Pilier de l'économie allemande, la production industrielle a plongé de 0,8% en juillet pour le troisième mois consécutif. Les coûts élevés de l'énergie et la demande atone plombent depuis plusieurs mois la première puissance européenne. La tendance ne devrait pas s'améliorer pour le reste et l'ensemble de l'année.
Comme en mai et en juin, la production industrielle a baissé en juillet en Allemagne. Elle a reculé de 0,8% sur un mois, en données corrigées des variations saisonnières et de calendrier, a indiqué l'office de statistique Destatis, dans un communiqué publié, ce jeudi 7 septembre. C'est toutefois moins que le mois précédent - la baisse a été révisée à -1,4% en juin - mais plus fort qu'attendu par les experts de l'outil d'analyse financière Factset. Ils tablaient sur un repli de 0,3%.
En comparaison trimestrielle, moins volatile, la production entre mai et juillet a été inférieure de 1,9% à celle des trois mois précédents, selon les données disponibles. Et sur un an, elle recule de 2,1%. Dans le détail, la production de biens d'équipement a chuté de 2,9%, celle de biens de consommation de 1,0% et les biens intermédiaires de 0,7%.
Elle est aussi affectée par les prix de l'énergie qui restent relativement élevés. Certaines activités industrielles les plus énergivores, comme la chimie, peinent donc à retrouver leur niveau de production précédant la guerre en Ukraine. Les branches les plus consommatrices d'énergie ont ainsi produit 11,4% de moins en juillet sur un an, selon Destatis.
Les exportations, essentielles pour le secteur, sont moins dynamiques sur fond de ralentissement de la demande en produits allemands en Chine et aux États-Unis, deux marchés cruciaux pour le secteur.
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Le bâtiment, qui tire traditionnellement l'industrie, est en crise depuis plusieurs mois, plombé par la hausse des taux d'intérêt, renchérissant le coût du crédit. Le nombre d'autorisations délivrées pour de nouvelles constructions de logements a chuté de 27,2% au premier semestre de l'année par rapport à la même période en 2022. Seule bonne nouvelle, le rétablissement de l'industrie automobile, qui a connu en août une forte croissance à +37% sur un an, malgré les défis qui s'imposent au secteur en termes de passage à l'électrique et de pertes de parts de marché en Chine.
Sombres prévisions
Ces difficultés ne sont toutefois pas nouvelles. « Encore des chiffres qui soulignent l'effondrement continu de la conjoncture », commente Jens-Oliver Niklash, analyste pour LBBW. L'Allemagne a en effet connu une croissance nulle au deuxième trimestre 2023, après deux trimestres de repli de son PIB. La tendance devrait d'ailleurs se poursuivre. « Le troisième trimestre devrait connaître une chute du PIB », estime l'expert.
Pour l'ensemble de l'année 2023, les principaux instituts économiques allemands s'attendent à un recul du PIB allemand. Le FMI table sur -0,3% et l'institut économique IFO, dans ces prévisions d'automne, prévoit une récession de -0,4% sur l'ensemble de l'année, avant une reprise de 1,4% en 2024. « Le ralentissement se poursuit. Dans presque tous les secteurs, la tendance est à la stagnation », a déclaré le directeur des études conjoncturelles de l'institut, Timo Wollmershäuser lors d'une conférence de presse.
À ces difficultés conjoncturelles s'ajoutent les problèmes structurels du pays, entre lourdeurs bureaucratiques freinant les investissements et vieillissement démographique. L'industrie allemande souffre ainsi de plus en plus du manque de main-d'œuvre qualifiée. Selon l'IFO, « 2025 sera la première année durant laquelle la crise démographique se fera sentir, avec une population active potentielle qui chutera », selon Timo Wollmershäuser.