Climat : Davos inquiet de l’impact du réchauffement sur les villes côtières

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De plus en plus de villes sont menacées par la montées des eaux liée au changement climatique
De plus en plus de villes sont menacées par la montées des eaux liée au changement climatique (Crédits : Eduardo Munoz)
DAVOS 2019. En tête des principaux risques pour l’économie mondiale, identifiés en amont du sommet qui réunit les dirigeants du monde entier dans la petite ville des Grisons en Suisse, le changement climatique menace d’autant plus de biens et de personnes dans le contexte actuel d’urbanisation.

En termes d'impact comme de probabilité, c'est la troisième année consécutive qu'ils se trouvent en haut du classement. Les risques liés au changement climatique - y compris ceux dus à l'absence d'actions pour le combattre ou s'y adapter - apparaissent comme des risques de plus en plus menaçants. C'est ce que révèle le rapport « Global Risks Report 2019 », publié comme chaque année avant le sommet de Davos (qui se tient dans les Grisons suisses du 22 au 25 janvier) par le Forum économique mondial, organisateur de l'événement.

L'année 2018, particulièrement riche en événements climatiques extrêmes, a contribué à accroître la prise de conscience autour du phénomène. La perte de biodiversité (on estime que 60% des populations d'animaux sauvages ont disparu depuis 1970) prend également toujours plus d'importance, d'autant plus que son lien avec le changement climatique est double : la biodiversité en est à la fois victime, mais contribue également à l'amplifier, notamment lorsqu'elle atteint les océans et les forêts, les principaux puits de carbone.

Le prix faramineux des services écosystémiques rendus par la Nature

Globalement, les liens entre changement climatique et économie apparaissent de plus en plus clairement. Les services écosystémiques rendus par la Nature à l'économie (notamment: eau potable, pollinisation, éléments naturels de prévention des inondations) sont estimés à 125.000 milliards de dollars par an, de deux tiers supérieur au PIB mondial. A l'inverse, les ruptures survenues dans les chaînes de production ou d'approvisionnement se sont multipliées ces dernières années.

De la même manière, si les impacts du changement climatique sur l'économie pourraient bien s'avérer délétères, une économie au ralenti, assortie de tensions politiques croissantes, pourraient freiner les investissements nécessaires pour le combattre.

800 millions de citadins menacés par la montée des eaux

Dans ce contexte, l'un des sujets les plus alarmants concerne l'interaction entre l'urbanisation galopante et la montée des eaux consécutive au réchauffement. En effet, souvent situées sur les côtes et concentrant population et richesses, les villes sont particulièrement vulnérables. On estime ainsi que 800 millions de personnes, habitant dans quelque 570 villes côtières, sont menacées par une élévation du niveau de la mer de 0,50 mètre d'ici à 2050.

Alors qu'entre 1901 et 2010, le niveau de la mer s'était élevé de 1,7 mm par an en moyenne, entre 1993 et 2010 ce chiffre a atteint 3,2 mm par an. Une hausse des températures moyennes de 2°C engendrerait selon les scientifiques une élévation de 0,3 m à 0,93 m d'ici à 2100. Certains effets sont quasiment impossibles à anticiper avec précision. Cela concerne notamment la fonte de l'Arctique, qui semblerait nettement plus rapide que ce à quoi l'on s'attendait jusqu'à récemment, et qui menace en premier lieu les villes côtières de l'hémisphère nord.

Globalement, ce sont 70% des villes européennes et une vingtaine de villes africaines de plus de 1 million d'habitants qui sont concernées par la montée des eaux. Une élévation du niveau de la mer de 0,9 m d'ici à 2100 menacerait 4,3 millions de personnes, un chiffre qui passerait à 13,1 millions si cette élévation doublait, à 1,8 m, sur la même période.

Risque de fracture entre villes et campagnes

Et ces inondations n'affecteraient pas seulement des logements et des entreprises, mais également des biens publics et des infrastructures critiques, ce qui pèsera sur les contribuables. La concentration urbaine est telle que, en cas de montée des eaux, 43% des pertes surviendraient dans quatre villes : Canton, Miami, New York et la Nouvelle-Orléans. Seraient notamment concernés des ponts, Internet, les réseaux d'assainissement et d'eau potable, des infrastructures d'énergie - quelque 270 centrales, alimentant en énergie 450 millions de personnes, seraient menacées par une hausse du niveau de l'eau supérieure à 0,5 mètre.

En dépit de ces chiffres inquiétants, les dépenses aujourd'hui consenties dans la réparation des dégâts provoqués par ces inondations sont neuf fois plus élevées que celles consacrées à les prévenir.

Les auteurs du rapport soulignent le besoin de solutions de financement innovantes et de réflexion autour de la répartition des efforts.

Dans un autre registre, face au pouvoir grandissant de certaines villes, qui peuvent dépasser celui de certains États, le Forum économique mondial met en garde contre une tendance à la désertification rurale accompagnée d'un ralentissement des économies locales et d'un risque sur la sécurité alimentaire.

Les auteurs alertent sur le risque de fracture grandissante entre les villes et les zones rurales, ses conséquences sur la volatilité électorale et le dynamisme des mouvements séparatistes...

C'est pourquoi ils insistent sur la nécessité d'un planning urbain de long terme et un renforcement des réseaux de transports et de communication entre les villes et les territoires environnants.

Un diagnostic et des pistes qui font singulièrement écho à la situation actuelle en France...

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Commentaires
a écrit le 20/01/2019 à 23:47 :
Davos est un peu macronesque......on garde le cap économique mais on reinvente le'modele de développement....
légèrement incompatible, mais c fait toujours bien d être soucieux de la planète
a écrit le 19/01/2019 à 22:09 :
A la base, le problème c'est la surpopulation. Or, en restreignant tout sauf les naissances, on risque d'aggraver cette surpopulation. Notamment dans les pays du Nord où les chambre à coucher seront mieux chauffées grace au réchauffement climatique.
Toutefois, la surpopulation est une façon de se constituer une assurance vieillesse. Elle permet donc potentiellement de compenser l'effondrement des retraites.
On peut donc espérer, in fine, que s'établisse un certain équilibre, assez proche de celui du Moyen-Age.
a écrit le 19/01/2019 à 19:15 :
Tout-à-fait d'accord avec vous !
D'ailleurs un vieil adage le dit : "Plus on est de fou plus on rit".
En outre, avec l'effondrement prévisible des retraites, notre seule assurance veillesse sera d'avoir plein d'enfants. Les pays du tiers monde l'avaient déjà compris.
Seul risque … à force de restreindre tout sauf les naissances, on risque d'arriver à la dénatalité déjà constatée dans les pays communistes. Dans nos pays du Nord, il faudra donc dépenser un peu plus pour chauffer.
Réponse de le 20/01/2019 à 2:00 :
Précision : mon post allait dans le sens des remarques de Citoyen Blasé sur le caractère Malthusien de certaines analyses faites à Davos.
a écrit le 19/01/2019 à 14:54 :
La villégiature des plus riches sont au bord de l'eau! On comprend leur inquiétude!
a écrit le 19/01/2019 à 11:46 :
Davos, une association de malfaiteurs ayant paramétré dans son mode de fonctionnement le fait de ne régner plus que sur un milliard d'habitants (GIEC), l'essentiel étant de régner.

Quelle crédibilité svp ?

"Davos" https://www.monde-diplomatique.fr/1996/03/RAMONET/5353
a écrit le 19/01/2019 à 9:57 :
Ôtez moi d’un doute : Davos, c’est un forum économique ou écologique comme le laisse penser l’article ??? Les citoyens du monde auront peut être chaud, mais ils auront d’abord faim et besoin de satisfaire des besoins vitaux élémentaires.......
a écrit le 18/01/2019 à 19:14 :
Ces discours lénifiants et simplistes m'inquiètent, l'âge géologique de la terre n'est pas le notre il y a 20000 des hommes habitaient la grotte Cosquer (Cassis) dont l'entrée est aujourd'hui sous 36 mètres d'eau, je vous laisse faire le calcul en mm/an, il y a 6000 ans le Sahara était encore un désert. Notre pseudo toute puissance nous fait oublier que nous vivons sur une planète vivante qui actuellement se réchauffe?? un jour le Gulf-Stream s'arrêtera (peut être) et nous repartirons à fond vers la glace à moins que nous ne soyons confrontés à un renversement rapide des pôles magnétiques dans ce cas, vite il y a des bonnes bouteilles à vider. Je préférerais que nous parlions de la réduction de la pauvreté et des pollutions sous toutes leurs formes.
Réponse de le 19/01/2019 à 9:01 :
Oups! merci de corriger pour lire : "Il y a 6000 ans le Sahara était un marécage".
a écrit le 18/01/2019 à 18:11 :
Les propriétaires du monde inquiet du fléau qu'ils génèrent. Bon ben tout va bien alors ce sont des gens géniaux !

On nous prend pour des gonds.

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