L’événement a de quoi surprendre, surtout en pleine crise de l’énergie : hier, les prix du gaz sont passés en négatif sur la principale bourse d'échange européenne, ce qui signifie qu'acheter du gaz pour le lendemain rapportait de l'argent ! Néanmoins, les causes de cette dégringolade s’avèrent conjoncturelles, et les prix devraient repartir à la hausse à l’approche de l’hiver.Volte-face : après des mois de prix extrêmement élevés, liés notamment à la guerre en Ukraine, les cours du gaz s'effondrent sur le marché européen. Hier, ceux-ci sont même passés en négatif sur la principale bourse d'échange européenne, le TTF, ce qui signifie qu'acheter du gaz pour le lendemain rapportait de l'argent ! La nouvelle a de quoi déconcerter, tant les alertes se multiplient depuis plus d'un an sur l'explosion historique des factures à venir.
Et pourtant, une telle dégringolade semble logique : depuis plusieurs semaines, les Européens consomment beaucoup moins de gaz que prévu. L'offre devient donc excédentaire, et peine à s'écouler. Au point que les producteurs et les livreurs du précieux hydrocarbure préfèrent désormais le vendre à des prix inférieurs à zéro, plutôt que de perdre leur cargaison ou d'arrêter les usines.
Embouteillage de navires méthaniers
De fait, avec le développement du gaz naturel liquéfié (GNL) acheminé par navire des quatre coins du monde plutôt que par pipeline, la volatilité est extrême sur le marché du gaz : les prix pour livraison le jour même ou le lendemain s'avèrent extrêmement sensibles aux circonstances, notamment météorologiques. Et celles-ci ont surpris tout le monde : le Vieux continent enregistre des températures anormalement douces pour la saison, si bien que la saison de chauffage n'a toujours pas commencé.
Or, dans le même temps, des navires contenant des quantités massives de GNL foncent tout droit vers l'Europe, laquelle a commandé ces provisions il y a plusieurs semaines, anticipant une baisse du thermostat à venir et donc une hausse de la consommation de gaz. Résultat : arrivés à bon port, les bateaux ne sont pas en mesure de décharger rapidement leur cargaison, puisque ce stock supplémentaire n'est demandé par personne. Il ne peut pas non plus servir à alimenter les réserves souterraines de gaz que les pays de l'UE constituent à l'approche de l'hiver, étant donné que celles-ci sont désormais saturées. Ainsi, selon le Wall Street Journal, une trentaine de méthaniers stationnait aux abords du Vieux continent la semaine dernière, en attendant de pouvoir décharger leur gaz.