« Pour se vendre, un véhicule devra être plus propre et connecté » Jacques Aschenbroich, DG de Valeo

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Jacques Aschenbroich, DG de Valeo / Reuters
Jacques Aschenbroich, DG de Valeo / Reuters (Crédits : Reuters)
L'équipementier automobile travaille sur l'antipollution et la voiture interconnectée, les deux axes essentiels du véhicule de demain. Les constructeurs allemands et asiatiques représentent 60 % de son chiffre d'affaires. Valeo, qui met le cap sur l'innovation, recrute entre 300 et 400 chercheurs par an en France. Le groupe emploie dans la recherche et le développement 9000 personnes dans le monde, et les deux tiers de la recherche amont sont situés dans l'Hexagone.

LA TRIBUNE - En deux mots, c'est quoi, la voiture de demain ?
JACQUES ASCHENBROICH - Pour se vendre, un véhicule devra être plus propre et être connecté à son environnement. C'est une demande forte des consommateurs. La réduction des émissions de CO2 et la conduite intuitive sont les deux axes de travail de Valeo.

Quels sont les domaines sur lesquels travaille Valeo ?
Il faut optimiser les rendements et les consommations des moteurs. On va vers des moteurs plus petits. On travaille donc sur les embrayages, les doubles embrayages, les convertisseurs de couple, les « stop and start » [arrêt et redémarrage automatiques du moteur au feu rouge, ndlr].

Mais Valeo travaille également sur des petits moteurs électriques d'appoint et l'électronique de puissance pour les véhicules électriques et hybrides. Nous mettons beaucoup d'argent là-dessus en recherche et développement. Nous montrons au salon de Francfort [miseptembre] des superchargeurs électriques. Aujourd'hui, un turbo met une seconde et demie à donner l'impulsion à un moteur. Avec notre superchargeur électrique, c'est instantané. Cela donne de la réactivité à la voiture à bas régime et plus de puissance à haut régime. Cela réduit aussi les émissions de C02 et génère plus de plaisir de conduite. On verra cette innovation en série vers 2015-2016.

Et en ce qui concerne la voiture connectée ?
La voiture va être connectée à son environnement extérieur. Ce sera la voiture autonome. Elle pourra aller se garer toute seule, sans pilote. On dévoile au salon de Francfort un système qui permet d'envoyer un code par téléphone à votre femme, par exemple, comme si on lui envoyait les clés de la voiture. Elle pourra alors appeler la voiture qui remontera toute seule de l'endroit où elle est garée et viendra la chercher. Le véhicule pourra aussi trouver tout seul une place de parking à l'arrivée. On prévoit une production en série vers le milieu de la décennie. C'est la première étape vers la voiture autonome en milieu urbain, qui sera disponible à la fin de la décennie. On travaille aussi sur la vision de nuit pour augmenter la sécurité.
Nous venons de nous associer à Safran pour le pilotage de nuit à infrarouge. Il se prépare aussi une révolution dans les écrans qui seront à très haute définition. On n'aura plus besoin de les toucher. Ils réagiront à un simple geste à proximité. Mais connectivité et conduite autonome doivent absolument se conjuguer avec sécurité ; et la réglementation doit évoluer en tenant compte de la révolution technologique en cours.

Vous misez beaucoup sur la recherche et le développement. C'est bon pour la France ?
La recherche du groupe Valeo est faite essentiellement en France et en Allemagne. Nous recrutons de 300 à 400 chercheurs par an en France. Et nous devrions continuer sur cette tendance. Le crédit impôt recherche est un outil formidable pour une meilleure compétitivité en France. Valeo emploie en tout dans la recherche et le développement 9000 personnes et le groupe compte près de deux tiers de sa recherche amont en France.

Que représente le budget recherche et développement pour Valeo ?
Les dépenses de R&D ont crû d'environ 10 % par an et atteindront 1,1 milliard d'euros pour 2013. Elles représentent plus de 10% de notre chiffre d'affaires première monte, ce qui est beaucoup. Et 90% de nos dépenses de R&D sont concentrées sur l'antipollution, la connectivité des voitures et l'éclairage.

La recherche et le développement en France, c'est donc possible. Mais y maintiendrez-vous un outil industriel ?
Valeo a besoin d'une base industrielle solide en France. Nos usines françaises exportent deux tiers de leur production, contre la moitié il y a dix ans. Nous employons environ 10.000 personnes sur nos sites industriels français. Et les effectifs ont été relativement stables jusqu'à présent. Mais il y a un manque de compétitivité de la France. On n'a pas en France la rentabilité qu'on devrait avoir. L'ensemble de notre rentabilité se fait ailleurs. Notre base industrielle dans l'Hexagone est malheureusement très pénalisée par la fiscalité et les charges sociales.

Comment expliquez-vous que les équipementiers français se portent mieux que Renault et PSA ?
Valeo est né grâce à Peugeot et Renault. Ces clients nous ont aussi permis de nous développer à l'international, pour les accompagner. Aujourd'hui, nous avons un équilibre entre clients et zones géographiques. Cela nous a permis de traverser la crise en Europe. Nos clients allemands représentent 30 % de notre chiffre d'affaires, les Asiatiques aussi. Les Américains absorbent plus de 20% de notre volume de ventes. Les Français en sont à 17-18 %.

Les voitures deviennent de plus en plus technologiques. Ne vont-elles pas devenir de plus en plus chères ?
Les voitures sont de plus en plus coûteuses. On va vers un enrichissement croissant des véhicules. Mais ce mouvement n'est pas uniforme. Car les marchés sont de plus en plus segmentés. Il y a des automobilistes très réceptifs aux nouvelles technologies et qui acceptent de les payer, d'autres moins. On assiste ainsi à une prolifération des gammes vers le bas, vers le low cost, mais aussi vers le haut. Le low cost ne représente d'ailleurs en Europe que quelques points de marché. Mais, globalement, tous veulent davantage de contenu technologique.

Mais vous ne pouvez pas augmenter sensiblement les coûts des véhicules ?
On travaille avec tous les constructeurs, avec une approche aussi large que possible. Ça nous permet de standardiser les process, pour réduire les coûts.

Le marché automobile mondial ne va-t-il pas finir par se tasser ?
En Chine, le marché représente grosso modo 20 millions de véhicules par an. Le nombre de voitures par habitant n'y excède pas 60 pour 1000 habitants. C'est deux fois moins que la moyenne mondiale.
Or, pour que la Chine atteigne cette moyenne mondiale, il faudrait un marché annuel de 30 millions de véhicules pendant dix ans. Il y a donc de la marge. Idem en Inde, où on est à 10 voitures seulement pour 1000 habitants. Le monde recèle un potentiel de croissance gigantesque et l'appétence pour le moyen de transport automobile demeure considérable. Mais ce potentiel de croissance a changé de place. Il n'est plus dans les pays matures mais en Asie et dans les pays émergents.
C'est la raison pour laquelle nous nous y développons à marche forcée sans pour autant abandonner notre base européenne, américaine ou japonaise. On devrait assister durablement à une progression de 3 à 4% du marché auto chaque année.

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Commentaires
a écrit le 17/09/2013 à 17:54 :
Beaucoup prétendent ne pas aimer les gadgets à outrance dans l'automobile "bourré" d'électronique et pourtant ils sont nombreux à ne pas allumer leurs feux par temps couvert ou au crépuscule. D'ailleurs le français moyen désire un véhicule sans calculateur électronique pour piloter l'injection du moteur et il préfère élever des ânes...
a écrit le 17/09/2013 à 17:49 :
"Pour se vendre, un véhicule devra être plus propre et connecté » Donc une voiture électrique, petite pour se rendre au travail, aller faire les courses et emmener les enfants à l'école ou au sport. Pour les longs voyages, le train, parce qu'électrique (et pas l'avion) et location éventuellement sur place d'un petit véhicule...électrique.
a écrit le 17/09/2013 à 12:31 :
Décidément les patrons de l'automobile ne sont pas au courant ou ne veulent pas écouter ce que veulent les gens. De la fiabilité, de la simplicité et une consommation la plus faible possible.
Réponse de le 17/09/2013 à 13:22 :
+ 1000. Oui à la voiture fiable, sûre et économique. non à la gadgétisation et à l'électronique à outrance souvent en panne et coûteuse à réparer (quand les garages savent faire...). Quant à la connexion, c'est à la maison.
Réponse de le 17/09/2013 à 13:37 :
Je vous appuie dans le sens où je n'utilise jamais un tiers des boutons de ma bagnole : je ne sais pas à quoi ils servent. Ce que je sais, par contre, est que si je coupais les fils de mes gadgets inutiles, mon alternateur pourrait être remplacé par une dynamo de vélo... Et que donc, je consommerais beaucoup moins. Connecté... vaste blague.
Réponse de le 17/09/2013 à 14:34 :
Rachelle ,Arthur , Yvan qu'est ce vous supprimeriez en priorité dans votre véhicule : la direction, assistée, la clim, les glaces électriques .En ce qui concerne l'allumage les vis platinés n'existent plus depuis longtemps , le multiplexage a remplacé des métres de cables electriques , les pots catalitiques réduisent la pollution etc.... et à bien y regarder une 4L consomme et pollue plus qu'une clio neuve .
Réponse de le 17/09/2013 à 15:19 :
Ah bon. 'Les gens' ne veulent pas ca? Personellement, je n'ai aucune envie d'acheter une voiture "simple" comme une Logane, je prefere une voiture moderne avec ce que vous appellez des "gadgets". Mais si vous etes sur que le marché n'est pas le haut de gamme... Par contre comment vous expliquez alors que BMW fait des resultats records alors que Renault reste tres mediocre?
Réponse de le 17/09/2013 à 15:56 :
@dg1sek et pnv: rien à faire de radio, ordinateur de bord, limiteur et régulateur de vitesse, témoins divers et variés, avertisseurs de n'importe quoi, peinture métal, jantes plaquées or ou platine, boîte auto DSG ou autre trop souvent non fiable, éclairage LED où il faut démonter la moitié de la voiture pour réparer, ... Mais oui à direction assistée, ABS, clim et glaces électriques. Quant à BMW et autres allemandes/japonaises, cela est pour satisfaire le besoin de frime de certains Et quand on voit le prix de leurs pneus ...et de leur entretien... Ma vieille Peugeot de plus de 200000 km ne me coûte qu'un minimum.
Réponse de le 17/09/2013 à 16:03 :
Pnv. Votre réaction m'intéresse. Tout d'abord, j'ai eu un paquet de voitures sans direction assistée. Ce qui tombe bien : j'ai des muscles dans les bras. La clim, certes, j'ai et je continue à rouler vitre ouverte, même si je ne suis pas un chien qui pend de la langue. Continuons. Il tombe mal que je sois ingé mécanicien, car, je sais, pertinemment, que la réduction de consommation passe par une meilleure conception MECANIQUE et pas forcément électronique... Je suis par contre d'accord avec vous qu'il faut viser l'effet de mode, ça plait aux boeufs pour leur vendre n'importe quoi. Dg3,65mouillé : quand je monte à bord d'une mercédes et que je dois appuyer sur le bouton pour COUPER le mode éco pour avoir la complète puissance du moteur, pardon du terme, mais ça me GONFLE grave. Alors vos gadgets, vous les conservez pour vous, merci.
Réponse de le 17/09/2013 à 16:56 :
Le multiplexage par exemple faire faire une economie de poids ( moins de fils de cuivre ) et les calculateurs des économies de carburant , au final les 4 l qui circulent encore consommes 8,5 l au 100 là ou une clio est à 4,5 grace entre autre à l'electronique .Par contre la clim prend 5 cv soit litre au 100 ....et pour la petite histoire j'ai une 106 de 1995 qui n'a ni direct.ass ,ni clim ,ni vitre elec .
a écrit le 17/09/2013 à 12:08 :
Il faut surtout que les francais en aie envie et les moyens. Le reste n'est que pure marketing.
Réponse de le 17/09/2013 à 13:50 :
...envie..oui, et surtout : les MOYENS !
a écrit le 17/09/2013 à 11:09 :
Personnellement je n'aime pas ces ordinateurs sur roulette que le moindre virus peu perturber pour aller d'un point A a un point B et auquel je confie ma vie! Je serai plus favorable au vélo électrique!
Réponse de le 17/09/2013 à 12:37 :
Je n'aime pas non plus les voitures hyper-complexes bourrées de gadgets inutiles qui sont les premiers à tomber en panne...
Réponse de le 17/09/2013 à 14:23 :
hé!hé! c'est "prévu pour" !

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