Tourisme : les Français plébiscitent les destinations refuges

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L'Espagne et en particulier les Baléares, les Canaries (photo ci-dessus) mais aussi la Grèce apparaissent comme des destinations très plébiscitées.
L'Espagne et en particulier les Baléares, les Canaries (photo ci-dessus) mais aussi la Grèce apparaissent comme des destinations très plébiscitées. (Crédits : Copyright : @Cortto via Flickr)
Un mois après les attentats de Paris, les tours-opérateurs français accusent le coup, dans un contexte déjà marqué depuis plusieurs mois par un reflux touristique vers des destination sans risque, comme l'Espagne ou la Grèce, et une transformation numérique avec laquelle ils tentent de composer. Le point.

Très léger frémissement. Les tour-opérateurs constatent depuis "six à huit jours" une amélioration relative de leur activité. Mais il n'en a évidemment pas été de même au cours des semaines qui ont suivi les attentats du 13 janvier à Paris. Des événements affectent bien sûr le tourisme en France et en particulier dans la capitale, mais qui ont aussi eu, plus largement, un impact sur les choix des Français en matière de consommation de voyages, et ce surtout vers l'étranger, accélérant un mouvement déjà en cours depuis plusieurs mois.

Lire aussi :  Attentats : des conséquences économiques surtout pour le tourisme

"Il y a eu cette période de traumatisme total sur la demande qui était logique et que l'on retrouve dans tous les secteurs, et de façon beaucoup plus importante sur le haut de gamme. On voit des hôtels parisiens à 30% d'occupation aujourd'hui", a ainsi relevé René-Marc Chikli, le président du Seto, le syndicat du tour-opérating face aux membres de ce dernier, rassemblés à Lyon les 15 et 16 décembre pour un congrès annuel.

Dans les jours qui ont suivi ces attentats, les esprits n'étaient évidemment pas aux réservations de voyage. Aussi, plus largement, les professionnels du voyage qui proposent forfaits, circuits ou séjours à la carte pour des groupes ou des clients individuels ont-ils dans l'ensemble constaté des chutes d'activité "de l'ordre de 15 à 20% en moyenne" et pouvant même aller jusqu'à 50% pour certains.

Des voyages qui rapportent moins

Une exception toutefois : les séjours dans les établissements proposant spas ou thalassos ont très vite été à nouveau très prisés selon un spécialiste de ce type de formules. Il en avait été de même la suite des attentats de janvier 2015 en France.

Mais à part cette illustration, peut-être d'un besoin de bien-être et de réconfort qui ne répond de toute façon qu'à une part marginale de la demande de voyages, l'ensemble du secteur accuse le coup. Au mois de novembre, pour les principaux voyagistes français, la recette unitaire de chaque départ par voyageur a ainsi chuté de 5,3% en moyenne, diminuant de 8,3% pour la France à 291 euros, et de 1,4% pour le long courrier (à 2235 euros) mais augmentant encore de 2,1% pour les moyens courriers à 688 euros.

Cela fait suite à une année déjà marquée par la baisse de l'activité. Au total, le volume d'affaire des producteurs de voyages (qui parfois en distribuent aussi en direct) a chuté de 6,4% entre le 1er novembre 2014 et le 31 octobre 2015. Leur chiffre d'affaires total est désormais évalué à 4,67 milliards d'euros.

La Tunisie désertée

Là encore, toutes les destinations et tous les opérateurs ne sont pas logées à la même enseignes. Premiers affectés : les destinations touristiques d'Afrique du Nord (Tunisie, Egypte, mais aussi Maroc et Turquie). Ce n'est ni une surprise, ni une nouveauté. Mais la chute est plus forte que jamais et elle touche des voyagiste français qui étaient historiquement très présents dans ces pays.

En Tunisie en particulier, le reflux est particulièrement vif, touchant plus de la moitié du trafic, voire même davantage. Face aux tour-opérateurs, Wahida Jaiet, directrice pour la France de l'Office national du tourisme tunisien a tenté de plaider la cause de son pays:

"C'est vrai que la situation est pénible, qu'il y a encore beaucoup à faire. (...) Faire de publicité institutionnelle serait jeter de l'argent par les fenêtres. En revanche, la Tunisie a quelque chose d'important que l'on ne peut pas ne pas lui reconnaître c'est ce qu'elle défend en matière de démocratie et de paix. On vient d'avoir le prix Nobel, ce n'est pas peu. Cela illustre la volonté d'un peuple qui se bat pour se positionner dans une région difficile, marquée par des turbulences et des menaces dont nous avons fait les frais encore récemment."

Plusieurs opérateurs s'inquiètent également pour le Maroc, pourtant moins concerné par les perturbations politiques à la suite des Printemps arabes.

Des destinations refuges engorgées

Conséquences: il faudra s'attendre, dans les prochains mois, à des hausses de prix sur certaines destinations. Car l'Espagne et en particulier les Baléares, les Canaries mais aussi la Grèce apparaissent comme des destinations très plébiscitées. Mais ce sont des terrains déjà très pris d'assaut par d'autres visiteurs, notamment les Britanniques ou les Allemands.

Lire aussi : Le tourisme contribue fortement à la reprise économique en Grèce

"Contrairement aux Français, les Britanniques s'y prennent bien plus longtemps à l'avance pour réserver leurs vacances",  souligne Pascal de Izaguirre, le patron de Tui France. "Il y a aussi le marché russe qui cherche à se rapatrier sur l'Espagne", ajoute-t-il.

Comme les lieux d'hébergement, eux, sont disponibles en nombre limité, cela risque d'influer sur les niveaux de prix. Et ce d'autant plus que les voyagistes tiennent à préserver leurs marges.

Numérique et concurrence

Ce, d'autant plus que, plus encore que d'autres secteurs, le tourisme connait une profonde recomposition de son modèle de distribution depuis l'irruption du numérique. Désormais près de la moitié des achats de voyage (comprenant transport, hébergement, transferts et activités) sont réalisés en direct par les consommateurs via des comparateurs en ligne etc. Il y a encore quelques années, ils n'étaient que 25%.

Dans ce contexte se greffe en outre des mouvements telles que l'acquisition tumultueuse de Fram par Karavel- LBO France. Ce qui a donné l'occasion à la concurrence et notamment celle de Tui, de tenter de regagner du terrain en signant par exemple des partenariats avec des hôtels et des agences de voyage autrefois dans le giron du voyagiste toulousain observent plusieurs professionnels du secteurs.

Lire aussi : Après les attentats, un trou d'air de 3 ou quatre mois pour le tourisme

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Commentaires
a écrit le 19/12/2015 à 19:24 :
Deux fautes en une seule ligne, ça fait quand même beaucoup "Dans ce contexte se greffe en outre des mouvements telles que ". Il y avait urgence à boucler un article aussi important !
a écrit le 18/12/2015 à 19:20 :
Et la France notamment la province alors, qu'est-ce que vous en faîtes?. Pas besoin de billet d'avion, des tas de gîtes sympas le tout dans une nature fabuleuse agrémentée de 2000 ans d'histoire. Rien qu'en Midi-Pyrénées (et maintenant Languedoc-Roussillon), il y a de quoi remplir une vie de touristes. On y mange très bien, et les gens sont relax et sympas. Id pour l'Auvergne, les Alpes, l'Aquitaine, etc...
Réponse de le 18/12/2015 à 20:20 :
Certains aiment remplacer le stress du travail par le stress des plages touristiques bondées. Tant qu'on leur dit que c'est la destination à la mode du moment on pourrait les envoyer dans une décharge.
Réponse de le 19/12/2015 à 9:03 :
@truc
Tout à fait d'accord avec vous.
Réponse de le 19/12/2015 à 11:33 :
Bien sûr que la France est un beau pays, c'est pas pour rien que c'est la première destination mondiale. Mais on ne peut en vouloir à gens, surtout aux jeunes, de vouloir explorer d'autres horizons maintenant que l'avion est devenue bon marché.
En lisant certains commentaires, on a l'impression que certains sont frustrés de n'être jamais parti hors de France.
Réponse de le 20/12/2015 à 16:09 :
Le problème est que partir en france coûte plus cher que partir en Grèce ou en Espagne !
a écrit le 18/12/2015 à 18:13 :
Le tourisme de masse, sujet non abordé de la COP! Combien de milliers d'avions qui brulent en tout des millions de litres de kérozène! Il est temps d'arréter les betises .... Surtout pour aller bronzer et picoler, quelle honte! Nos petits enfants nous jugerons sans doute très sévèrement et sans complaisance
a écrit le 18/12/2015 à 14:15 :
Pour la question du développement des entreprises, l'État n'est-il pas arbitraire en favorisant les grandes entreprises au détriment de la filière bois. On compterait des centaines de rapports... N'avons-nous pas un souci de développement des actions alors qu'on parle d'une croissance potentielle, existe-t-il une référence à la démocratie libérale qui fait ses meilleurs pour développer le secteur productif donc la croissance et l'emploi.
a écrit le 18/12/2015 à 12:45 :
Si les français ressentent une baisse de pouvoir d'achat, n'est-ce pas parce qu'on tire sur les classes moyennes? Par exemple on annonce des hausses de péages. Pour la politique de l'offre,fait-on dans les affres ou la bêtises? Des diplômés experts et ambitieux pourraient travailler à cette cause de l'insuffisance de l'offre tout sans le terme politique qui est inutile tout autant que l'administration obèse. On pourraitimaginer de vendre du vent dans les feuilles du type 3 libertés au pluriel refondent l'État qui serait un tas? Le Delacroix n'est-il pas erroné avec une seule liberté obèse? Si l'État détruit une liberté, l'association des libertés pourraient sauver celle qu'on étouffe... Et si chacun avait sa propre banque et sa propre monnaie est-ce que cela ferait flores comme éventuel programme dans le futur?
Réponse de le 18/12/2015 à 13:36 :
Depuis 3 ans on massacre les classes moyennes sans penser une seule seconde que ce sont elles qui font tourner l'économie ! Cela entraîne chômage et baisse du pouvoir d'achat !
La politique fiscale menée par cette idéologie socialiste est l'inverse de ce qu'il faudrait faire.
a écrit le 18/12/2015 à 12:43 :
En même temps, il y a déjà beaucoup à faire en Europe du Sud. Soleil, prix bas, plages, patrimoine le tout sans pression religieuse!
Réponse de le 18/12/2015 à 12:57 :
@Louis: ah bon, c'est moins cher en Grèce avec une TVA à 23% et bientôt à 25 ? Et de quelles plages parles-tu ? tu veux des photos de Tolo pour comparer même avec la plage la plus dégueu de France ? Je rejoins DUCAT et plébiscite la France (pour les Français) et en plus il n'y a pas de frais de billet d'avion :-)
Réponse de le 18/12/2015 à 13:45 :
Perso j'ai payé mon séjour en Crète en juin dernier presque rien. 90 Euros aller retour avec Transavia (filiale d'AF cocorico), soit moitié moins cher qu'un billet de train Paris Marseille. Pour le logement et la bouffe on s'en est sorti pour 200 euros par personne pour une semaine. Bref, 300 euros pour une semaine au soleil, sur une île superbe, pages aux eaux transparentes, avec des locaux super accueillant. Pour ce même budget, j'aurais à peine pu me payer un long week end à Nice ou St Malo ou n'importe où en France...
Réponse de le 19/12/2015 à 9:39 :
@Dan: je viens de vérifier les vols Transavia Orly-Héraklion pour mai et juin 2016 (basse saison touristique) et aucun vol à 90 euros aller/retour n'existe. Merci quand même pour la fausse pub :-)
Réponse de le 19/12/2015 à 11:25 :
Visiblement vous ne savez pas utiliser un comparateur de vol....
Du 15 au 22 juin j'ai un vol à 110 euros AR avec Aegean Airlines (compagnie grecque). Cette année Transavia n'est pas compétitive. Quoique le prix des billets change souvent.
Et puis fichez nous la paix. Chacun part où il veut pour ses vacances.
Réponse de le 19/12/2015 à 12:45 :
@Patrikkb: 1) j'ai comparé Transavia à Transavia puisque c'est la compagnie qu'on nous citait. 2) le vol Aegan suggéré en juin est à 119 euros + 30 euros x2 pour les bagages en Go Light ou à 162 euros en Flex. Conclusion: les gens ont tout à fait le droit d'aller où ils veulent, mais il est malhonnête de raconter n'importe quoi, n'est-ce pas :-)
a écrit le 18/12/2015 à 12:20 :
Pourquoi ne pas prendre ses vacances dans un très beau pays tout en concourant utilement à son développement économique : voyageons français. Pas de pb de devise, de langue, la mer, la montagne, la gastronomie, les soins-plaisir un peu partout (thalasso, hammam...) sans compter des trésors d'histoire, d'art, d'architecture... Il y a de nombreuses régions à découvrir, et des gens sympas (en général). Moi, je plébiscite la France.

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