Comment Renault étudie et va fabriquer la voiture à moins de 4.500 euros

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Marc Nassif (au centre), PDG  de Renault India jusqu'à fin janvier, reçoit une récompense pour le Duster indien.
Marc Nassif (au centre), PDG de Renault India jusqu'à fin janvier, reçoit une récompense pour le Duster indien. (Crédits : DR)
Le centre technique Renault-Nissan près de Chennai étudie la nouvelle plate-forme pour véhicules à moins de 4.500 euros qui sortiront en 2015. Ils seront fabriqués par l'usine toute proche. Une vraie révolution.

La haute technologie au milieu de nulle part. Tout au long des 50 kilomètres de route chaotique depuis Chennai, dans un tintamarre de klaxons entre vieux bus sans fenêtres, camions antédiluviens, deux roues, piétons, tuk-tuks, vaches, inextricablement enchevêtrés, on se dit que le chauffeur s'est perdu.

Un des centres névralgiques de l'industrie automobile indienne, ici, entre champs misérables et bidonvilles ? Allons ! Et pourtant si. La zone d'activités, ilot de modernité, surgit tout à coup. Renault et Nissan, mais aussi Daimler, Hyundai, Ford, BMW, se sont installés là. Sans parler de leurs fournisseurs.

 Renault inde

Préparation pour les voitures à très bas coûts

 

Quelques kilomètres séparent « RNAIPL », l'usine de l'Alliance, du « RNTBCI », le centre d'ingénierie de Renault et Nissan. Créé en 2007, ce dernier a précédé l'usine, mise en chantier l'année suivante et inaugurée en 2010.

 Le « RNTBCI » est aujourd'hui l'un des plus gros centres techniques automobiles de la région. De 1.000 personnes à ses début, ce bureau d'études en est à 4.500 aujourd'hui. Petite antenne locale du Technocentre français de Guyancourt ? Pas du tout. « C'est le centre de l'ingénierie frugale pour pays émergents », explique Karim Mikkiche, son directeur. « On étudie les véhicules pour l'Inde, l'Asie-Pacifique et faisons des expertises pour le monde entier », précise-t-il.

Le centre technique comprend même un des deux studios de design de Renault en Inde. L'autre se situe à Bombay. L'intérieur du concept de « Crossover » à très bas coûts Kwid, présenté par Renault au salon de New Delhi, la semaine dernière, a été concocté par les bureaux indiens.

« En 2014, nous passons à une nouvelle phase, celle de participer à l'élaboration du produit, de le développer entièrement. C'est le cas de la plate-forme « CMF-A » (ndlr : voitures à très bas coûts). Nous savons intervenir désormais dès les débuts d'une nouvelle voiture », souligne le dirigeant.

C'est l'an prochain que l'Alliance Renault-Nissan va mettre effectivement en production, à Chennai, les premiers véhicules à très bas prix. Au salon de New Delhi, Nissan a d'ailleurs présenté un concept, la Redi-Go, qui préfigure de près cette future voiture de 3,60 mètres de long (comme une Twingo), mais à cinq portes, qui devrait coûter moins de 4.500 euros (contre 7.700 euros pour une Dacia Logan en France). Une vraie révolution pour ce centre technique, où la moyenne d'âge est extrêmement basse (29 ans), et qui avait précédemment adapté le 4x4 Duster au marché local.

 

Une des plus grosses usines du monde

 

« RNAIPL », le site industriel, n'est pas non plus une petite usine locale. Non, c'est même l'une des plus grosses usines de l'Alliance dans le monde. Elle peut potentiellement produire 480.000 unités annuelles, ce qui est énorme, beaucoup plus que ce que fabrique annuellement chaque usine française de Renault. Ce site presse, emboutit, peint, assemble. Il produit aussi des moteurs, notamment le 1,5 diesel de Renault. Il a fabriqué 230.000 voitures l'an dernier, dont 30% pour Renault, le reste pour Nissan.

Renault y produit les Pulse et Scala, étroitement dérivées de petits véhicules Nissan, le Duster. Les berline Fluence et 4x4 Koleos sont assemblés en « CKD », c'est-à-dire à partir de pièces importées pour l'essentiel de Renault Samsung en Corée. Le Duster, en revanche, est très intégré localement. Il est produit avec plus de 60% de composants indiens. Et l'objectif est d'atteindre les 80% cette année. Nissan fabrique la Micra, exportée notamment vers l'Europe, sa version à quatre portes Sunny, le monospace Evalia ainsi que le Terrano, un clone de Duster à la calandre et aux feux arrière près. L'usine s'apprête à à fabriquer les voitures à très bas coûts de la nouvelle plate-forme l'an prochain.

Renault india

Pourquoi l'Alliance Renault-Nissan a-t-elle choisi un endroit pareil pour installer une usine ? « Les coûts de production sont plus bas que dans le nord de l'Inde. Il y a l'attractivité du port, de bonnes conditions qui nous ont été faites. La politique gouvernementale est très attractive », affirme-t-on sans trop de précisions. Visiblement, on ne veut pas s'étendre sur ce sujet. Lors de notre visite, les salaires des opérateurs étaient également secret d'Etat, malgré nos demandes insistantes !

 

Conditions de travail dures

 

Le site - où nous avons pu voir une banderole avec une citation du président Carlos Ghosn accompagnée de sa photo, dénotant un étonnant culte de la personnalité - est moderne, mais très peu automatisé. Normal : la main d'œuvre ne coûte pas cher. Et elle est très jeune : 25,6 ans en moyenne, voire 23 à la tôlerie où le travail est très dur. Il peut y faire 35 degrés et, même si les dirigeants affirment qu'il y a un système de ventilation, nous avons pu constater qu'il y faisait très, très chaud (30 degrés à l'extérieur lors de notre passage).

A la tôlerie justement, le taux d'automatisation est de 20% à peine, ce qui est faible. Nous avons pu voir des femmes manipuler de très grosses pièces de tôlerie à la main. Certaines opérations de montage exigent par ailleurs d'avoir les bras levés, comme nous l'avons également remarqué, ce qui n'est plus le cas en Europe depuis de longues années. Mais, comme le personnel est très jeune, pas la peine de prendre les précautions ergonomiques que requiert la moyenne d'âge élevée dans nos usines tricolores ! Le site emploie au total 8.000 personnes. Rythme de travail : 7 heures et demie par jour, six jours sur sept. 

Mais, il ne faut pas juger de la pénibilité ou des salaires avec nos critère d'européens. Les salaries ont beau être très faibles comparés aux émoluments des opérateurs européens ou même marocains, par rapport aux salaires pratiqués dans la zone, ceux-ci sont corrects. Et l'embauche permet de sortir nombre d'opérateurs de la misère. La formation peut également permettre aux ouvriers de chercher ensuite à travailler ailleurs.

Le « RNTBCI » comme le « RNAIPL » ont en tous cas l'honneur d'être les premiers centres totalement intégrés de l'Alliance Renault et Nissan. « 90% des ressources sont communes », assure Karim Mikkiche. Ils servent même d'expérience-pilote pour une future intégration des compétences au sein de l'Alliance dans le monde, qui a été annoncée récemment. L'Inde, à la pointe du progrès ?

 

 

 

 

 

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Commentaires
a écrit le 12/02/2014 à 16:02 :
Chennai n'est pas au milieu de Nulle part, et j'ai travaillé sur des projets informatiques développés à Chennai ; vu le niveau de qualité des logiciels, y a du soucis à se faire sur celle de la voiture.
a écrit le 11/02/2014 à 23:52 :
Ce véhicule sera boudé par les indiens tout autant en quête de reconnaissance sociale que les français. Ils privilégieront des véhicules "haut de gamme" pour frimer mais pas la voiture du peuple. Plus que le prix, c'est la notoriété qui compte au pays des castes!
a écrit le 11/02/2014 à 20:24 :
Intéressant à lire. J'ai l'impression d'avoir bien fait d'apporter un "rectificatif" ;-) à un de vos précédent article qui parlait de cette fameuse usine pilote, depuis, vous apportez des éléments techniques intéressants qui permettent de mieux comprendre la stratégie de l'Alliance concernant le partage de compétence et des moyens de production. Si vous pouviez faire un article sur la stratégie logistique, ce serait vraiment bien. Continuez dans cette direction M.Verdevoye AG.
PS: Si vous pouviez faire le même type d'article présentant des usines d'autres groupes automobiles, et présentant les stratégies propres à chacun, je suivrai vos articles avec intérêt.
a écrit le 11/02/2014 à 16:16 :
tiens, ils ont encore des (bons) journalistes à La Tribune...
a écrit le 11/02/2014 à 14:18 :
ma prochaine voiture en France sera une Tata.
Réponse de le 11/02/2014 à 17:15 :
et moi la toto mobile, la voiture sans roue
a écrit le 11/02/2014 à 12:32 :
@niclafrance DACIA marge à 12 % mini sur son Duster, ils feront très probablement autant sur ce produit, le père RENAULT n'est-il pas créateur d'automobiles, synonyme d'inventivité quand l'exemple voisin, j'ai nommé Volkswagen, fait du sur place, tout à la peine avec ses marges et son design austère...??? L'article témoigne d'un vrai renversement du process de fabrication tout à fait adapté à une géographie particulière, une réussite en perspective, quelle leçon...!!!
Réponse de le 11/02/2014 à 13:25 :
ce que godrev raconte n'est que ballivernes ;

affirmer et répéter des contre vérités et des absurdités ne font pas des vérités. Personne n'accorde le moindre crédit aux blas blas des patrons de Renault.
Réponse de le 11/02/2014 à 20:44 :
RENAULT THE BEST ...Since 1889....
VW juste une rumeure ....
a écrit le 11/02/2014 à 11:43 :
Dans l'idéal, il faudrait que les constructeurs autos comprennent qu'avec les contraintes ,limitation de vitesse, radars etc, il n'y a plus d'intérêt à fabriquer des voitures roulant à 200 km :h. Il faudrait produire des voitures amusantes à conduire, roulant à 130 km :h maxi , modulables cabriolet, break etc et consommant peu. Le tout pour 8000 euros.
La voiture, c'est comme la cigarette, la pensée unique étatique à détruit le plaisir.
a écrit le 11/02/2014 à 11:32 :
A entendre les détracteurs; il eu fallu que Renault construise directement l'équivalent en sûreté et qualité de la S80 de Volvo sans passer par la 4CV ou la dauphine ou la R11 (nous avons gardé 20 ans la notre et n’avons eu aucun accident, pourtant elle est moins bien qu'une logan neuve),... Je ne suis pas sûre qu'il soit possible de faire le "kéké" à 180km sur les routes indiennes au vue de la réputation des infrastructures indiennes et des embouteillages su le routes. De plus, il faut de bons amortisseurs et un bas de caisse sur élevé par rapport aux voitures occidentales. Pour rouler, à 25km de moyenne avec des pointes à 60km, leurs modèles sont peut-être adapté, non?
Ensuite, il faut savoir s'adapter aux mentalités locales. Les français sont les premiers à gueuler lorsque les entreprises étrangères ne respectent pas la culture d'entreprise française, un tantinet paternaliste. Dites vous, que pour les étasuniens, notre culture d'entreprise parait aussi archaïque que les banderoles avec la photo du patron nous parait obsolète (à tord ou à raison, ici n'est la question). Il faut arrêter les points de vue réductionnistes et apprendre à se décentrer un peu.
a écrit le 11/02/2014 à 11:12 :
et ils gagneront un euro par voiture......
superbe stratégies contre les constructeurs asiatiques
Réponse de le 11/02/2014 à 20:31 :
Je connais quelqu'un qui gagne 1 euro par voiture, et pour certains pleurnichards qui crient au scandale, ce type est trop payé... LOL
a écrit le 11/02/2014 à 11:08 :
Ben oui les Indiens rouleront dans des cercueils ambulants et bientôt la voiture en papier en cas d'accident on la chiffonne et direct dans la corbeille a papier.Elle est pas belle la vie.
Réponse de le 11/02/2014 à 14:48 :
Il vous faut sortir de votre environnement. Allez donc en Inde, voir un couple et un enfant sur une même moto... Rappelez vous être un privilégier, et voyagez donc. Et vous comprendrez que cette auto est une bénédiction pour cette famille...
a écrit le 11/02/2014 à 11:03 :
C'est cela la vrai égalité homme femme
"Nous avons pu voir des femmes manipuler de très grosses pièces de tôlerie à la main.".
Que l'on arrête de nous vendre une égalité au bureau, en politique, en salaire etc... que l'on commence par l'appliquer sur le terrain . Ces indiens nous montrent la voie.merci a eux.
a écrit le 11/02/2014 à 10:32 :
Allons Mr Verdevoye, la censure est considérée comme minable par les lecteurs en plein accord avec notre Premier Ministre Ayrault qui doit lutter contre l'évasion fiscale, la triche aux aides publiques, etc sport de prédilection des dirigeants de Renault depuis 15 ans.

De même pour l'esclavage humain, autre sport des dirigeants de Renault
a écrit le 11/02/2014 à 10:31 :
Un très bon article, rarement lu un commentaire aussi précis sur les employés d'une usine d'Asie... j'ai visité pas mal d'usines textiles chinoises, et j'y retrouve exactement ce que j'ai constaté à l'époque; et avec le même recul à faire quant à notre jugement d'occidentaux riches face aux conditions de travail des employés locaux; quand on est patron occidental, le seul confort moral qu'on trouve alors, est d'éviter de marchander les contrats à la baisse avec les usines; il faut payer correctement pour que les employés locaux soient correctement payés aussi, quitte à perdre de la marge... tiens au fait Gandhi a dit: 'il faut que les hommes vivent simplement pour que les hommes simples vivent'... Un Indien exceptionnel bien sûr.
a écrit le 11/02/2014 à 9:47 :
Quand ca commence avec des banderoles avec la photo du patron dessus, ca n'augure jamais rien de bon.
a écrit le 11/02/2014 à 9:42 :
Une bonne voiture qui est fait pour exploiter le monde, un desasttre ecologique aussi bien pour les hommes que pour la nature.
O moindre accident la voiture sera irréparable économqiuement....
Bravo d'avoir inventer la voiture jetable
Réponse de le 11/02/2014 à 10:17 :
@dédé Vous voyez le mal partout, la voiture n'est-elle pas déjà jetable....????
Réponse de le 11/02/2014 à 10:36 :
nn l'a mienne a dix septs ans je trouve pas ca jetable elle ira au bout de sa vie....
Alors que celle la au moindre pet personne voudra la réparer
a écrit le 11/02/2014 à 7:27 :
ouah génial...
encore une que les chinois ou BMW vont essayer de piquer les plans ! attention aux licenciements pour espionnage...
si c'est les mêmes qui ont dessiné la velsatis ou l'avantime, ça va donner envie...
Réponse de le 11/02/2014 à 20:39 :
Le propre d'un génie est aussi de rester souvent incompris de ses contemporains.
a écrit le 11/02/2014 à 7:14 :
OK 4500 euros certes...

Quid des normes écologiques ? et du recyclage ?
Réponse de le 11/02/2014 à 10:33 :
La voiture répondra aux normes indiennes, qui ne sont pas les nôtres. Normal: les indiens ne peuvent pas se payer des voitures plus complexes à produire et à réparer à plus de 15.000 euros!

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