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Entreprises & FinanceAutomobile

PSA-GM: l'alliance de deux constructeurs malades en Europe

Alain-Gabriel Verdevoye

Publié le 28 juin 2013 à 10:34 - Mis à jour le 28 juin 2013 à 11:04

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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PSA appelle GM à son secours, selon des sources concordantes. Officiellement, l'américain, qui détient 7% du constructeur français, affirme ne pas vouloir investir davantage. Mais il ne peut se désintéresser du sort de PSA, alors que ses activités européennes structurellement déficitaires sont liées à celles du groupe tricolore dans des projets de coopération. Problème: PSA et Opel, filiale allemande de GM, perdent régulièrement des parts de marché...

PSA a approché GM au cours des derniers mois pour lui proposer d'injecter des fonds supplémentaires dans PSA et d'accroître sa participation, affirment des sources citées par l'agence Dow Jones. La famille Peugeot est prête à céder le contrôle de PSA, si elle parvient à convaincre l'américain GM de renforcer l'alliance entre les deux groupes et d'injecter de nouveaux fonds, affirmait pour sa part mercredi l'agence Reuters. Les dirigeants de GM sont « prêts à injecter de l'argent supplémentaire s'ils peuvent contrôler l'activité, intégrer PSA et Opel (filiale allemande de GM) et rationaliser la production », précise même une source citée par Reuters.

Certes, GM réitère officiellement qu'il n'a pas l'intention d'investir davantage. « Notre position est inchangée: nous n'avons pas l'intention d'investir des fonds supplémentaires dans PSA en ce moment », indique un porte-parole du consortium du Michigan. Mais, les déclarations officielles n'ont qu'une valeur relative... De fait, à ce stade, on voit mal qui viendrait au secours de PSA, sinon l'américain qui détient déjà 7% du capital du constructeur français. Et GM ne peut pas se désintéresser du sort du groupe tricolore, avec lequel il a scellé en février 2012 une alliance stratégique, afin de trouver lui-même enfin une issue pour ses activités européennes chroniquement et gravement déficitaires, qu'il avait voulu vendre en 2009.

Coopérations techniques structurantes

PSA et GM ont déjà envisagé, l'an dernier, une mise en commun de leurs activités. Le projet prévoyait même la création d'une société commune, détenue à parité par les deux constructeurs, selon nos sources. Cette société commune aurait regroupé Opel et la division automobile de PSA ou la partie industrielle de ladite division. Un projet in fine abandonné à cause notamment de sa complexité sociale et politique.

Mais, même sans intégration, PSA et Opel sont aujourd'hui fortement impliqués dans des coopérations techniques structurantes pour leur avenir. Le hic, c'est que PSA et Opel sont, avec Fiat, les constructeurs malades de l'Europe... Le constructeur tricolore a affiché en 2012 une perte nette de 5,01 milliards d'euros, dont 4,19 milliards pour le second semestre. Celle-ci inclut des dépréciations d'actifs massives, à hauteur de 4,7 milliards.

Une grosse consommation de cash

Le groupe a vu son résultat opérationnel courant plonger dans le rouge de 576 millions l'an passé. Dans la seule division automobile, PSA affiche un déficit opérationnel de 1,5 milliard, soit une marge négative de 3,9%. Tout cela dû essentiellement à l'Europe. Et Philippe Varin, président du directoire du constructeur, a indiqué lui-même que le groupe consommerait encore 1,5 milliard d'euros sur l'ensemble de l'année 2013.

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Le constructeur de l'avenue de la Grande-Armée à Paris - où est encore installé son siège social même s'il a été vendu l'an passé - en consommera également en 2014. Le retour à l'équilibre n'est pas prévu avant la fin de l'an prochain. Dans le meilleur des cas. Car cet objectif suppose un maintien de parts de marché en Europe. Or, ce n'est pas le cas. Les ventes mondiales du groupe avaient chuté l'an dernier de 8,8% à 2,82 millions (véhicules montés). Pour la seule Europe, qui représente 60% de ses volumes totaux, les ventes ont plongé de 14,8% à 1,76 million d'unités à peine. Certes, les marchés européens reculent et ceux qui plongent le plus sont ceux où PSA est le mieux implanté. Mais cette explication, mise en avant par le groupe, est un peu courte.

Déficits chroniques

General Motors a enregistré pour sa part l'an dernier un déficit d'exploitation (Ebit) de 1,8 milliard de dollars (1,4 milliard d'euros) en Europe, après 747 millions en 2011. Le consortium de Detroit, qui perd de l'argent structurellement sur le Vieux continent depuis plus de dix ans, vise l'équilibre... d'ici à 2015. GM a en outre passé pour 5,2 milliards de dollars (4 milliards d'euros) de dépréciations d'actifs en Europe dans ses comptes du quatrième trimestre. General Motors y a encore perdu 200 millions de dollars (150 millions d'euros) au premier trimestre 2013. L'an dernier, Opel (avec la marque Vauxhall sur le marché britannique) a poursuivi sa dégringolade des ventes à 1,05 million d'unités en Europe, qui absorbe la quasi-totalité de ses ventes puisqu'il est pratiquement absent hors du Vieux continent, contre 1,22 million un an auparavant.

Pertes de parts de marché

Le problème, c'est que PSA comme Opel et sa marque s?ur britannique Vauxhall perdent chroniquement des parts de marché sur le Vieux continent. PSA détient 11,2% du marché de l'Union européenne (sur cinq mois 2013, voitures particulières seules), contre 12,9% en 2007, 15% en 2002. Opel (avec Vauxhall) en est à 6,8%, contre 8,4% en 2007, 9,4% en 2002. Et encore, une bonne partie des ventes d'Opel est-elle réalisée avec les loueurs de courte durée, des transactions réputées peu rentables.

Une vraie régression de ces deux constructeurs... au profit notamment du groupe Volkswagen, du coréen Hyundai-Kia et des marques allemandes de haut de gamme. Sur les cinq premiers mois de 2013, les immatriculations de voitures de PSA dans l'Union ont plongé de 13,9%, celles d'Opel-Vauhxhall de 6,4%.

Réductions de postes

Avec de telles régressions, les deux groupes sont en fortes surcapacités. PSA a ainsi prévu de supprimer 11.200 postes entre 2011 et 2014 en France et de fermer son usine d'Aulnay-sous-Bois l'an prochain. Les élus locaux s'inquiètent également de l'avenir à long terme du site breton de Rennes. Opel a annoncé pour sa part, fin mars, l'arrêt de la production automobile sur son site allemand de Bochum dès la fin 2014. Et ce, après avoir fermé récemment son usine belge d'Anvers. La firme de Rüsselsheim est engagée depuis une douzaine d'années dans des plans de restructuration à répétition. Mais les ventes chutent plus vite que le rythme de diminution des capacités !

Problèmes de gammes

PSA comme GM Europe ont de graves problèmes de coûts. Les véhicules des deux groupes vendus en Europe sont essentiellement fabriqués dans des pays à coûts élevés comme la France et l'Allemagne. Leurs produits sont diversement attractifs. Si PSA propose des petits véhicules réussis comme les DS3, Peugeot 208 et 2008, lesquels remportent un franc succès, il est progressivement chassé par les constructeurs allemands du segment des gammes moyennes supérieures, même si la Citroën C5 et la Peugeot 508 sont de bons véhicules en soi.

Opel a des problèmes de gammes plus graves encore. Sa petite citadine Corsa vieillit. Elle date de 2006, ce qui en fait l'une des plus anciennes « urbaines » du marché. Elle repose d'ailleurs, comme la « mini » Adam, sur une plate-forme Fiat - du temps où et GM et l'italien étaient alliés. Opel pâtit aussi d'une offre diesel moins compétitive que celle de la concurrence, avec des mécaniques souvent dépassées, comme le vieux 1,7 CDTi de lointaine origine japonaise Isuzu. De nouveaux blocs plus modernes arrivent. Mais la firme a pris du retard.

Images floues

Peugeot, Citroën et Opel ont incontestablement des problèmes d'image. Les labels tricolores pâtissent hors de France d'une réputation mitigée en matière de qualité-fiabilité, malgré les énormes progrès effectués depuis la fin des années 2000. Un legs de l'histoire. Opel, qui jouissait il y a encore vingt ans de l'image de voitures robustes à l'allemande, a beaucoup de mal à se remettre des errements de l'actionnaire GM, qui a voulu « dégermaniser » et mondialiser ses véhicules, en diluant leur personnalité. Opel a surtout beaucoup souffert des problèmes de qualité qui l'ont affecté à partir du milieu des années 90, à cause d'une brutale politique de baisse des coûts édictée par la maison-mère de Detroit.

Quelle localisation pour les véhicules?

GM et PSA se sont mariés fin février 2012. Les deux groupes ont annoncé récemment des plates-formes communes entre Peugeot, Citroën et Opel. Sur le segment des monospaces compacts et "crossovers" (faux 4x4) type Peugeot 3008, Citroën C4 Picasso ou Opel Zafira, le développement des remplaçants sera assuré par le constructeur français. Sur le deuxième segment (petits monospaces et faux 4x4 type Peugeot 2008, Citroën C3 Picasso et Opel Meriva, le développement sera assuré par Opel, mais sur une base roulante de PSA.

Enfin, sur le créneau des petites voitures type Peugeot 208, Citroën C3 et Opel Corsa, les deux partenaires prévoient un co-développement, sur une évolution de la plateforme "1" de PSA. Par ailleurs, un petit moteur à essence conjoint sera développé, sur la base des mécaniques françaises. Le constructeur tricolore promet de doubler les volumes de production annuels par plates-formes et donc d'abaisser le point mort.

À lire également

  • General Motors refuse (officiellement) d'investir davantage dans PSA en crise
  • La famille Peugeot serait prête à céder le contrôle d'un PSA en crise
  • Opel, allié de PSA, annonce la fermeture de l'usine allemande de Bochum dès 2014
  • GM et Ford perdent toujours de l'argent en Europe

Seulement voilà : tous ces projets ne généreront des effets sensibles qu'à partir de 2017-2018, à condition que les deux partenaires résolvent les problèmes inhérents à toute coopération : délais rallongés (les discussions sur la remplaçante de la Citroën C5 ont déjà entraîné un report de plusieurs mois de la sortie du futur modèle), renchérissement initial du coût des projets... En outre, se posera la question cruciale de la localisation de la production des nouveaux véhicules, qui promet de belles discussions, alors que la plupart des usines sont en grave sous-charge.

Alain-Gabriel Verdevoye

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