Approvisionnement, décarbonation... le BTP du Grand Paris oscille entre inquiétude et optimisme pour 2022

Après une année 2020 plombée par l'arrêt net de l'activité suivi d'une relance en demi-teinte marquée par l'ajournement des élections municipales, 2021 se sera affirmée comme l'année de la reprise économique. Reste que selon les représentants franciliens du bâtiment et des travaux publics, les résultats ne sont pas à la hauteur, malgré des appels d'offres en hausse.
César Armand

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« Les marges continuent à se détériorer, du fait de la crise des matériaux et de la hausse des prix de l'énergie. »
« Les marges continuent à se détériorer, du fait de la crise des matériaux et de la hausse des prix de l'énergie. » (Crédits : Benoit Tessier)

Sur le papier, l'année qui s'achève aura été un très bon millésime pour le BTP. Après une année 2020 plombée par un arrêt net de l'activité lors du premier confinement, suivi d'une relance en demi-teinte marquée par l'ajournement des élections municipales et les vacances estivales, 2021 se sera affirmée comme l'année de la reprise économique.

En Île-de-France, l'activité aura ainsi été de retour dans les travaux publics (+9%) comme dans le bâtiment (+13,4%), avec des chiffres d'affaire supérieurs à ceux de 2020 : 9 milliards d'euros contre 8,4 milliards dans les TP, et 37 milliards d'euros dans le bâtiment contre 32 milliards en 2020.

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Une croissance molle malgré des appels d'offres en hausse

En réalité, derrière ces bons résultats, qui tranchent avec ceux de l'année précédente, le compte n'y est pas encore.

« Le chiffre d'affaires se maintient, mais sa croissance est molle, alors que nous avons travaillé douze mois sur douze et non plus dix comme en 2020 », affirme ainsi José Ramos, réélu, ce 14 décembre, président de la fédération régionale des travaux publics en Île-de-France (FRTP-IDF).

« Les marges continuent à se détériorer, du fait de la crise des matériaux et de la hausse des prix de l'énergie dont les coûts sont rarement pris en charge par les maîtres d'ouvrage », souligne, de son côté, Philippe Servalli, premier vice-président de la fédération du bâtiment Grand Paris Île-de-France (FFB-IDF).

Dans le détail, la fédération du bâtiment d'Île-de-France constate en 2021 une augmentation de 8,8% du montant des appels d'offres, par rapport à 2020, mais dont le total reste 17% inférieur à celui de 2019, avec, là encore, de « faibles retombées économiques pour les TPE-PME ».

« Certains maîtres d'ouvrages ont tendance à attribuer des marchés à des entreprises situées en dehors de l'Île-de-France, dont les offres financières sont plus basses en raison de coûts de fonctionnement plus faibles (non-assujettissement aux taxes sur les transports, salaires moins élevés...) », pointe le vice-patron de la FB-IDF Philippe Servalli.

Si le président de la fédération régionale des travaux publics témoigne, lui, d'une « activité en progression », le même José Ramos estime qu'elle est « disproportionnée car surtout tirée par les travaux du Grand Paris Express ». Entre 2019 et 2021, les investissements annuels réalisés par la Société du Grand Paris ont crû de 35% pour s'établir à 4,6 milliards d'euros, mais ce chantier représente un tiers de l'activité et du chiffre d'affaires de la filière.

Les investissements peinent à se relancer

« Si nous retirons les travaux du Grand Paris Express qui vont se poursuivre, nous nous attendons à une baisse d'activité. Il y a une vraie différence entre cette dynamique et les communes du Grand Paris. Entre 2021 et 2019, les perspectives d'investissement ont chuté de 5%. Lorsqu'une commune envisage d'investir 100 euros, elle n'exécute en réalité que 60 euros contre 70 euros en moyenne ces dix dernières années », poursuit José Ramos, président de la fédération régionale des travaux publics en Île-de-France.

Près d'un an et demi après le scrutin de 2020, tous les acteurs de la fabrique de la ville regrettent en effet que les maires élus ou réélus peinent à relancer la machine de l'investissement.

« Le bloc communal reste très perturbé par les élections de 2020 », assène José Ramos. « Le budget n'a pas été travaillé de manière précise - ce n'est pas une critique mais un constat  -  à tel point que sur la route, qui représente un tiers de notre activité, les priorités ont été divisées par deux », dit-il le représentant des travaux publics.

Même problème du côté du bâtiment. Depuis la loi fondatrice du 3 juin 2010, le métro du Grand Paris et ses 68 gares sont pensées pour contribuer à l'objectif annuel de 70.000 logements neufs en Île-de-France. Sauf que sur le terrain, la production ne suit pas. Les habitats mis en chantier en 2021 sont certes en augmentation de 8,1% par rapport à 2020, mais en chute de 9% par rapport à 2019, alors qu'ils représentent une « part prédominante » de l'activité bâtiment.

« Il faudrait 90.000 logements pour répondre à la pénurie de la zone dense », estime le 1er VP de la fédération francilienne. « C'est pourquoi nous avons mis en place un dispositif de signalement dès qu'une autorisation d'urbanisme est rejetée alors qu'elle respecte le plan local d'urbanisme », embraye Philippe Servalli.

Un secteur qui doit prendre le virage de la transition écologique

Ce manque de moyens commence à « inquiéter » le secteur du BTP qui doit prendre le virage de la transition écologique. Dès le 1er janvier 2022, le bâtiment devra appliquer une nouvelle réglementation dite « RE2020 » de la même façon que les travaux publics doivent quantifier leur empreinte carbone, comme le leur ont intimé leurs ministères de tutelle.

« Nous n'allons pas demander aux gens de décarboner sans y réfléchir par nous-mêmes. Pour cela, nous ne pouvons plus attendre le vote des budgets, mais nous devons obtenir des plans pluriannuels ! Il nous faut de la visibilité à au moins 3-5 ans », insiste José Ramos, de la FRTP-IDF.

« Les entreprises sont prêtes, mais nous rencontrons encore deux problèmes : les délais d'approvisionnement des matériaux biosourcés sont de 4 à 6 mois et les prix de l'énergie ont augmenté de 30 à 40% », abonde Philippe Servalli, de la FB-IDF.

Seuls les travaux lancés en 2019, juste avant les élections municipales, départementales et régionales, permettent au secteur de résister malgré le contexte sanitaire. « Sans les plans des communes et des intercommunalités en 2019, nous serions aujourd'hui en grande difficulté », avance José Ramos, côté travaux publics. « Cette crise est bizarre - la machine ne redémarre pas - mais je suis d'un optimisme assez mesuré quant au premier trimestre voire au premier semestre 2022 », conclut son homologue Philippe Servalli, côté bâtiment.

César Armand

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Commentaire 1
à écrit le 15/12/2021 à 10:54
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Les mecs qui se plaignent de croissance molle, alors que s'ils se préoccupaient de la survie de leurs enfants dans les décennies à venir il faudrait de la décroissance ciblée (dont le BTP) ...

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