... ur cette période charnière et les dessous de ce chantier, lourd mais nécessaire pour que la compagnie ne revive plus un tel drame.
LA TRIBUNE - Pourquoi avoir lancé une transformation de la sécurité des vols Air France après l'accident du Rio-Paris, avant même les conclusions du rapport d'enquête du BEA ?
ERIC SCHRAMM - L'accident du Rio-Paris a été une douche froide, une sidération totale dans l'entreprise. J'ai alors été contacté par des pilotes pour créer un groupe de travail discret où nous avons essayé de réfléchir sur ce qu'était la sécurité des vols, comment elle était perçue à Air France, quelles étaient les pistes éventuelles d'amélioration. Nous avons fait un papier qui a été transmis à mon insu par un des membres du groupe au président d'Air France-KLM, Jean-Cyril Spinetta, qui a orienté le dossier vers le directeur général Pierre-Henri Gourgeon. Ce dernier m'a convoqué en octobre 2009 pour mettre en place un groupe afin de réfléchir et moderniser la sécurité des vols d'Air France.
J'ai alors constaté plusieurs choses. Il y avait eu depuis plusieurs années une multitude d'incidents graves voire d'accidents. Tous ces événements étaient des précurseurs, il a fallu l'accident du vol à Toronto en août 2005 (sortie de piste d'un Airbus A340 qui se solda par la destruction de l'appareil et une douzaine de blessés graves, NDLR) pour faire réellement réagir la compagnie.
Elle a alors lancé la mission Colin (du nom de Jean-Michel Colin, cadre pilote qui présida cette mission, NDLR), qui a rendu un travail très intéressant avec trois idées fortes : impliquer, simplifier et donner du sens. Impliquer, parce que l'on s'est aperçu que l'implication n'était pas suffisante de la part du management et des personnels, chez les pilotes comme dans d'autres métiers. Simplifier, parce ce que des évènements arrivaient depuis de longues années et aboutissaient à chaque fois à une couche supplémentaire dans les documents et les référentiels. Notre documentation était devenue un ensemble extrêmement stratifié, avec parfois même des contradictions. Puis donner du sens à la formation, au niveau professionnel, aux métiers opérationnels. Il m'est apparu à ce moment-là que la sécurité des vols était un sujet qui concernait véritablement tous les métiers opérationnels de la compagnie : pilotes, maintenance, personnels navigants commerciaux, exploitation au sol... Malheureusement, ce rapport a été mis de côté et personne n'a réellement travaillé dessus.