Darty, Fnac, Conforama : une folle journée de surenchères

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Darty, très convoitée, est valorisée près d'un milliard d'euros par l'offre de la Fnac, qui a surenchéri sur celle de Conforama.
Darty, très convoitée, est valorisée près d'un milliard d'euros par l'offre de la Fnac, qui a surenchéri sur celle de Conforama. (Crédits : © Jacky Naegelen / Reuters)
Cinq surenchères en moins de 24 heures! A coups d’offres et de contre-offres, l'affrontement entre les groupes Fnac et Steinhoff (propriétaire de Conforama) a fait grimper la valorisation de Darty à plus de 1 milliard d’euros.

Article créé le 21/04/2016 à 16:35, mis à jour le 22/04/2016 à 12:12

Darty, n'aura jamais été aussi courtisée. Cinq offres consécutives entre mercredi et jeudi de la part de ses deux prétendants, les groupes Fnac et Steinhoff (Conforama), valorisent désormais le groupe d'électroménager 1,09 milliard d'euros. Et cela pourrait continuer à grimper. Au lendemain de cette folle journée qui s'est conclue par une offre à 160 pence l'action par Conforama, le distributeur de biens culturels et électroniques a fait savoir aux actionnaires qu'il :

"étudie actuellement sa position et recommande vivement aux actionnaires de Darty de ne prendre aucune décision concernant leurs actions."

Quelques mois plus tôt, la première offre de la Fnac, qui la valorisait un peu plus de 719 millions d'euros, était parfois jugée sous-évaluée compte tenu des performances de Darty. L'arrivée de Conforama dans le jeu, en mars, a rebattu les cartes. Mais, depuis mercredi, le mouvement s'accélère et les enchères s'envolent.

Deux nouveaux actionnaires

Depuis le 20 avril, les deux groupes se battent également à coups d'achats d'actions. Ils ont ainsi tous deux fait leur entrée dans le capital du distributeur de produits électroménagers. Le groupe sud-africain a annoncé, la veille, l'acquisition d'actions Darty représentant 19,5% de son capital. Tandis que Fnac en détient 5,59%, payées 153 pence.

Cette avalanche d'offres et de contre-offres à quelques heures d'intervalle, attise plus que jamais le suspens. La question, désormais: jusqu'où les deux rivaux sont-ils prêts à monter pour s'offrir le distributeur d'électroménager français?

"Steinhoff pourrait surenchérir encore jusqu'à 160 pence par action", prédisait déjà Graham Renwick, analyste chez Exane BNP Paribas dans un courriel en fin de matinée. Ce, avant même que le propriétaire de Conforama relève son offre dans la matinée, valorisant Darty 1,02 milliard d'euros. A 160 pence, la valorisation de 1 milliard d'euros serait alors dépassée.

Qui pourra se permettre de monter le plus haut? La question n'est pas tranchée. La santé financière du groupe sud-africain semble plutôt bien perçue. L'agence Moody's a confirmé en décembre sa note de Baa3 relevée, quelque mois plus tôt, "qui reflète son échelle large, son activité élargie et sa diversification géographique " mais aussi "la solidité de sa situation de trésorerie".

Le groupe parfois surnommé "l'Ikea africain" et coté depuis 2015 à la Bourse de Francfort, cherche à se renforcer en Europe. Il est prêt à miser gros puisqu'il était en lice pour acquérir un autre spécialiste de la distribution de biens d'équipement de la maison: Home Retail Group, propriétaire, entre autres, de Habitat. Il a finalement lâché l'affaire et se concentre donc sur Darty.

La Fnac a ses alliés

Concernant les modalités de l'opération, la Fnac peut de son côté compter sur l'engagement de deux actionnaires de référence, Knight Vinke Asset Management et DNCA Finance qui représentent, eux, 22% du capital de Darty. En cas de victoire de la Fnac, ils acceptent d'être rémunérés à 100% en titres Fnac. (Source Agence Option Finance, AOF).

Au plan financier, Fnac bénéficie depuis mi-avril du soutien de Vivendi, entré au capital à hauteur de 15%. L'arrivée de ce nouvel actionnaire s'accompagne en outre d'une augmentation de capital de 159 millions d'euros devant notamment lui servir à financer sa croissance externe.

Au plan de la trésorerie, il peut mettre en avant un "cash flow" libre opérationnel de 84,7 millions d'euros  d'après les données de son document de référence. Un montant légèrement supérieur à ses objectifs. Globalement, le rapport entre sa dette nette et ses bénéfices opérationnels évalué à 3,5 fois par Natixis rendait "réaliste" l'éventualité d'enchérir grâce à des financements bancaires.

Pour son offre sur Darty qui avait été formulée en novembre, le groupe Fnac a déjà prévu deux lignes de crédit portant sur une enveloppe de 855 millions d'euros au total. Au passage, ce projet lui a déjà coûté 5,5 millions d'euros, comprenant un paiement de ces instruments, une couverture du risque de change - Darty étant coté en livre sterling - ainsi que les frais divers comme les honoraires des juristes.

Pour le distributeur de produits électroménagers aussi, le projet a déjà un coût, de plus de 2 millions d'euros. Ce montant n'est pas dévoilé par Steinhoff.

En cas de désistement du côté des actionnaires ou des dirigeants de la Fnac, ce dernier s'était engagé dans un accord de coopération à verser 12 millions d'euros à Darty. A condition bien sûr que l'entreprise dirigée par Régis Schultz ne lui préfère pas l'offre de Conforama.

De 85 à 130 millions d'euros de synergies

Ces sommes engagées sont sans commune mesure avec les volumes d'affaires de chaque entreprise et surtout les perspectives de synergies envisagées. Sur ce dernier point, le groupe dirigé par Alexandre Bompard tente aussi d'améliorer son argumentaire. Au départ, il espérait 85 millions d'euros d'économies d'ici à 2018 grâce à la mise en commun des achats de produits bruns, blancs et du petit électroménager d'une part. Mais aussi via "l"optimisation des activités d'entreposage et de transport" et, surtout, "l'intégration de certaines fonctions au siège, et de support au Royaume-Uni, en France et en Belgique". Ce qui n'est pas sans provoquer des inquiétudes pour l'emploi.

Désormais, les montants de synergies attendues atteignent 130 millions d'euros, sans tenir compte de décisions éventuelles de l'Autorité de la concurrence. Pour en arriver là, les coûts induits seraient de 105 à 110 millions d'euros. Ces objectifs ne sont pas dévoilés chez Conforama.

"Nous estimons que Steinhoff pourrait au moins faire aussi bien que la Fnac" en ce qui concerne les synergies. "Même si, au-delà de 160 pence par action, le retour sur investissement commence à diminuer", indique l'analyste d'Exane BNP Paribas

Les échéances

Désormais, sauf nouvelles annonces inattendues, les prochaines échéances auront lieu le 30 mai, quand se tiendra l'assemblée générale de Steinhoff; puis le 10 juin, date de la fin de la période l'offre.

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REPERES

8 mois de négociations et de surenchères

  • Septembre 2015 : La Fnac annonce son intention d'acquérir Darty pour l'équivalent de 101 pence par action, soit une valorisation de 719,4 millions d'euros, via un échange d'actions
  • Octobre  Le conseil d'administration de Darty demande une offre en cash et un délai de réflexion
  • 11 novembre : Nouveau report du dépôt d'une offre ferme
  • 20 novembre: La Fnac dépose officiellement sa proposition prévoyant un échange de 1 action Fnac contre 37 et une alternative partielle en numéraire pouvant aller jusqu'à 95 millions d'euros. Valorisation totale de Darty:  797 millions d'euros
  • 2 mars 2016: Conforama entre en lice avec une offre à 125 pence l'action Darty, en numéraire (valorisation: 850 millions d'euros)
  • 18 mars: L'offre de Conforama préférée par la direction de Darty
  • 11 avrilVivendi entre au capital de la Fnac
  • 20 avril : Conforama offre 138 pence par action, ce qui valorise Darty 742 millions de livres (942 millions d'euros)
  • 21 avril, les compteurs s'affolent:  Une nouvelle proposition du groupe Fnac valorise Darty 779 millions de livres (989 millions d'euros), avec option une alternative d'échange de 4 actions Fnac contre 125 actions Darty. Puis Conforama réplique avec une offre à 150 pence (1,022 milliard d'euros). La Fnac répond à son tour avec une proposition à 153 pence (1,04 milliard). Puis Conforama propose 160 pence, et la valorisation de Darty atteint 1,09 milliard d'euros.

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