180 millions de déficit pour Autolib : le service de Bolloré peut-il être rentable ?

 |   |  533  mots
Une récente enquête du cabinet d'étude 6t évoque une chute du nombre de locations par abonnés, qui serait due à un effet de seuil structurel lié à la baisse de la disponibilité des voitures. Les auteurs émettent ainsi l'hypothèse d'un report modal de la part des usagers découragés, qui, selon eux, auraient perdu un certain réflexe Autolib'
Une récente enquête du cabinet d'étude 6t évoque une chute du nombre de locations par abonnés, qui serait due à un effet de seuil structurel lié à la baisse de la disponibilité des voitures. Les auteurs émettent ainsi l'hypothèse d'un report modal de la part des usagers "découragés", qui, selon eux, auraient perdu un certain "réflexe Autolib'" (Crédits : DR)
Avec plus de 100.000 abonnés, le service d'autopartage en libre-service du groupe Bolloré semble plus proche du gouffre financier que de l'équilibre.

50.000, 60.000, 80.000 : quel est le nombre d'abonnés nécessaires à la rentabilité du service Autolib' ? La question se pose à l'heure de son cinquième anniversaire, alors que le système d'auto-partage du groupe Bolloré ne cesse de repousser l'échéance et les objectifs. Et malgré ses 100.000 abonnés, peine à atteindre un équilibre financier, comme le pointe une récente étude du cabinet 6t. Ainsi, selon les auteurs, les recettes ont beau croître, tout comme le nombre d'abonnés, les comptes de l'entreprise ne sont toujours pas dans le vert.

A la base, un an après son lancement, en novembre 2013, le groupe estimait que 50.000 abonnés seraient nécessaires pour rembourser "les charges annuelles", rappelle 6t. Mais début 2014, il était question de 60.000 abonnés pour atteindre l'équilibre financier. Avant d'évoquer 82.000 abonnés en 2015. Résultat, en 2016, Autolib' comptait plus de 130.000 abonnés à l'année, sans qu'un quelconque équilibre pointe à l'horizon.

Un gouffre financier

Et pour cause, si le nombre de véhicules augmente, le nombre de trajets, lui, diminue. Pour 6t, la chute du nombre de locations par abonnés est due à un effet de seuil structurel lié à la baisse de la disponibilité des voitures. Les auteurs de cette étude évoquent ainsi l'hypothèse d'un report modal de la part des usagers "découragés", qui, selon eux, ont perdu un certain "réflexe Autolib'". "Si la tendance perdure, elle pourrait constituer un véritable "plafond de verre" empêchant le service de d'atteindre l'équilibre financier", analyse 6t.

A ce stade, le service est largement déficitaire, d'après le compte rendu de la réunion du Bureau syndical d'Autolib' Métropole du 24 novembre 2016. Le groupe prévoit en effet une perte de quelque 179 millions, dont les deux tiers devraient être payées par les contribuables. Cela s'explique par la clause imposée par Vincent Bolloré dans le contrat de délégation de service public qui plafonne les pertes cumulées à 60 millions d'euros. Ce plafond pourrait d'ailleurs être relevé, selon la Présidente de séance Marie-Pierre de la Gontrie.

Des pistes de réflexion

En attendant, si le montant d'un tel déficit était confirmé, il pourrait toutefois être réduit, d'après la présidente de séance. Celle-ci a par exemple évoqué la possibilité de prolonger la délégation de service public (DSP) qui pourrait passer de 18 mois à deux ans. En outre, la fermeture des stations économiquement non rentables permettrait de réaliser 13 millions d'euros d'économies. Ce serait cependant sans compter le coût de démontage de ces stations qui s'élèverait à 6 millions d'euros selon les premières estimations.

Reste que pour le cabinet 6t, plusieurs options peuvent être envisagées "si l'on ne veut pas voir disparaître les Autolib' des rues parisiennes". Il suggère entre autres un financement pris sur les impôts locaux, ou une hausse des tarifs pour les usagers. "C'est peut-être la solution la plus équitable lorsque l'on sait que les usagers d'Autolib' ont des revenus supérieurs de 27% à la moyenne des ménages parisiens et qu'un kilomètre en Autolib' leur coûte en moyenne" moins cher qu'un kilomètre en taxi, conclut-il.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 20/11/2017 à 7:46 :
impossible par ailleurs de savoir QUI paie le gouffre Autolib mais aussi de savoir si queuqlu'un paie (Bolloré ou le contribuable) pour les dizaines de places de parking utilisées par Autolib.. Pas de transparence de la part de la mairie de paris
a écrit le 30/01/2017 à 14:48 :
En plus de ces deficits, les autolib immobilise un nombre important de places (qui aurait créer des revenus pour la mairie) et consomme des subventions (pour l'installation des bornes)

Bref une belle idée sur le papier mais pourquoi les mairies s'engagent a couvrir les deficits ????
Il aurait mieux valu créer plus de VTC (des électriques par exemple)
a écrit le 10/01/2017 à 15:36 :
180 millions de pertes / 130 000 abonnés = 1400 euros de pertes par abonné ! ! !
a écrit le 10/01/2017 à 11:29 :
A l'image de Ségolène Reine du Poitou avec les voitures Heuliez ou la gestion de la collactivité locale et emprunt tous plus toxiques les uns que les autres, Anne de Paris et son prédécesseur de charme démontrent que dès qu'ils s'emparent d'un projet aussi noble soit il et peut être encore plus si c'est de l'"économie" durable, de l'éthique ou un truc qui fait bien, et in, cela tourne très vite au gouffre financier et à une facture salée pour le contribuable...Mais "C'est gratuit c'est l'Etat qui paye" a dit leur cher François alors...Les socialistes n'ont jamais rien sur gérer, ils ne sont bons qu'à creuser des déficits et à tente de les pétasser en ponctionnant les citoyens par l'impôt.
a écrit le 09/01/2017 à 18:31 :
Ils nous savent faibles et geniards alors ils se gavent sur notre dos... Qu'est ce qui vous étonne ? Pauvre peuple
a écrit le 09/01/2017 à 16:39 :
on dirait des agonisants avec leur perfusion..ca me deprime.
a écrit le 09/01/2017 à 14:41 :
180 millions / 100 000 soit 1 800 euros par abonné. 150 euros par mois. On arrête tout!
a écrit le 09/01/2017 à 14:37 :
La logique bureaucratique étatique est encore une fois à l'oeuvre : Autolib serait un service public urbain concédé à un opérateur privé? Ce n'est évidemment pas un service public avec seulement 100.000 utilisateurs après 5 ans sur une population de 2,3 millions. Aucune étude de marché sérieuse ne semble avoir été faite : quel service pour quels clients? Cette opération a plus le caractère d'une subvention déguisée pour le développement du transport électrique. Est-ce une subvention à un industriel qui a ainsi intérêt à la faire perdurer? Est-ce une action de recherche développement sur le transport qui a échoué et doit être recyclée sans délai? Parions que le contribuable va contribuer longtemps à ce gaspillage.
a écrit le 09/01/2017 à 13:19 :
C'est tout de méme nous qui allons payer la note du déficit, elle est pas belle la salade !!!!!!
a écrit le 09/01/2017 à 12:41 :
Je fais partire des gens pro-EV qui trouvent cette expérience remarquable, bien que n'en étant pas utilisateur moi-même, attendu que je regarde plutôt du coté de Tesla pour une électrique long range capable de remplacer ma voiture principale et pas seulement d'agir en 2e voiture.
Cela dit depuis le début si je trouve les voitures d'AutoLib parfaitement dimentionnées, je ne comprends pas le choix des chargeurs qui a été fait. C'est pour moi un non-sens que d'immobiliser en surface à Paris des places de parking rares et chère, pour recharger pendant des heures et des heures des AutoLib à moins de 4KW... Leurs batteries de 30KWH necessitent prés de 8h pour une recharge complète, et pour mon kilométrage quotidien de 65KM sur Paris/RP qui nécessite #15KWH il faut une demi journée de temps de recharge à cette vitesse pas adaptée à des places en surface. Pour moi, selon les règles de base de la hierarchie des chargeurs, les 4KWH sont suffisants dans les parkings privés au domicile ou au bureau, là ou on reste 7 à 8h connecté par jour sans couts supplémentaires ni empiéter sur le domaine public. Par contre en surface là où on reste seulement quelques dizaines de minutes, Bolloré aurait du opter au moins pour un format de recharge rapide intermédiaire, par exemple avec les chargeurs Allemands de 22KW ou des Chamedo ou CCS de 50KW, tous capables de rechargers les 15KWH consommés chaque jour par un Parisien comme moi en moins d'une heure. Cela permettrait une bien meilleure rotation avec le même nombre de voitures, collées indéfiniement à leurs points de recharge aujourd'hui.
Pour moi, il y a urgence de corriger cela pour sauver AutoLib, et cesser de déployer en surface les chargeurs de 4KW du stupide rapport Noir, plus généralement.
La question est maintenant de savoir si les voitures Autolib actuellement en parc supportent de telles charges accélérées sans réduire la durée de vie de leur batterie de façon trop importante, ou pas. Car le remplacement des bornes devrait être simple, si les voitures sont déjà prévues pour... Sinon sela prendra des années...
a écrit le 09/01/2017 à 12:10 :
Autolib doit être payé par les utilisateurs, au prix de revient. Je ne demande pas à la collectivité de payer quand je prends le taxi
a écrit le 09/01/2017 à 11:39 :
Il faut
1) arrêter les frais
2) reconvertir les stations en places de stationnement (payantes ! ) pour la recharge des voitures électriques.
a écrit le 09/01/2017 à 11:15 :
Mettre des véhicules à disposition ne sert à rien : il faut déployer en masse des bornes de recharge rapides au standard européen (et non un truc franco-français.. merci le gâchis) et surtaxer l'achat des véhicules à motorisation diesel/essence par les entreprises par une augmentation drastique de la TVS : c'est comme cela qu'on assure une transition énergétique efficace, le reste.... bah que du copinage, qui a hérité d'un poste chez Bolloré (directement ou indirectement) pour le déploiement d'Autolib ?
a écrit le 09/01/2017 à 10:57 :
Il faudra peut être un jour s'interroger sur le coût et l'utlité de toutes les mesures prises au nom du développement durable et quelle a été l'utilité collective de ces mesures et à qui elles ont bénéficié!
a écrit le 09/01/2017 à 10:55 :
J’ai pris l’offre Autolib de base. Pour mon premier (et dernier) trajet vers mon travail, il m’en a coûté 6 € de location + 1 € de réservation de la voiture + 2 € de réservation d’une place à destination. Toutes les stations étaient pleines à 8h30 à proximité de mes bureaux : j’ai marché 10 minutes sous la pluie.
Au retour, mêmes coûts. Pas de place à proximité de la Porte de Saint-Cloud : j’en trouve une à Issy-les-Moulineaux ! Pendant le trajet, à chaque feu rouge, je réactualisais la liste des places disponibles et essayant d’être le plus rapide pour choper celle la plus proche de mon domicile.
Même trajet en Uber : 12 €, soit 3 € de plus. Il n’y a pas photo.
De plus les véhicules étaient sales, l’interface tactile de l’un d’eux ne fonctionnait pas, la borne où je suis allé finaliser l’inscription avait été transformée en mosquée et je devais énoncer mes codes à voix haute pendant la prière du résident. Après quoi, celui-ci a prétendu me « taxer » pour m’aider à utiliser le véhicule, sans agressivité d'ailleurs.

Pour que le service soit agréable à l’utilisateur, il faudrait augmenter le nombre de véhicules mais surtout le nombre de places à disposition, ce qui ferait exploser les coûts. En effet, si vous allez vers une zone d'activités, Marne la Vallée, Saint Quentin, Vélizy, etc. il n'y a de la demande que dans un sens : des zones d'habitation vers la zone de bureaux. Les véhicules sont condamnés dans ce cas à rester inutilisés entre le matin et le soir.
A vue de nez, ça ne peut donc pas être rentable, par construction. Et ça empire quand le service s’étend à des banlieues moins peuplées. Peut-être que, limité à Paris intra-muros et la première couronne, il peut y avoir un équilibre, et encore : il y a foison de modes de transports alternatifs.

PS : il parait que Vélib coûte 4.000 € par an et par vélo ... C'est bien l'argent des autres.
Réponse de le 11/01/2017 à 11:35 :
Intéressant comme expérience mais dans aucune des offres autolib la réservation de place est payante... Surprenant non ?
a écrit le 09/01/2017 à 10:06 :
Je suis abonné Autolib mais si le service doit être un gouffre non rentable et qu'il faut de l'argent public pour le maintenir alors c'est NON !!!

Il existe des services d'auto partage qui apportent un service différent mais bien plus adapté aux longues distances et durées.

la blue car c'est pratique pour ramener ses courses ou traverser Paris le soir ou tôt le matin.

Le groupe bolloré est devenu "gestionnaire des emplacements" et ça représente une forte valeur.
Par ailleurs il n'y a pas de déficit innocent dans ce genre d'affaire, c'est aussi une stratégie comptable que d'être en déficit permanent.
a écrit le 09/01/2017 à 9:48 :
ce sera rentable quand les thermiques seront interdit en ville :))
a écrit le 09/01/2017 à 9:12 :
"Il suggère entre autres un financement pris sur les impôts locaux"

Maman État, maman État vient nous aider ! Individualisation des gains et socialisation des pertes.

Pitoyable économie néolibérale.

L'empire des faibles.
a écrit le 09/01/2017 à 9:11 :
Pertes payées par 2/3 des contribuables?
Et quelle est la proportion des contribuables, qui ne peuvent pas en profiter, mais qui doivent quand même payer?

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :