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ClimatEnergie & Environnement

La stratégie sophistiquée d’Engie dans les énergies renouvelables

Photo de Dominique Pialot

Dominique Pialot

Publié le 18 mars 2019 à 07:45

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C’est grâce à des technologies, des contrats et des modes de financement sophistiqués qu’Engie veut faire la différence sur les énergies renouvelables, un secteur dans lequel le groupe affiche de grandes ambitions.

Les ambitions sont affichées. Lors de la présentation de son nouveau plan stratégique à Londres le 28 février, Engie a annoncé le développement de 3 GW de nouveaux projets par an, soit 9 GW de capacités supplémentaires d'ici à 2021, dont 6 GW d'éolien, 2 GW de solaire et 1 GW composé de biomasse et d'éolien offshore. Le groupe anticipe une croissance annuelle moyenne de cette activité située entre 8% et 11%, portée par l'éolien (plus de 10%) et l'hydroélectricité (environ 10%), le solaire connaissant une croissance légèrement inférieure. La contribution financière des renouvelables devrait ainsi passer de 1,15 milliard d'euros en 2018 à 1,5 ou 1,6 milliard d'euros en 2021. Ces nouvelles capacités seraient implantées en Europe (+3,5 GW), en Amérique du Nord (+2,5 GW) et du Sud (+ 1,5 GW). Le groupe possède déjà 24 GW de capacités installées, majoritairement de l'hydraulique en France et au Brésil (16,4 GW) mais aussi de l'éolien terrestre (5,4 GW) et du solaire (2 GW).

Quant aux 6 GW actuellement en construction, auxquels s'ajoutent de 9 à 12 GW en développement avancé, il s'agit essentiellement d'éolien terrestre. Mais cette proportion va diminuer à mesure que les projets d'éolien offshore, d'abord posé puis flottant, vont sortir de l'eau. Demain, Engie complètera son portefeuille avec des technologies plus sophistiquées encore, qui deviendront matures grâce aux quelque 250 milliards de dollars investis chaque année à l'échelle mondiale : biométhane, géothermie, microgrids, stockage de réseau, et, à plus long terme, hydrogène vert, fabriqué à partir d'électricité d'origine renouvelable.

Entreprises et collectivités remplacent peu à peu les Etats

« Le positionnement d'Engie sur la chaîne de valeur de l'éolien et du solaire est unique », affirme Gwenaelle Huet, qui dirige l'activité énergies renouvelables en France. Ce positionnement couvre en effet le développement, l'ingéniérie et la construction, la vente partielle des actifs, l'opération et la maintenance, le management de l'énergie et les relations clients (dont quelque 30.000 entreprises et 1.000 grandes villes). Grâce à la maîtrise de ces différentes étapes, Engie vise le passage à l'échelle et l'industrialisation de son modèle.

De façon encore balbutiante en Europe, mais plus marquée que dans d'autres métiers du groupe, la bascule se fait entre un marché dominé par les États et un marché où les entreprises et les collectivités dominent. En parallèle, les systèmes de tarifs de rachat, ou d'autres formes de subventions publiques, sont peu à peu remplacés par des contrats directement passés entre des clients, entreprises ou collectivités soucieuses de verdir leur approvisionnement, et des producteurs d'énergie renouvelable.

Bientôt 50% de l'activité réalisée via des PPA

Ces PPA (power purchase agreements) eux-mêmes sont amenés à se sophistiquer. Aujourd'hui encore essentiellement mis en place aux Etats-Unis (où des prix de marché élevés les rendent plus rapidement compétitifs qu'en Europe, même si cela est évolue), ce sont en majorité des « PPA as produced ». Autrement dit, le client achète la production d'une ferme solaire ou éolienne développée à cet effet. Mais demain, ces clients exigeront une fourniture d'énergie verte 24/24 et 7/7. Pour ce faire, ils devront faire appel à des prestataires tels qu'Engie, capables d'agréger plusieurs types de productions complémentaires et de stockage permettant d'assurer une sécurité d'approvisionnement en continu.

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Engie prévoit que d'ici 2021, 50% de ses nouveaux projets d'énergie renouvelable se fassent dans le cadre de PPA, au détriment des appels d'offres, auxquels le groupe continuera néanmoins de répondre. A terme, ces contrats pourraient même représenter les deux-tiers de son activité.

Un modèle de financement original

Mais c'est surtout son modèle de financement qu'Engie prévoit d'industrialiser. Objectif affiché : diminuer l'intensité capitalistique des projets et accélérer la rotation du capital tout en conservant la maîtrise industrielle des actifs développés. Baptisé de l'acronyme un rien barbare DBpSO (Develop, build, partially sell, and operate), ce modèle consiste, dès la construction d'un parc solaire ou éolien achevée, à revendre une participation (de 50 à 80%) dans les projets développés, tout en en conservant la propriété industrielle. Cela lui permet d'en engranger les revenus d'exploitation (en l'espèce, la vente de l'électricité verte produite), y compris le cas échéant de son repowering.

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« De plus en plus de fonds - qui peuvent faire bénéficier le projet de leurs conditions préférentielles d'accès au capital - sont intéressés par ce type de placement sûrs et de long terme », témoigne Gwenaelle Huet. Pour Engie, ce mécanisme permet de développer plus de projets avec un investissement moindre. Ainsi, alors que les 2,8 GW solaires et éoliens développés entre 2016 et 2018 avaient nécessité 3,7 Mds€ de CAPEX, les 8 GW supplémentaires prévus de 2019 à 2021 ne devraient pas coûter plus de 1,7 milliard d'euros d'investissement. A la clef : un CAPEX plus faible mais une meilleure création de valeur.

Dominique Pialot

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