Crise du gaz : quand Thierry Breton recadre Engie, EDF et TotalEnergies

Alors que TotalEnergies, Engie et EDF appellent à la baisse de la consommation d'énergie, Thierry Breton, commissaire européen au marché intérieur, estime qu'«il revient aux Etats » d'inciter les citoyens à la sobriété énergétique. Les énergéticiens, eux, « doivent aller plus vite »pour accroître leurs capacités d'approvisionnements. Thierry Breton dresse également un panorama des mesures européennes prises, ou à venir, pour assurer l'indépendance énergétique du Vieux Continent.
(Crédits : POOL)

Dimanche dernier, dans le JDD, TotalEnergies, EDF et Engie ont appelé les Français à réduire leur consommation d'énergie dès à présent pour éviter des pénuries à venir cet hiver alors que la Russie diminue progressivement ses livraisons de gaz. Mais, selon Thierry Breton, le commissaire européen au marché intérieur, le rôle des énergéticiens se trouve ailleurs.

«J'appelle l'ensemble des énergéticiens, non pas à nous demander de réduire notre consommation d'énergie c'est très bien, mais à travailler eux-mêmes à augmenter leurs livraisons d'énergie pour l'Europe », a-t-il déclaré hier lors d'un point presse, organisé à quelques jours de la fin de la présidence française du Conseil de l'Union européenne, marquée par l'invasion russe de l'Ukraine.

Les énergéticiens doivent aller plus vite et se coordonner avec les Etats

Selon le commissaire français, il revient aux Etats de contribuer à inciter leurs compatriotes à avoir des comportements plus économes en énergie. Les énergéticiens, eux, « doivent aller plus vite » pour accroître leurs capacités d'approvisionnements. Encore faut-il que les Etats s'emparent du sujet. En France, par exemple, la communication du gouvernement pour appeler à la baisse de la consommation d'énergie est inexistante.

Thierry Breton estime, par ailleurs, qu'il est du devoir des énergéticiens de bien se coordonner avec les Etats membres et notamment qu'ils écoutent la volonté de certains pays souhaitant prolonger la durée de vie de leurs centrales nucléaires. Il a ainsi fait explicitement référence à la Belgique, qui entend repousser de dix ans la fermeture de deux de ses centrales nucléaires, actuellement opérées par Engie.

Or, le groupe français a posé de lourdes exigences pour le maintien de cette activité. Il demande notamment à l'Etat belge de participer au financement de la prolongation des deux centrales de Tihange et Doel et souhaite également qu'il devienne un coexploitant des installations nucléaires afin de réduire les risques financiers.

« C'est un plan global et j'appelle chacun à sa responsabilité, en particulier les énergéticiens », a encore insisté Thierry Breton, en faisant référence au plan REpowerEU.

Ce plan à 300 milliards d'euros, échafaudé par Bruxelles, vise à se défaire au plus vite des quelque 155 milliards de mètres cubes de gaz russe que l'UE importe chaque année, soit environ 40% de ses importations totales de gaz. Celui-ci repose notamment sur la réduction de notre consommation d'énergie, la diversification de nos approvisionnements en gaz, l'accélération du déploiement des énergies renouvelables, notamment le solaire en toiture, et des investissements massifs.

Sortir du gaz russe, quitte à prendre le chemin du fioul et du charbon

Le commissaire au marché intérieur appelle ainsi les grands industriels à diminuer leur consommation de gaz en électrifiant leurs procédés, voire même en faisant appel au fioul, qui est pourtant une énergie fossile bien plus polluante.

Quant aux nombreux pays ayant décidé de prolonger ou de rouvrir des centrales à charbon pour la production d'électricité, dont la France, Thierry Breton a estimé qu'il s'agissait « d'une urgence temporaire ».

« Il faut que l'on se donne les moyens de sortir le plus rapidement possible de nos dépendances à l'égard de la Russie. Si nous les gardons, elles seront utilisées contre nous », a-t-il alerté. « Il faut une sortie totale des hydrocarbures russes, y compris du gaz », a-t-il appuyé.

Si les membres de l'Union ont réussi à se mettre d'accord sur des embargos sur le charbon et le pétrole russes, dans le cadre de différents paquets de sanctions, le commissaire français a reconnu que c'était « plus compliqué » pour le gaz, notamment en raison « des volumes importés par l'Allemagne et l'Italie ».

« On a su trouver des éléments de solidarité pour avancer tous ensemble, il faut continuer, c'est notre force », a-t-il plaidé, estimant qu'il n'y avait pas de « bon et de moins bons » pays membres. « On est tous Européens, on a tous le même problème, il faut le régler tous ensemble », a-t-il ajouté.

Vers une mutualisation des investissements

Thierry Breton défend ainsi une mutualisation des investissements dans le système énergétique afin d'accélérer le développement des énergies propres, mais aussi les interconnexions électriques entre les pays membres. Selon lui, l'Union doit investir de l'ordre de 500 milliards d'euros par an jusqu'en 2030 dans le système énergétique. Des investissements jugés  « considérables ».

« Il faut investir très massivement dans la distribution d'électricité, mais aussi dans les infrastructures gazières, sous réserve qu'elles puissent servir aussi à transporter de l'hydrogène », a-t-il précisé. Le commissaire a aussi rappelé le travail de la Commission sur la possibilité d'acheter et de stocker du gaz en commun.

« Bien sûr, le mix énergétique reste dans la main entière des Etats, comme les politiques de santé. Mais, en cas de crise, nous voyons que la seule réponse possible, est une réponse au niveau continental », a-t-il souligné.

Par ailleurs, Thierry Breton a assuré que « les choses commencent à bouger à la Commission européenne », concernant la proposition de la France de réformer le marché européen de l'électricité, dont le mécanisme de fixation des prix est très critiqué depuis la crise gazière. En effet, son fonctionnement repose sur le coût marginal de la dernière centrale appelée pour satisfaire la demande. Or, il s'agit  souvent d'une centrale à gaz, dont le cours s'est envolé. Ce qui contribue à la flambée des prix de l'électricité.

« Une étude est en train d'être finalisée. Elle demande encore des approfondissements », a-t-il précisé.

Ouvrir des mines de lithium en Europe ?

Autre champs de réflexion : la sécurisation des chaînes d'approvisionnement, notamment dans les énergies renouvelables. La commission planche ainsi sur une  « architecture législative » permettant de renforcer les chaînes d'approvisionnement européennes.

Le pacte vert européen implique en effet un déploiement massif du solaire, de l'éolien mais aussi des véhicules électriques, autant d'éléments qui dépendent de matériaux critiques. L'Europe compte, par exemple, 20 projets de gigafactories dédiées à la production de batteries, mais ces dernières dépendent du lithium dont la totalité est aujourd'hui raffinée en Chine, pointe le commissaire européen. Celui-ci s'interroge donc sur la possibilité de créer des raffineries de lithium sur le Vieux Continent et même d'ouvrir des mines de lithium, notamment au Portugal, où les gisements de ce métal décisif pour la transition énergétique sont nombreux.

Plus globalement, Bruxelles travaille à la réalisation d'un mapping de la quarantaine des composants critiques « sur lesquels nous souhaitons sécuriser la chaîne de valeur », précise Thierry Breton. Dans cette optique, « il faut savoir créer des rapports de force positifs pour limiter ses dépendances  », affirme le commissaire.

« Le marché intérieur est un argument géopolitique très fort. Personne ne souhaite se priver du marché intérieur européen », pointe-t-il.

Un commissaire fervent défenseur du nucléaire

La semaine du 4 juillet, le Parlement européen va se prononcer sur l'inclusion du nucléaire et du gaz dans la taxonomie verte. Son intégration permettrait à la filière de bénéficier de nombreux investissements privés. En février dernier, la Commission européenne avait adopté un acte délégué qui range le gaz et le nucléaire dans les énergies de transition, donc éligibles à la finance verte. Mais, le 14 juin dernier, les députés européens des commissions des affaires économiques et de l'environnement se sont opposés à l'inclusion du gaz et du nucléaire dans cette taxonomie verte. "Je souhaite vivement que le Parlement suive la position de la Commission européenne. J'ai contribué avec mes collègues à proposer cette taxonomie et je me suis battu pour que le nucléaire y figure. C'est une énergie de transition décarbonée très importante", a fait valoir Thierry Breton. Samedi dernier, le commissaire avait également appelé le gouvernement allemand à "sortir de l'idéologie" et à prolonger d'"un an ou deux" l'exploitation des trois dernières centrales nucléaires du pays, dont la fermeture est prévue d'ici à la fin de cette année.

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Commentaires 18
à écrit le 03/07/2022 à 21:40
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Messieurs les politiques dont vous Mr Breton, vous passez votre temps à mentir, je fais beaucoup plus confiance aux trois dirigeants.

le 05/07/2022 à 19:29
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Il a raison ce n'est pas à la population de subir les frais de leur incompétence, prévoir c est gouverner comme nous disions avant, mais c était avant......

à écrit le 29/06/2022 à 17:43
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Lorsque la position pragmatique, le réel en somme, tenue par les fournisseurs d'énergie se heurte à la position dogmatique des politiciens (Thierry Breton commissaire européen) et que la vérité éclate à l'occasion d'une tribune éclairée dans le JDD s...

à écrit le 29/06/2022 à 17:42
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Lorsque la position pragmatique, le réel en somme, tenue par les fournisseurs d'énergie se heurte à la position dogmatique des politiciens (Thierry Breton commissaire européen) et que la vérité éclate à l'occasion d'une tribune éclairée dans le JDD s...

à écrit le 29/06/2022 à 9:08
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Thierry Breton ,c'est qui,.....il sert a quoi... un Don Quichotte qui gesticule

à écrit le 29/06/2022 à 6:06
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Comment ? En brulant du gaz et du pétrole à la place du nucléaire qui est propre et non carboné ? Allemand sans nucléaire jaloux de la France, et les vendeurs de gaz comme Engie ne sont que des vendus aux allemands , ils veulent polluer, nous faire p...

à écrit le 28/06/2022 à 23:05
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Mr Breton est un physicien nucléaire reconnu qui est apte à juger des centrales à prolonger ?..... On continue la politique du doigt mouillé et la méthode Coué ! Révoltant et affligeant....

à écrit le 28/06/2022 à 14:56
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Quel héros ! Après les pêcheurs (toujours sans License), il s'attaque aux multinationales. Ah là là, le communisme est toujours vivant. Mon dieu, dans quel monde vivons-nous ?

à écrit le 28/06/2022 à 14:10
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On ne peut dire à la fois à nos trois fournisseurs de faire mieux en production et de baisser leurs prix, surtout quand le gouvernement se taille la part du lion dans les prix avec les taxes, cette malédiction bien française.

à écrit le 28/06/2022 à 13:53
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La vie amish nous attend et peut-être nous permettra-t-elle de réfléchir davantage sur le sens de nos vies et de nous dépolluer de la publicité et de la manipulation des médias.

à écrit le 28/06/2022 à 13:13
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AH! si la centrale de Fessenheim avait été maintenue....! Même les allemands commencent à faire marche arrière dans le domaine nucléaire.

le 28/06/2022 à 15:01
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Ben voyons... Voilà qui s'appelle prendre ses désirs pour des réalités.

à écrit le 28/06/2022 à 11:48
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On a eu 2 ans de covid pour commencer à transformer le système. 2 ans de perdus visiblement. N'importe quel néophyte de STR vous dira que la base est d'assurer son approvisionnement énergétique et en matières premières. Or, en France, on fait l'inver...

à écrit le 28/06/2022 à 11:29
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Non mais franchement de quoi il s'occupe ????? IL est commissaire Européen, c'est pas le gendarme de la France et quand il a été aux responsabilités en France, il a été tellement mauvais qu'il ferait mieux de se taire. On verra cet hiver s'il est aus...

le 28/06/2022 à 12:51
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C'est juste le dernier ministre des finances francais a avoir baissé l'endettement de la France mais a part ca il etait mauvais lol, on voit bien que vous maitrisez pas grand chose au sujet

à écrit le 28/06/2022 à 9:47
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Les trois PDG ont eu raison, l'état est un ramassis de menteurs.

à écrit le 28/06/2022 à 9:33
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Thierry Breton a raison au fond, mais il sera reproché aux énergéticiens de ne pouvoir assurer la fourniture d’énergie quand la situation se tendra... Soyons clairs: cela va être difficile, sans gaz russe pour au moins quelques années (trois ans?), e...

le 28/06/2022 à 15:13
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Ce n'est pas les 3 energeticiens qui n'ont pas respecté nos engagement de la cop 21 qui nous a mis dans la situation d'être le seul pays d'Europe à ne pas avoir atteint les objectifs que nous nous étions nous même fixés. C'est le résultat d'un état ...

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