En Europe, les tensions commerciales pèsent sur le moral des industriels

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L'indice PMI manufacturier IHS Markit s'est établi à 54,6 en août, conformément à la première estimation, contre 55,1 en juillet. S'il s'agit d'un plus bas de 21 mois, il demeure toutefois nettement supérieur au seuil de 50 qui sépare la contraction de la croissance.
L'indice PMI manufacturier IHS Markit s'est établi à 54,6 en août, conformément à la première estimation, contre 55,1 en juillet. S'il s'agit d'un plus bas de 21 mois, il demeure toutefois nettement supérieur au seuil de 50 qui sépare la contraction de la croissance. (Crédits : Reuters/Stefano Rellandini)
La croissance du secteur manufacturier dans la zone euro est tombée en août à un plus bas de près de deux ans, freinée par les craintes de plus en plus fortes d'une aggravation des tensions commerciales à travers le monde selon la dernière enquête de l'institut Markit.

Les perspectives s'assombrissent pour l'industrie de la zone euro. Selon le dernier communiqué du cabinet Markit publié ce lundi 3 septembre, l'indice PMI s'est légèrement replié au cours du mois de juillet dernier. Il s'agit de la plus faible croissance du secteur enregistré depuis novembre 2016. L'indice PMI du mois d'août est inférieur de 6 points au point haut enregistré en décembre 2017. La bataille engagée par Donald Trump pour défendre le protectionnisme américain pèse sur le moral des chefs d'industrie européens.

Les dernières annonces du président américain ne risquent pas d'apaiser les doutes. Dans un récent entretien accordé à Bloomberg, le chef d'État américain a déclaré que la proposition de l'Union européenne d'éliminer les droits de douane dans le commerce automobile entre les deux zones n'était pas satisfaisante tout en menaçant de se retirer de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Le directeur général de l'institution mondiale, Roberto Azevedo, a indiqué qu'une telle décision provoquerait "le chaos pour les entreprises américaines partout dans le monde."

Guerre commerciale

L'essoufflement de l'activité observé depuis le début de l'année dans l'industrie manufacturière a coïncidé avec le ralentissement des nouvelles commandes destinées à l'exportation. Pour Chris Williamson, chef économiste chez IHS Markit, "ce ralentissement de la hausse des ventes par rapport aux rythmes élevés du début de l'année s'explique principalement par l'évolution des exportations, celles-ci affichant en août leur plus faible expansion depuis près de deux ans." Les chefs d'entreprise ont attribué ce ralentissement à une moindre hausse de la demande sur les marchés étrangers et à une plus grande aversion pour le risque. Selon M.Williamson, la confiance des fabricants affiche son deuxième plus faible niveau depuis novembre 2015. La multiplication des risques commerciaux et les possibles conséquences néfastes de la mise en place des tarifs douaniers pèsent sur le moral des entrepreneurs. "Le degré d'optimisme se replie par rapport à juillet et reste ainsi nettement inférieur aux niveaux enregistrés en début d'année 2018."

Tensions inflationnistes

Les résultats de l'enquête indiquent que l'inflation des coûts reste élevée bien que "son taux se replie à un plus  bas de trois mois en août." Les chefs d'entreprise interrogés signalent que cette augmentation des prix des achats est liée "au renchérissement de l'acier et des produits pétroliers, ainsi que selon certains d'entre eux des produits agricoles." Les industriels cherchent à répercuter la hausse de leurs coûts sur leurs clients comme le révèle la hausse des prix de vente au cours du mois d'août.

Les créations d'emploi se portent bien

Malgré des perspectives moins favorables, l'emploi affiche un taux de croissance élevé au regard des données historiques "bien que le plus faible depuis février 2017." Parmi les pays étudiés pour l'enquête, l'Allemagne et les Pays-Bas sont les deux pays qui affichent les taux de création les plus élevés en août. En France et en Italie, les créations d'emploi ont été bien plus modestes.

"Compte tenu du climat actuel, on ne peut s'étonner du ralentissement des créations de postes enregistré au cours du mois, la croissance de l'emploi restant relativement solide, mais affichant toutefois son rythme le plus faible depuis un an et demi" explique Chris Williamson.

En France, le secteur manufacturier accélère

La croissance du secteur manufacturier en France a accéléré en août, portée par un raffermissement de la demande intérieure selon l'indice PMI de la société Markit. Cet indice, qui mesure  les performances globales du secteur en s'appuyant sur les données d'une enquête menée auprès de 400 entreprises opérant en France, s'est redressé pour passer de 53,3 points en juillet à 53,5 points en août.  L'activité est considérée en expansion lorsque l'indice se situe au-dessus de la barre des 50 points et en contraction lorsqu'il est en dessous. Selon Markit, il s'agit de la plus forte expansion du secteur manufacturier français en 3 mois, mais le taux de croissance demeure toutefois "nettement inférieur aux pics enregistrés en fin d'année 2017".

La progression des carnets de commandes repose essentiellement sur un raffermissement de la demande intérieure, "les ventes à l'export n'enregistrant en effet qu'une très légère augmentation en août". Markit souligne aussi que les "fortes tensions commerciales sur les marchés mondiaux et l'affaiblissement de la demande sur les marchés à l'export pèsent sur la confiance des fabricants français".

> Lire aussi l'interview du directeur du centre d'études prospectives et d'informations internationales (CEPII) Sebastien Jean : "Le coût d'une démondialisation serait immense"

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Commentaires
a écrit le 04/09/2018 à 8:38 :
Vous passez à côté d'un élément extrêmement important à savoir la bonne idée de l'UE, ce qui est déjà une incroyable nouvelle en soi, de proposer à Trump 0% de taxe sur tous les véhicules de part et d'autres l'obligeant ainsi à dévoiler sa future politique à long terme qui, assez incroyablement, montre qu'il veut aller plus loin que le simple rééquilibrage de la balance commerciale, qu'il veut en fait écraser économiquement les autres pays.

On comprend pourquoi il fait peur à tant de monde, cela faisait bien longtemps que nous n'avions pas vu un personnage si puissant politiquement à la tête d'un Etat.

Vite un frexit.

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