s'est refusé à tout commentaire.

Plusieurs grands groupes tricolores ont déjà obtenu un PGE. Les enseignes de bricolage Castorama et Brico Dépôt se sont vues accorder un prêt de 600 millions d'euros garanti par l'État français pour faire face aux conséquences du coronavirus. Touchée de plein fouet par la crise, Air France a aussi obtenu un PGE d'un montant de 4 milliards d'euros. La Commission Européenne a également donné son accord à l'octroi d'un prêt garanti par l'Etat à Renault de 5 milliards d'euros.

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a écrit le 19/05/2020 à 0:16 :
Il est tout à fait normal pour une banque privée qui n'a pas comme client une entreprise, ne participe pas à son sauvetage. Mais il semble qu'il n' y a pas que l'ancienne banque d'état BNP qui fait la sourde oreille, sans doute car les bilans ne doivent pas être fameux. Si Conforma disparait, d'autre vont prendre sa place et sa part de marché. Pourquoi les concurrents ne lancent-t-ils pas une OPA sur Conforma ?

C'est là où l'on se rend compte qu'il manque une vraie banque commerciale d'état.
a écrit le 18/05/2020 à 8:40 :
La financiarisation de l'économie a été pour les banques le moyen de prendre le control de notre économie, avec un droit de vie et de mort sur nos entreprises. La démocratie se voit dépossédé de ses pouvoirs de décision par le jugement arbitraire de la finance.
Réponse de le 18/05/2020 à 12:01 :
Vous confondez en parlant de financiarisation. Pas d'idéologie svp. Les prêts garantis par l'état s'appliquent à des sociétés normalement portantes avant la crise, ce qui n'était pas le cas de Confo, qui luttait déjà pour sa survie. L'attitude des banques est normale.
Réponse de le 23/05/2020 à 7:57 :
Les banques qui gèrent les dossiers de demande de prêt peuvent ralentir, voir en bloquer le traitement. Ces banques sont dans un conflit d'intérêt puisqu'elle sont aussi des centres financiers qui paries en bourse sur la santé des sociétés. Le mélange des genres abouti à une possible manipulation des marchés par les banques, ce qui c'est déjà vérifié à plusieurs reprise (manipulation du LIBOR par ex.). Le fait que l'état laisse nos entreprises affaiblies dans les mains de spéculateurs privés est très dangereux pour nos intérêts économiques. Ces prêts devraient être gérés par le trésor public.
a écrit le 17/05/2020 à 19:01 :
Socialisons les pertes et privatisons les profits ! Les néolibéraux pleurnichent auprès des états et des banques centrales oubliant leurs morgues arrogantes du temps des profits, les parachutes dorés, les dividendes confiscatoires, les rachats d'action etc. Ils traitent de communiste toute remise en cause du Système mais se délectent d'une économie administrée et shootée par les Banque Centrales.
En 2008 il fallait sauver les banques pour sauver l'économie, en 2020 on sauve les entreprises pour sauver l'économie. Quand sauvera-t-on les peuples en effacant les dettes et laissant les joueurs de casino prendrent leurs pertes ?
a écrit le 17/05/2020 à 18:50 :
Les banques savent très bien que les aides de l'état à coup de milliards d'euros sont une usines à gaz et qu'elles ne seront pas remboursées.
a écrit le 17/05/2020 à 18:24 :
Mais pourquoi faudrait-il que l'argent du contribuable ou l'argent garanti par le contribuable aille financer la faillite d'une entreprise qui rend l'âme depuis un bon moment ? C'est indécent !
Le covid n'a rien à voir avec ça, c'est juste un prétexte, et confo n'est pas le seul dans cette pratique. Il faut profiter de cette crise pour transformer les casseroles en business d'avenir. Les banques, que je ne porte pas dans mon coeur, ont raison sur ce coup.
Réponse de le 17/05/2020 à 18:50 :
Tout a fait d'accord surtout que si Conforama est dans cette situation suffit de voir le prix / qualité des meubles qu'ils vendent. Si il y a deux ans ils s'étaient rendu compte que leur produit sont de très mauvaises qualité et toujours de la même couleur pour proposer aux clients un choix tant de couleur finale que de qualité du bois (si on peu encore appeler ça du bois...) aujourd'hui ils seraient n°1 des vente et pas N°1 des licenciement ! Le plus malheureux c'est que le patron lui sera au mieux licencier avec une prime de licenciement de quelques millions d'Euros alors que les employés n'auront que leur yeux pour pleurer !!! Qu'attend le gouvernement pour créer une loi interdisant ces primes aux patrons et imposer le licenciement systématique de ces patrons sans indemnités lors de ce genre de pratiques... Cela pourrait aussi être généralisé aux ministres et président de la république lors des réformes de l'état.

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